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Full text of "Livres Liberlog"

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ECRITS POLITIQUES 
FRANKLIN DELANO ROOSEVELT 

COMBATS POUR DEMAIN 


Préface 


IL est inutile de tracer, pour le public français, le portrait physique du 
Président Roosevelt. Son visage était un des plus célèbres du monde — un des 
trois ou quatre — et, il faut bien le dire, celui dont l'apparition éveillait chez 
nous l'amitié la plus large, le sentiment le plus confiant, le plus préservé 
d'arrière-pensées et d'inquiétudes. Ce visage était vraiment devenu pour notre 
peuple, et pour bien d'autres, au sein d'une époque terrible, l'incarnation des 
bonnes chances qu'il y avait encore dans le monde, le conseil de ne pas 
désespérer. — Ce visage noble, tendre, baigné d'esprit, apparenté à ceux de 
plusieurs grands poètes ou grands sages de l'histoire; et le regard qui en était 
l'émanation fidèle; un regard d'une bonté un peu anxieuse qui semblait demander 
à la foule : « Qui nous empêche de nous entendre et de sauver le monde, si 
réellement nous le voulons ? ». 


L'on connaissait aussi chez nous l'infirmité corporelle qui avait frappé jadis le 
Président et la lutte courageuse qu'il avait menée pour la réduire. Ce détail 
ajoutait à l'humanité de Roosevelt, le rapprochait des souffrants, narguait les 
doctrines brutales qui liaient toute supériorité à la superbe du sang et de la chair. 


Les Français étaient moins familiers avec sa voix, qui était une voix 
bienveillante elle-même et affectueuse, un peu voilée en dépit de sa vigueur 
foncière, parfois, peut-être, un peu molle de contours. 


C'est durant ses discours au Congrès que le Président prenait ses attitudes les 
plus caractéristiques. Il lisait, du ton d'un homme qui apporte la vérité, mais qui 
est aussi possédé par le besoin de toucher le coeur et de convaincre. Il y avait 
chez lui du professeur et du prêtre, un peu de l'avocat intègre, rien du tribun à 
notre mode, rien surtout du cabotin. 


Souvent, il levait les yeux de son texte et les promenait rapidement sur 
l'assemblée comme pour dire : « Nous sommes des amis, n'est-ce pas ? Et des 


justes. Des vérités que j'éprouve avec tant de force pourraient-elles ne pas se 
communiquer à vous ? » 


Je ne sais si l'on mesure, de ce côté-ci de l'Océan, à quel point la carrière de 
Roosevelt fut exceptionnelle. Il a été élu président quatre fois de suite, ce qui ne 
s'était jamais vu, ni même envisagé. 

Dans ce pays qui, plus que tout autre, redoute le pouvoir d'un seul, et qui, s'il 
obéit au chef, n'a aucunement le culte du chef, se méfie par principe des abus et 
des périls qu'enferme la fonction de chef, Roosevelt a été le chef, pendant une 
période dont la longueur était sans exemple; et cette période se trouvait être la 
plus dramatique et la plus formidable que les Etats eussent vécue. 


De ce fait déjà, par les responsabilités qu'il a été amené à prendre, par 
l'inflexion que sa présence a donnée aux événements, Roosevelt serait, avec 
Washington et Lincoln, et même aux yeux de ses adversaires, l'un des trois 
grands présidents de l'histoire des Etats-Unis. Autrement dit, il suffit, pour lui 
accorder sa place, de constater qu'il est celui qui a gouverné le plus longtemps 
dans les circonstances les plus difficiles. 


Washington, Lincoln, Roosevelt, cette trinité de grands hommes se formera 
d'elle-même pour la postérité. Ce furent réellement de grands hommes, par le 
dedans, par la conscience et la mission et non pas seulement par la faveur des 
choses. 


Notre époque a dû redécouvrir, au prix d'effroyables épreuves, l'importance 
des grands hommes. Il est apparu, çà et là, de malfaisants génies, en qui étaient 
portées au suprême degré les virtualités les plus dangereuses et parfois les 
séductions les plus diaboliques de l'être humain. Contre eux, la masse était 
souvent sans défense. Pour les combattre, pour les vaincre, il n'était pas assez, on 
l'a vu, de la lucidité commune, de l'énergie et de la ténacité propres à l'homme 
moyen. A ces champions du Mauvais Principe, il fallait opposer des champions 
du Bon Principe qui fussent d'une taille comparable. Les simples braves gens 
étaient, comme disent les sportifs, « surclassés ». Hélas ! De tels champions ont 



presque partout fait défaut, et aux moments les plus graves. La chance de 
l'Amérique — et de cette chance le monde entier a finalement profité — fut 
d'avoir Roosevelt. Elle s'en apercevra de plus en plus, à la réflexion. Elle 
constatera que la longue présidence de Roosevelt a coïncidé avec deux des plus 
graves conjonctures de la vie américaine, et que, de ces deux conjonctures, 
Roosevelt a tiré son pays avec honneur. 


Pour l'historien futur, il sera intéressant de chercher ce que l'oeuvre de 
Roosevelt doit à la nature et à la formation de l'homme. 


C'était, à coup sûr, de naissance, un intellectuel et un méditatif. Mais d'autres 
exigences de son caractère le portaient à l'action, et même, sans détours 
préalables, sans années d'apprentissage de droite et de gauche, à l'action 
politique. Si bien qu'il y a peu d'hommes amis des idées, imbus d'un idéal, qui 
aient si peu tâtonné avant de s'attaquer à la réalité pratique; et peu d'hommes 
d'état américains qui soient arrivés à la carrière politique si directement et si tôt. 


Cette particularité explique sans doute l'extrême habileté, la virtuosité du 
technicien, que Roosevelt a su garder même aux époques où l'urgence le pressait 
le plus, où le sentiment passionné d'avoir raison risquait le plus de lui faire 
bousculer les précautions ordinaires. Peut-être aussi, pour ne rien dissimuler, 
explique-t-elle ce qui nous est apparu parfois chez lui comme un excès de 
pmdence, comme une approche trop circonspecte de l'occasion et de l'obstacle. 

D'ailleurs, le progrès de son art de technicien consistait non pas à raffiner une 
roublardise, mais à perfectionner un ensemble de méthodes à l'efficacité 
desquelles il croyait. 

Ces méthodes, il serait long de les décrire, téméraire aussi, puisqu'à ma 
connaissance il ne les a pas systématiquement formulées. On peut, cependant, en 
deviner quelque chose. 


Il semble bien qu'il ait cru, en principe, à l'efficacité, non pas verbale mais 
réelle, de la bonne foi et du bon sens à l'intérieur d'une démocratie. Dire la 
vérité, simplement, et du mieux que l'on peut, ne reste pas sans résultat. 



Roosevelt nourrissait une confiance très humaine, très américaine, dans l'homme 
moyen — à condition que l'homme moyen ne soit pas déformé par un régime, 
empoisonné par un fanatisme. Il comptait également sur la chaleur persuasive, 
l'onction fraternelle, qui tiennent tant de place dans la vie religieuse des 
communautés protestantes. 


Il croyait au travail d'équipe. Il était un patron plein d'autorité, parfois trop 
vétilleux dans le contrôle de l'exécution — un de ces hommes qui rêveraient de 
tout faire par eux-mêmes, pour la paix de leur conscience; — mais il pratiquait 
envers ses collaborateurs l'estime, la fidélité, la loyauté. Il aimait les hommes de 
talent. Il recherchait et respectait les hautes compétences. 


Ce n'est pas par hasard que les mots de « brain trust » sont liés à son souvenir. 


Il croyait non moins fermement à la nécessité d'un contact étroit avec le 
Congrès et l'opinion. « Je ne serai pas lâché par le Congrès », « Je ne serai pas 
lâché par l'opinion », tels devaient être deux des slogans de ses rêveries 
silencieuses. Il y croyait par souci de conserver le pouvoir, et un pouvoir non 
disputé ou désavoué. Mais il y croyait aussi par philosophie. Pour lui, le chef 
d'une démocratie restait l'aboutissement de la conscience publique, l'organe 
suprême de l'opinion. Le chef d'une démocratie ne pouvait pas avoir raison tout 
seul. Si par malheur il avait raison tout seul — ou contre la majorité — son 
premier devoir était d'abolir ce divorce, de convaincre la majorité par la bonne 
foi et l'appel au bon sens. Car Roosevelt avait une philosophie. Elle s'exhale avec 
pureté, honnêteté, vigueur, de toutes les pages de ce petit volume. Pas une 
philosophie de rhéteur, faite pour la consommation des masses, et dont on sourit 
entre intimes. Une philosophie vécue, consubstantielle à la personne, mêlée au 
souffle. D'où le sérieux que prennent les formules, la façon dont elles parlent au 
coeur. Cet accent-là ne s'imite pas. 


En somme, Roosevelt a été le défenseur principal — le mieux placé et le 
mieux pourvu, évidemment, mais aussi l'un des plus sincères, des plus éloquents 
et des plus nets — de la cause la plus menacée à notre époque : celle des libertés 



de l'homme, spirituelles et physiques; celle de la dignité humaine, celle de 
l'autonomie et du bonheur personnels; celle de la civilisation conçue comme une 
croissance de la liberté. 


Cause menacée par des doctrines plus ou moins hostiles entre elles, mais qui, 
dans cette menace, s'unissent et convergent; menacée par de géantes forces dont 
chacune est aveugle, mais qui semblent clairvoyantes tant elles se dirigent avec 
sûreté vers l'écrasement de l'homme. 


Là-dessus, Roosevelt refuse de se payer de mots, ou de duper le pauvre diable 
d'homme moderne par des fantasmagories. Il ne confond pas un instant la liberté 
nationale avec la liberté politique: Il ne pense pas que la liberté politique tienne 
lieu des libertés quotidiennes, et que le citoyen puisse être heureux avec son 
bulletin de vote s'il est tyrannisé par une oligarchie économique ou par une 
oligarchie de bureaucrates. Roosevelt a la sollicitude des libertés vivantes. Il en 
parle avec tendresse. Comment lire sans émotion, à la fin de la liste qu'il dresse 
des libertés nouvelles, page 38, l'article 9 : 


« Droit au repos, à la distraction, à l'aventure ; possibilité de profiter de la vie et 
d'avoir sa part du progrès de la civilisation. » 


Qu'un homme d'état, que le chef d'un état, que le chef de toute la machinerie 
juridique et administrative, le suprême gardien de toutes les lois et contraintes, 
ait eu la fraîcheur d'âme de penser à cela ! Droit à l'aventure ! Est-ce que cela ne 
ressemble pas à l'édit d'un poète devenu roi ? 


Cet homme d'état, qui a fait son apprentissage, sa carrière, sa gloire dans les 
fonctions et les charges de l'état, n'avait aucunement l'idolâtrie de l'état. Il savait 
comme personne que l'état, abandonné à son impulsion naturelle, à sa volonté de 
puissance, à sa prolifération automatique, devient le plus sombre ennemi de 
l'homme. Roosevelt entendait maintenir entre l'état et l'homme les termes du 
pacte raisonnable posé par les pères de la constitution, la réciprocité des devoirs 
et des droits, l'échange équitable des services. Il demandait à l'état non de 



restreindre les libertés mais de les accroître, de les rendre plus réelles, de les 
transférer de l'abstraction à la vie quotidienne. Avant tout, il tenait à mettre hors 
de contestation les libertés fondamentales, celles qu'il appelait les quatre libertés, 
et dont vous trouverez, à la page 72, une définition pleine de grandeur. (Le ton 
de Roosevelt devient alors celui de Marc-Aurèle.) Mais, pour lui, la liberté est 
une conquête permanente. Elle est le travail et le fruit de cette révolution 
permanente dont il parle à d'autres endroits, et qui est tout le contraire de 
l'agitation névropathique, de la rébellion amère et chronique que certains 
entendent par ces mots. Pour lui, révolution permanente signifie jeunesse 
permanente du corps social, refus de l'ankylose, disponibilité au mieux. Bref, 
une notion positive et tonique. 


Aussi, Roosevelt se garde-t-il bien d'embusquer derrière une prétendue 
défense de la liberté une défense du privilège et de l'ordre injuste. Nul n'a montré 
avec une simplicité plus forte que l'injustice économique a pour effet de rendre 
inopérantes pour la plupart des hommes les libertés théoriquement prévues par la 
constitution et la loi. En revanche, il est assez lucide, assez réaliste pour 
apercevoir que la surveillance et l'administration de la justice économique, du 
fait qu'elles incombent à l'état, comportent certains périls — ceux que l'état 
recèle dans ses flancs. L'oeuvre de justice devient aisément oeuvre de tyrannie. 

Et sous prétexte d'assurer au plus grand nombre les libertés qui lui manquent, 
c'est à tous qu'on enlève les vieilles libertés dont ils jouissaient. Bref, le 
programme social de Roosevelt s'est développé autour de cette maxime centrale : 
« Défendre et accroître les libertés humaines dans le perfectionnement de la 
société. » 


Car ce grand homme restait constamment humain. Il avait en dégoût tous les 
délires. Il croyait au bonheur. Il professait que la société se trompe si elle ne 
travaille pas au bonheur de ses membres, et de ses membres actuels, d'abord. 


Il haïssait la guerre. Il n'a jamais cessé de la haïr. Il l'a faite, comme on accepte 
une corvée ignoble mais devenue inévitable. Il est mort dans le bruit des 
victoires. Mais je suis sûr — et en cela aussi il a été l'expression fidèle de son 
peuple — que le bruit des victoires n'avait pas insinué dans sa cervelle le 



moindre commencement d'ivresse. Il a dû mourir en murmurant : « Vous savez 
bien, mon Dieu, que si tant de sang a coulé et coule encore, ce n'est point de ma 
faute. J'ai fait de mon mieux. J'ai tâché d'entendre votre conseil. » 


Et, à ce propos, comment ne pas citer l'admirable prière des pages 10 à 12 ? 
Cela encore sonne comme du Marc-Aurèle, du Marc-Aurèle que la compassion 
chrétienne a baigné. 


Le christianisme de Roosevelt est extrêmement émouvant. Il est profond et 
pur. Je ne vois rien qu'on puisse lui reprocher. Même les incroyants de chez nous 
auraient mauvaise grâce à ne pas le reconnaître ! Oh ! je sais. Parmi tous ceux 
qui se réclament du Christ, il y en a qui ont fait, durant ces années de 
catastrophe, de la bien sombre besogne; et d'autres qui ont poussé jusqu'aux 
limites du scandale l'art de ne pas se compromettre. Mais que le christianisme de 
Roosevelt ait été pour lui une force de plus, un suprême recours dans les 
moments de doute et d'affreuse fatigue, il serait absurde de le nier. 


L'étrange mérite de Roosevelt est d'avoir une conception de sa tâche aussi 
vaste et universelle que possible. Il est rare que les problèmes de politique 
intérieure et ceux de politique extérieure intéressent un chef de gouvernement au 
même degré, et soient traités par lui avec le même zèle, la même adresse. Or, 
Roosevelt, qui a conduit la plus grande guerre que son pays ait jamais faite, a 
conduit aussi la plus grande expérience sociale que ce même pays ait tentée. 


Il y a une question qu'on ne peut éluder. Comment Roosevelt, de part et 
d'autre, a-t-il réussi ? Dans ce pays où le succès prend une valeur philosophique, 
quel a été le succès de Roosevelt ? 


Du côté intérieur et social, j'estime que son succès a été immense, inespéré. Je 
n'ignore pas qu'en disant cela, je surprends bien des gens. Je crois pourtant que 
c'est vrai. Il suffit pour s'en convaincre de comparer des situations, et d'évoquer 
des souvenirs, honnêtement. 



L'Amérique de l'automne 29, celle de 30, étaient au plus bas. Une crise 
catastrophique se déployait, dont la gravité n'avait pas de précédent. La 
prospérité américaine semblait ruinée dans son principe, condamnée dans ses 
méthodes. Pour la première fois depuis longtemps, ce peuple doutait de lui, et de 
l'avenir. Il y avait d'innombrables détresses. Mais elles comptaient moins encore 
que cette chute du tonus national. Deux ans après, la crise n'était pas résorbée, ni 
même atténuée dans sa virulence. Elle avait seulement gagné le reste du monde. 
Alors Roosevelt est élu pour la première fois. 


J'ai pu suivre de mes yeux quelques étapes du redressement. Je visite, en 36, 
une Amérique où, déjà, l'on ne parle plus de la crise qu'au passé. Les grands 
hommes d'affaires se plaignent des méthodes de Roosevelt, mais ils avouent que 
le char est tiré de l'ornière. En 39, en 40, la prospérité américaine est celle des 
plus beaux jours. Elle éclate moins encore dans les statistiques que dans le 
visage de la foule, les rythmes de la rue. A qui ferait-on croire que ce peuple 
n'est pas heureux ? Les ouvriers, les employés, les fermiers remercient Roosevelt 
d'avoir vaincu le chômage, d'avoir amélioré de maintes façons le sort des 
humbles. Ils sont prêts à voter une fois encore pour lui. Mais les autres ? La 
veille de la deuxième réélection, je cause avec des gens d'affaires et de finance. 
Ils voteront contre Roosevelt, pour le principe. Mais ils reconnaissent qu'il a été 
prodigieusement adroit, qu'on lui doit peut-être d'avoir évité le pire, que 
plusieurs de ses réformes étaient probablement nécessaires. En avril 45, après la 
mort de Roosevelt, je n'ai rencontré que des gens qui parlaient de lui avec 
respect. « Un grand président » disaient les plus réservés, « ...cela ne fait pas de 
doute ». N'est-ce pas ce qu'on appelle un succès ? 


Que la guerre, comme l'a préparée et conduite Roosevelt, à l'échelle mondiale, 
ait été un succès, je ne pense pas qu'il soit encore besoin de l'établir. Et nous 
savons bien, en effet, qu'il ne s'est pas contenté de la présider. Il l'a réellement 
préparée et conduite, aidé des hommes qu'il avait choisis et qui avaient sa 
confiance. 


Il faut pourtant devant cette grande mémoire, et par respect même pour la 



probité de cette conscience, avoir le courage de se poser une question. 


Si Roosevelt s'était décidé plus vite, s'il avait eu moins de scrupules à ausculter 
l'opinion, à peser les hésitations et répugnances du Congrès, s'il avait eu plus de 
confiance en son prestige, en son droit de guider l'opinion, de la secouer au 
besoin; si, par exemple, dès sa première réélection de 36, il avait commencé une 
campagne de messages —au Congrès, à la radio, dans lu presse — où il eût 
répété infatigablement quelques vérités de bonne foi et de bon sens dont il était 
lui-même pénétré : « Nous ne voulons d'une nouvelle guerre mondiale à aucun 
prix. Les démocraties de l'Occident européen n'en veulent pas plus que nous. Il 
ne s'agit pas de les aider à la faire. Il s'agit de les aider à l'empêcher. Pour cela, il 
faut que nous déclarions le plus tôt possible que nous serons avec elles dès le 
premier instant et jusqu'au bout. Et pour qu'une telle déclaration n'ait pas l'air 
d'une phrase creuse, il faut que nous réarmions dès maintenant; que, dès 
maintenant, nous nous constituions l'arsenal des démocraties et, à toute 
éventualité, leur suprême citadelle. » Si Roosevelt avait joué cette partie, ne 
l'eût-il pas gagnée ? Et s'il l'eût gagnée, n'était-ce pas le destin du monde qui 
changeait ? 


Mais il y a encore une autre mesure du succès de Roosevelt : l'état de 
l'Amérique qu'il laissait en mourant, après trois années de la guerre que l'on sait, 
trois années d'efforts et de dépenses également gigantesques; la « condition » de 
l'Amérique en avril 45, au sens où l'on parle de la « condition » d'un athlète. Or, 
jamais athlète, ayant traversé une pareille épreuve, n'a montré une mine aussi 
fraîche, des muscles aussi dispos, un coeur aussi intact. L'Amérique d'avril 45, 
pour l'observateur, ne différait de celle de 42 ou de celle de 40 que par l'énormité 
du travail que dans l'intervalle elle avait accompli. Aucune des toxines de la 
guerre ne semblait l'avoir atteinte. Elle détestait la guerre comme au premier 
jour. Son visage s'était durci à peine. Elle mettait sa coquetterie à ne rien trahir 
de la tension qu'elle s'imposait, des sacrifices et des deuils qu'elle acceptait. 
Même l'argent, pourtant prodigué, gardait à peu près intact son pouvoir d'achat. 
Les restrictions étaient réparties avec honnêteté. 


Bel éloge d'un peuple, sans doute. Mais bel éloge aussi de douze ans de 



gouvernement, de l'administration que Roosevelt avait refondue, développée, 
dirigée, de l'esprit public qu'il avait su entretenir. 


L'éditeur de ce recueil l'a intitulé « Combats pour demain ». Il est bien vrai que 
la pensée de Roosevelt garde toujours les yeux tournés vers l'avenir, même 
quand elle est aux prises avec un présent redoutable. Et bien des fois, dans ces 
pages, c'est de l'avenir, directement, qu'elle s'occupe. 


Lisez, par exemple, la définition qu'il donne (page 128) des buts de guerre de 
l'Amérique. Il est difficile d'être plus noble, plus humain, et aussi plus véridique; 
ni de mieux répondre à ceux qui se croient des réalistes et des esprits forts en 
répétant cette vieille sottise que le peuple des Etats se bat pour les beaux yeux 
des trusts ou pour les champs de pétrole. 


Les buts de l'Amérique, Roosevelt les identifie aux buts du monde. Et dans 
l'héritage de Roosevelt, il n'y aura, en définitive, rien de plus précieux que cela : 
il restera l'homme qui, d'une manière solide, et, souhaitons-le, irrévocable, aura 
identifié les buts de l'Amérique aux buts du monde, noué entre la destinée de 
l'Amérique et celle du monde des liens que ni l'égoïsme, ni l'aveuglement des 
uns ou des autres ne devraient plus réussir à détendre. 


La vision que Roosevelt se forme et nous communique de l'avenir n'a peut-être 
qu'une faiblesse, qui est sa générosité même. Non pas que nous ayons chance de 
sauver l'avenir sans faire à la fois appel et crédit à la générosité. Mais Roosevelt 
semble un peu trop croire qu'il suffira de soustraire l'humanité à des influences 
néfastes, à des erreurs de conduite, aux crimes et aux folies de certaines 
idéologies ou de certains gouvernements. Il ne tient peut-être pas assez compte 
des périls qui sont inclus dans la trame de l'évolution elle-même, dans les forces 
que le génie humain, non contrôlé, produit et accumule. 


Autrement dit, Roosevelt est un peu délibérément optimiste. Et il protège son 
optimisme en évitant de regarder trop loin. C'est là un défaut bien sympathique. 



Il le partage d'ailleurs avec son peuple. Oh ! Ne nous plaignons pas trop de 
l'optimisme américain, ni de l'effort qu'il fait pour circonscrire sa vision à la zone 
de l'avenir qui est proche, qui semble traitable. 


L'optimisme de l'Amérique est assurément une des drogues remontantes dont 
notre pauvre monde a besoin. Il appartient à une sagesse, avertie par des 
expériences plus répétées et plus douloureuses, de jouer auprès de cet 
optimisme le rôle de la vigie : qui est de découvrir un horizon aussi éloigné que 
possible et de signaler les périls, fussent-ils seulement probables et situés à 
grande distance. 

Jules ROMAINS 



CHAPITRE PREMIER - Démocratie et Liberté 


« NOTRE FERME DESSEIN EST DE PROTÉGER ET DE 
MAINTENIR LA DEMOCRATIE DANS SA TOTALITÉ » 


À chaque jour inaugural depuis 1789 le peuple a retrouvé son esprit de 
sacrifice envers les États-Unis. 

Au Jour Inaugural de Washington, le devoir du peuple était de créer une 
nation et de s'unifier. Au Jour Inaugural de Lincoln, le devoir du peuple était de 
sauver l'unité de la nation d'un péril intérieur. 

En ce jour, le devoir du peuple est de sauver l'unité de la nation et ses 
institutions d'un péril extérieur. 

Le moment est venu pour nous de nous arrêter un instant au milieu du cours 
rapide des événements et de faire notre bilan, nous rappeler quelle a été notre 
place dans l'histoire, redécouvrir ce que nous sommes et ce que nous pouvons 
être. Si nous ne le faisons pas, nous courons le réel péril de l'inaction. 

La vie des nations n'est pas déterminée par le nombre des années mais par la 
vitalité de l'esprit humain. La vie d'un homme est de 70 ans, un peu plus, un peu 
moins. La vie d'une nation est la force de sa volonté à vivre. 

Il y a des hommes qui en doutent. Il y a des hommes qui croient que la 
démocratie comme forme de gouvernement et comme cadre de vie est limitée ou 
mesurée par une sorte de destin secret et artificiel — que, pour une raison 
inexpliquée, la tyrannie et l'esclavage sont la vague montante de l'avenir — et 
que la liberté est une marée descendante. 


Mais nous, Américains, savons que ce n'est pas vrai. 


Il y a huit ans, quand la vie de cette République semblait paralysée par une 
terreur mortelle, nous avons prouvé que cela n'était pas vrai. Nous étions dans 
l'étourdissement d'un choc — mais nous avons agi. Nous avons agi vite, avec 
audace, et d'une manière décisive. 

Ces dernières années ont été des années actives, des années fructueuses, pour 
le peuple de cette démocratie, car elles nous ont apporté une plus grande 
sécurité, et, je l'espère, une meilleure compréhension de ce que les buts de la vie 
ne peuvent s'évaluer en mesures matérielles. 

Cette expérience d'une démocratie qui a survécu à une crise intérieure, qui a 
rejeté bien des choses mauvaises, qui a construit de nouveaux cadres sur des 
plans durables, et qui, à travers tout cela, a maintenu la démocratie, est 
absolument vitale pour notre présent et notre avenir. 

En effet, tout a été fait dans le cadre de la séparation des trois pouvoirs de la 
Constitution des États-Unis. Les branches coordonnées du Gouvernement 
continuent à fonctionner librement ; la Déclaration des Droits demeure inviolée. 
La liberté du vote est complètement maintenue. Les prophètes du déclin de la 
démocratie ont vu leurs sinistres prédictions réduites à néant. 

La démocratie n'agonise pas. Nous le savons, car nous l'avons vue renaître et 
gagner du terrain. Nous savons qu'elle est immortelle, car elle repose sur la libre 
initiative d'hommes et de femmes réunis dans une tâche collective — une tâche 
entreprise et menée à bien par la libre expression d'une libre majorité. 

Nous le savons, parce que la démocratie, seule de toutes les formes de 
gouvernement, utilise la pleine force de la volonté éclairée des hommes. 

Nous le savons, parce que la démocratie a construit une civilisation sans 
limite, susceptible de progrès indéfini dans l'amélioration des conditions de vie. 


Nous le savons, car si nous regardons au fond des choses, nous voyons qu'elle 



continue à s'étendre sur chaque continent, car elle est la plus humaine et la plus 
moderne, et en réalité, la moins attaquable de toutes les formes de société 
humaine. 

Une nation, comme une personne, a un corps, un corps qui doit être nourri, 
vêtu et logé, entraîné et reposé, d'une façon adaptée aux buts de notre époque. 

Une nation, comme une personne, a un esprit, un esprit qui doit être informé 
et tenu en alerte, qui doit avoir conscience de lui-même, connaître les espoirs et 
les besoins de ses voisins, — tous les autres pays qui vivent dans un monde qui 
va se rétrécissant —. 

Et une nation, comme une personne, a quelque chose de plus profond, 
quelque chose de plus durable, quelque chose de plus que la somme de tous ses 
composants, et c'est ce quelque chose qui importe le plus pour l'avenir, qui 
demande la protection sacrée de son présent. C'est quelque chose qu'il est 
difficile, presque impossible de désigner par un seul, un simple mot ; et 
cependant, nous comprenons tous ce qu'elle est — l'âme — la foi de l'Amérique. 
C'est le produit des siècles. Elle est née au milieu des foules de ceux qui, venus 
de bien des pays — les uns de classe élevée, mais pour la plupart des gens 
simples — ont cherché ici, il y a longtemps et récemment, la liberté plus 
librement. 

L'aspiration à la démocratie n'est pas une nouveauté dans l'histoire humaine, 
c'est cette histoire elle-même. Elle imprégnait la vie des populations primitives, 
elle flamboyait à nouveau au Moyen-Age et elle fut inscrite dans la Grande 
Charte. 

Aux Amériques, son impulsion a été irrésistible. L'Amérique a été le Nouveau 
Monde dans toutes les langues, non pas parce que ce continent a été une terre 
nouvellement découverte, mais parce que tous ceux qui sont venus ici croyaient 
créer sur ce continent une vie nouvelle — une vie qui serait nouvelle par la 
liberté. 

Sa vitalité était inscrite dans notre propre pacte de Mayflower, dans la 
Déclaration d'indépendance, dans la Constitution des Etats-Unis et dans le 



Discours de Gettysburg. 


Ceux qui sont venus les premiers ici pour atteindre les buts de leurs désirs et 
les millions qui les ont suivis, et la race qui en est issue, n'ont pas cessé 
d'avancer constamment et conséquemment vers un idéal qui, lui-même, a gagné 
du terrain, en taille et en précision, à chaque génération. 


L'AME ET LA FOI DU PAYS 


Les aspirations de la République ne peuvent admettre pour toujours ni une 
pauvreté imméritée, ni une richesse égoïste. 

Nous savons que nous avons encore un long chemin à parcourir, nous savons 
que nous devons encore accroître la sécurité, les chances et le savoir de chaque 
citoyen, dans la mesure que justifient les ressources et les possibilités du pays. 

Mais ce n'est pas assez que de réaliser ces seuls buts. Ce n'est pas assez que 
de vêtir et de nourrir le corps de ce pays, que de former et alimenter son esprit. 
Car il y a aussi l'âme. Et, des trois, le plus important, c'est l'âme. 

Sans le corps et l'esprit, comme chacun sait, le pays ne pourrait vivre. 

Mais si l'âme de l'Amérique était tuée, même si son corps et son esprit 
continuaient à vivre réfugiés dans un monde étranger, l'Amérique que nous 
connaissons serait morte. 

Cette âme — cette foi — nous parle dans la vie quotidienne, souvent d'une 
façon dont nous ne nous en apercevions pas parce qu'elle nous semble évidente. 
Elle nous parle ici dans la capitale de cette nation. Elle nous parle par les modes 
de gouvernement indépendants de 48 Etats. Elle nous parle dans nos provinces, 
dans nos villes et nos cités, nos villages. Elle nous parle des autres nations de 
l'hémisphère et de celles de l'autre côté des mers, celles qui sont en esclavage, 
comme celles qui sont libres. Quelquefois nous n'entendons pas ou ne prenons 



pas garde à ces voix de liberté, parce que pour nous la jouissance de notre liberté 
est une vieille, bien vieille histoire. 

La destinée de l'Amérique a été proclamée en des paroles prophétiques par 
notre premier Président dans son premier Discours inaugural, en 1789, en des 
mots qui semblent presque faits pour la présente année 1941 : 

« La conservation de la flamme sacrée de la liberté et le sort du mode 
républicain de gouvernement sont, à juste titre, considérés comme : ... 
profondément ....et en définitive voués dans l'expérience confiée aux mains du 
peuple américain. » 

Si nous perdons cette flamme sacrée, si nous la laissons étouffer par le doute 
et la crainte, alors nous rejetterons la destinée pour laquelle Washington s'est 
battu si vaillamment et pour laquelle il a triomphé. La conservation de l'âme et 
de la foi du pays fournit et fournira la justification la plus évidente des sacrifices 
que nous pouvons faire pour la défense nationale, quels qu'ils soient. 

Face à des périls que nous n'avons encore jamais rencontrés, notre ferme 
dessein est de protéger et de continuer toute la démocratie. 

Pour cela, nous unissons l'âme de l'Amérique et la foi de l'Amérique. 

Nous ne reculons pas. Il ne nous suffit pas de nous maintenir. En Américains, 
nous allons de l'avant pour le bien de notre pays, avec la volonté de Dieu. 

LES QUATRE LIBERTÉS 

Aujourd'hui, Jour du Drapeau, nous célébrons la Déclaration des Nations 
Unies — cette grande alliance, dont les membres ont juré la défaite de nos 
ennemis et l'établissement d'une paix véritable, fondée sur la liberté humaine. 
Aujourd'hui, la République du Mexique et le Commonwealth des Philippines se 
joignent à nous. Nous souhaitons la bienvenue à ces peuples vaillants qui se 
rangent aux côtés de ceux qui combattent pour la liberté. 

Les quatre libertés de l'homme du peuple lui sont aussi nécessaires que l'air et 



le soleil, le pain quotidien et le sel. Enlevez-lui ces libertés et il meurt. Privez-le 
d'une partie de ces libertés et il s'étiole. Mais donnez-les-lui en toute plénitude et 
il franchira le seuil d'une ère nouvelle, d'une ère qui sera la plus grande de 
l'humanité. 

Ces libertés appartiennent de droit à l'homme, quels que soient sa race, sa 
religion, et son pays. Ces libertés sont son héritage, dont on l'a depuis si 
longtemps privé. Nous, les Nations Unies, avons enfin le pouvoir, les forces 
humaines et la volonté nécessaires pour assurer l'héritage de l'homme. 

La croyance profonde que nous avons en ces quatre libertés, le fait que nous 
croyons que l'homme fut créé libre et à l'image de Dieu, sont ce qui nous 
distingue fondamentalement des ennemis que nous affrontons aujourd'hui. Ce 
sont ces convictions qui font l'unité absolue de notre alliance, opposée au groupe 
des forces du mal que nous détestons. Ces convictions font notre force ; elles 
rendent notre victoire certaine. 

Nous autres, les hommes des Nations Unies, savons que notre foi ne peut être 
ébranlée par aucune puissance. Nous savons aussi que cette foi est partagée par 
des millions de captifs silencieux. 

Nous demandons au peuple allemand, encore dominé par ses tyrans nazis, s'il 
préférerait être esclave dans l'enfer mécanisé du "Nouvel Ordre" hitlérien, ou 
bien bénéficier de la liberté d'expression et de religion, de la libération de la 
crainte et de la misère. 

Nous demandons au peuple japonais, écrasé sous la botte des sauvages 
seigneurs de la guerre, s'il opterait encore pour sa condition d'esclavage et de 
meurtre, s'il pouvait avoir, au lieu de cela, la liberté d'expression et de religion, la 
libération de la crainte et de la misère. 

Nous demandons aux braves populations des nations que l'Axe a envahies, 
déshonorées et dépouillées, sans pour cela parvenir à les subjuguer si elles 
préféreraient se soumettre aux conquérants, ou bien jouir de la liberté 
d'expression et de religion, en étant libérées de la crainte et de la misère. 

Nous connaissons la réponse. Les peuples connaissent la réponse. Nous 
savons que l'homme, créé à l'image de Dieu, est fait pour être libre et qu'il ne 
tolérera pas longtemps l'action du glaive de l'oppresseur. Les peuples des 
Nations Unies arrachent ce glaive des mains dominatrices. Avec ce glaive même, 
elles frapperont les tyrans à mort. Les tyrannies impudentes passent... L'homme, 
lui, marche vers la lumière. 

En terminant, je vais vous lire une prière qui a été composée pour les Nations 
Unies à l'occasion de cette journée : 



« O Dieu des hommes libres, nous consacrons aujourd'hui notre coeur et notre 
vie à la cause d'une libre humanité. 

« Faites que nous triomphions des tyrans qui cherchent à asservir tous les 
peuples et toutes les nations. Donnez-nous la foi nécessaire pour aimer et 
comprendre, comme s'ils étaient nos propres frères, tous ceux qui se battent pour 
la liberté. Donnez-nous cet amour fraternel dans l'espérance et dans l'union. 
Donnez-le nous tout le temps de cette dure guerre. Donnez-le nous aussi, nous 
vous en prions, pour les jours à venir, durant lesquels tous les hommes devront 
et sauront s'unir. 

« Notre terre n'est qu'une bien petite portion de cet univers immense. 

Pourtant, si nous le voulons, nous pouvons en faire un monde que la guerre ne 
tourmentera plus, un monde que la faim et la peur ne troubleront plus, un monde 
qui ne sera plus divisé par les distinctions insensées de race, de couleur et de 
doctrine. Donnez-nous le courage et la prévoyance de commencer dès 
aujourd'hui cette tâche, pour que nos enfants et les enfants de nos enfants 
puissent être fiers du nom d'homme. 

« L'esprit de l'homme s'est éveillé, l'âme de l'homme a progressé. Donnez- 
nous la sagesse et la pénétration qui nous permettent d'embrasser la grandeur 
de l'esprit humain, lequel supporte et tolère de tels maux pour atteindre un but 
situé au delà de sa brève existence. Accordez-nous d'honorer ceux qui sont morts 
pour notre cause et ceux qui travaillent et luttent pour elle. Accordez aux 
peuples et aux nations captives le pouvoir de se libérer et de vivre en sécurité. 
Accordez-nous la patience à l'égard de ceux qui ont été induits en erreur et la 
pitié pour ceux qui ont été trahis. Et accordez-nous le courage et l'habileté qui 
débarrasseront le monde des forces d'oppression et effaceront ce vieux principe 
au nom duquel les forts doivent dévorer les faibles du seul fait de leur force. 

« Et, plus que tout, donnez-nous la fraternité, non seulement pour ce jour, 
mais pour toutes les années qui nous sont accordées — la fraternité non pas 
verbale mais en acte. Tous, tant que nous sommes, nous sommes les enfants de la 
terre. Accordez-nous la conscience de cette simple vérité. Si nos frères sont 
opprimés, nous sommes opprimés. S'ils ont faim, nous avons faim. Si la liberté 
leur est enlevée, la nôtre n'est point sûre. Inspirez-nous à tous la conviction que 
l'homme aura droit à la paix et au pain — qu'il connaîtra la justice et le droit, la 
liberté et la sécurité ; et que chacun aura les mêmes chances que son voisin de 
pouvoir faire de son mieux, non seulement dans son propre pays, mais à travers 
le monde. Et, forts de cette foi, avançons vers ce monde purifié, que nous 
pouvons créer de nos propres mains. Amen ». 



L'ESPOIR D’UNE VIE NOUVELLE QUI SERA VÉCUE SOUS 
LE RÈGNE DE LA LIBERTÉ, DE LA JUSTICE ET DE LA 
DIGNITÉ 

Les membres du Congrès International des Etudiants apprendront sans doute 
avec intérêt qu'au cours de la semaine écoulée, la radio de l'Axe a consacré dans 
ses commentaires une place inaccoutumée à vos séances et au discours que vous 
entendez en ce moment même. Nos postes d'écoute ont capté un volume 
croissant d'émissions de l'Axe — y compris celles des stations que les nazis 
contrôlent en France, en Hongrie, en Hollande, et autres pays. Le Congrès des 
jeunes gens des Nations Unies y est pris à partie avec une haine violente, et des 
allégations entièrement mensongères. Nos postes d'écoute nous avertissent qu'ils 
s'attendent à ce qu'en ce moment précis, dans toutes les nations dominées par 
l'Axe, les émissions soient complètement brouillées — totalement obscurcies — 
afin qu'aucun des mots que je vous adresse ne soit entendu — soit en anglais, 
soit en traduction — par aucun de ces jeunes, frémissant sous la botte d'Hitler. 

La radio nazie de Paris, par exemple, déclare à la jeunesse française que 
Roosevelt est le seul responsable de la défaite de la France, que Roosevelt n'a 
pas qualité pour adresser un message à la jeunesse du monde, parce que 
l'Amérique est un pays qui n'a rien fait pour la jeunesse. 

Berlin raconte que quatre organisations de la jeunesse française ont protesté 
d'avance contre ce discours parce que Roosevelt est responsable de la mort de 
plus de cent mille jeunes Français. Pour le dire en passant, il serait curieux de 
savoir exactement combien il y a de vrais Français dans ces prétendues 
organisations de la jeunesse française. 

Un poste de Tokyo dit que je suis en train d'avouer devant vous, en ce 
moment, que les gens de mon pays sont en décadence, sont des poules mouillées 
— des fils à papa—pourris par la musique de jazz et les films de Hollywood. 
Evidemment, ce commentaire n'a pour auteur aucun des Japonais qui se sont 
battus dans le sud-ouest du Pacifique contre nos « fils à papa ». 

Il est facile de deviner la raison de cette hystérie, avec laquelle nos ennemis 
s'acharnent contre la réunion d'aujourd'hui tout en restant sur la défensive. 
Depuis de nombreuses années, ils ont lancé leur hypocrite appel à la jeunesse — 



ils ont essayé, par toute leur tapageuse publicité, de se présenter comme les 
champions de la jeunesse. 

Mais le monde sait maintenant que les nazis, les fascistes et les militaristes du 
Japon n'ont rien à offrir à la jeunesse — sinon la mort. 

Tout au contraire, la cause des Nations Unies est la cause de la jeunesse elle- 
même. Elle est l'espoir de la nouvelle génération — et des générations à venir — 
l'espoir d'une vie nouvelle, qui puisse être vécue dans la liberté, la justice et la 
dignité. 

C'est un fait qui devient chaque jour plus évident pour la jeunesse de cette 
Europe où les Nazis essaient de créer sur le modèle nazi des organisations pour 
la jeunesse. Ce modèle n'a pas été établi par la jeunesse pour la jeunesse. C'est 
un modèle conçu par Hitler et imposé aux jeunes gens par le système du 
bourrage de crâne — un régime de contrevérités, de falsifications, de 
dissimulations, le tout appuyé par les mitrailleuses de la Gestapo. 

Si vous avez le moindre doute sur ce que la jeunesse d'Europe qui se respecte 
pense des promesses faites à la jeunesse du monde par les chefs de l'Axe, 
regardez tous ces vaillants jeunes gens de France, tous ceux des autres pays 
occupés, qui préfèrent affronter le peloton d'exécution plutôt que d'accepter de 
vivre sous Hitler dans l'esclavage et la dégradation. 

Dans des pays aussi malheureux que la Finlande, la Hongrie, la Bulgarie, la 
Roumanie et l'Italie, dont les gouvernements ont jugé bon de se soumettre à 
Hitler et d'exécuter ses ordres, les Quisling eux aussi ont mis sur pied des 
organisations pour la jeunesse — mais ce sont des organisations qui ont pour fin 
d'envoyer les jeunes gens, par dizaines de mille, se faire massacrer sur le front 
oriental ; car les Nazis ont besoin de chair à canon pour essayer encore, en 
désespoir de cause, de rompre le front d'acier de l'armée russe. 

En Chine, une héroïque jeunesse s'est dressée, inébranlable, depuis plus de 
cinq ans, contre toutes les tentatives du Japon qui voulait la séduire et la 
désarmer avec des mensonges aussi transparents que la promesse de « l'Asie aux 
Asiatiques ». Les Chinois savent très bien que cela veut dire simplement : « Le 
monde entier sous l'esclavage japonais ». 

Nous sommes joyeux à la pensée que ce seront les jeunes gens, les hommes 
libres et les femmes libres des Nations Unies, non pas les robots dégénérés des 
pays esclaves, qui donneront sa forme au monde de l'avenir. 

Les délégués de ce Congrès International des Etudiants représentent les vingt- 
neuf Nations Unies. Ils représentent aussi, du moins en esprit, les jeunes 
générations de beaucoup d'autres nations qui, bien qu'elles ne soient pas 



effectivement en guerre à nos côtés, sont avec nous de cœur et d'âme, dans la 
mesure où elles aspirent à un monde où la paix soit garantie. Avant la première 
guerre mondiale, il n'existait pas de pays où l'opinion courante reconnaissait à la 
jeunesse le droit de parler pour elle-même, ou de participer aux conseils 
politiques. 

Mais, depuis cette époque, nous avons beaucoup appris. Nous savons que la 
sagesse n'est pas nécessairement une question d'âge ; que de vieilles personnes 
peuvent être folles et que des jeunes peuvent être sages. Mais, dans toutes les 
guerres, c'est la jeune génération qui porte le fardeau du combat et qui hérite de 
tous les maux que la guerre laisse après soi. 

Dans les crises économiques qui ont suivi la fausse prospérité de l'après- 
guerre, beaucoup de jeunes, hommes et femmes, ont souffert plus encore que 
leurs aînés. Car ils furent privés de toute occasion de s'instruire, de s'entraîner, de 
travailler ; ils n'avaient pas même assez de nourriture pour former des corps 
vigoureux. Le résultat, c'est qu'ils étaient tentés de chercher un remède simple, 
non seulement à leur situation individuelle, mais encore à toutes les difficultés 
où se débattait le monde. Quelques-uns prêtaient l'oreille à des voix étrangères, à 
des sirènes qui offraient à toutes leurs questions des promesses spécieuses. « La 
démocratie est morte », leur disaient ces voix, « suivez-nous, et nous vous 
apprendrons le succès. Nous vous mènerons à la conquête du monde. Nous vous 
donnerons le pouvoir sur les races inférieures. Et tout ce que nous vous 
demanderons en échange, c'est... votre liberté ». 

D'autres jeunes gens, dans les démocraties, écoutaient les évangiles de 
désespoir. Ils cherchaient refuge dans le cynisme et l'âpreté. 

Cependant, un moment vint où toutes les théories durent s'effacer devant le 
fait, le fait redoutable et tangible : bombardiers piqueurs, divisions cuirassées, 
menace directe contre la sécurité de tous les foyers, de toutes les familles, dans 
tous les pays libres du monde. Et quand ce fait devint évident pour nos jeunes 
gens, par millions ils répondirent à l'appel aux armes. Aujourd'hui, ils sont 
résolus à combattre jusqu'à la destruction complète des forces d'agression. 

Ce que je dis, ici, à Washington, est entendu par plusieurs millions de soldats 
américains, de marins, de fusiliers marins, non seulement à l'intérieur des 
frontières et des eaux américaines, mais dans les endroits très éloignés d'ici — en 
Amérique Centrale, dans l'Amérique du Sud, dans les îles de l'Atlantique, en 
Grande-Bretagne et en Irlande, sur les côtes de l'Afrique, en Egypte, en Irak et 
en Iran, en Russie, dans l'Inde, en Chine, en Australie, en Nouvelle-Zélande, 
dans les îles du Pacifique et sur toutes les mers du monde. Dans toutes ces 



régions, nos combattants sont présents. 

Aces combattants, je voudrais adresser un message spécial, message qui leur 
vient non seulement du Commandant en chef, mais du coeur même de tous leurs 
concitoyens. 

Jeunes Américains, vous vous montrez aujourd'hui dignes des traditions les plus 
élevées et les plus nobles de notre Nation. 

Ni les pèlerins qui abordèrent sur la côte inexplorée de la Nouvelle- 
Angleterre, ni les pionniers qui péniblement se frayèrent un chemin à travers la 
brousse sauvage, n'ont montré plus de courage ni plus de résolution que vous ne 
le faites en ce moment. 

Ni vos propres pères, en 1918, ni les pères de vos pères en 1863 ou en 1776, 
n'ont combattu avec plus de vaillance, avec plus de dévouement au devoir et à la 
patrie que vous n'en montrez maintenant sur les champs de bataille, si loin de 
vos foyers. 

Et qui plus est, vous savez pourquoi vous vous battez. Vous savez que la route 
qui vous a conduits aux îles Salomon, dans la mer Rouge ou sur les côtes de 
France, n'est vraiment qu'un prolongement de la Grand'Rue de votre ville. En 
quelque endroit que vous vous battiez le long de cette route, vous savez que vous 
vous battez pour la défense de vos foyers, de vos libres écoles, et de vos idéaux. 

Nous, au pays, nous avons au suprême degré le sentiment de nos obligations 
envers vous, pour aujourd'hui et pour l'avenir. Nous ne vous laisserons pas 
tomber. 

Nous savons que, dans l'esprit de beaucoup d'entre vous, il y a la pensée des 
études interrompues, des carrières abandonnées, des emplois qu'on aurait pu 
avoir. La solution de ces problèmes ne peut pas être laissée au hasard, ainsi 
qu'elle le fut la dernière fois. Notre gouvernement a accepté la responsabilité de 
s'en occuper, de telle sorte que, dans tous les cas possibles, du travail soit fourni 
à ceux qui veulent et qui peuvent travailler, mais qui ne trouvent pas à se placer. 
Cette responsabilité, il ne la reniera pas après la guerre. Et quand vous rentrerez 
chez vous, nous n'avons nullement l'intention de vous jeter, comme la dernière 
fois, dans un chaos économique dont nous serions les fauteurs. 

Vous commencez par faire ce qui doit être fait d'abord : vous combattez pour 
gagner cette guerre. Car vous savez que si cette guerre était perdue, tous nos 
plans pour la paix subséquente seraient dépourvus de sens. 

La victoire est l'essentiel. Mais la victoire n'est assez ni pour vous, ni pour 
nous. Nous devons être assurés que, lorsque vous aurez la victoire, vous n'aurez 
pas à dire à vos enfants que vous vous êtes battus en vain — que vous avez été 



trahis. Nous devons être assurés que, dans vos foyers, il n'y ait pas de misère — 
que dans vos écoles, on n'enseigne que la vérité — que dans vos églises on 
puisse prêcher sans crainte la foi digne de notre ferveur profonde. 

Le monde meilleur pour lequel vous combattez — et pour lequel certains 
d'entre vous donnent leur vie — ne viendra pas à l'existence du seul fait que nous 
aurons gagné la guerre, ou que nous souhaitons passionnément qu'il vienne. Il ne 
sera possible que si nous en avons la vision hardie, que si nous le préparons 
intelligemment et que si nous y travaillons avec énergie. Il ne pourra pas se bâtir 
du jour au lendemain, mais seulement grâce à des années d'efforts, de 
persévérance, et de confiance inébranlable. 

Jeunes soldats et marins, paysans et ouvriers, artistes et savants, qui combattez 
chacun à votre manière, pour obtenir la victoire, vous aurez tous votre part à 
prendre dans la construction de ce monde. Vous l'obtiendrez grâce à vos efforts 
actuels, mais vous ne l'aurez pas si vous laissez à d'autres la tâche de se 
débrouiller. Quand vous déposerez vos armes à la fin de la guerre, vous ne 
pourrez pas, en même temps, abandonner votre devoir à l'égard de l'avenir. 

Ce que je dis à nos soldats et marins, s'adresse à tous les jeunes des Nations 
Unies, hommes et femmes, qui font face à l'ennemi commun. La jeunesse tout 
entière, sans distinction de classe, ou d'origine, est unanime en ses sentiments à 
l'égard de ce combat dont l'enjeu est la sauvegarde ou la reconquête des libertés. 

En Norvège et en Hollande, en Belgique et en France, en Tchécoslovaquie et 
en Pologne, en Serbie et en Grèce, il existe un esprit combatif qui défie 
l'oppression brutale, la cruauté barbare et le terrorisme nazi. Bien que désarmés, 
ces peuples indomptables combattent encore leurs oppresseurs. Bien qu'il leur 
soit interdit de connaître la vérité, ils écoutent au péril de leur vie, les voix de la 
radio qui leur viennent de loin ; de bouche à oreille, et par les mêmes journaux 
clandestins qu'on se passe d'un patriote à l'autre, ils parviennent encore à 
répandre la vérité. Quand viendra le moment où ces peuples se dresseront, 
l'Ordre Nouveau d'Hitler sera détruit par les mains de ses propres victimes. 

Aujourd'hui, les jeunesses guerrières de Chine et de Russie inaugurent une 
forme nouvelle de dignité individuelle et rejettent les derniers maillons des 
vieilles chaînes despotiques et impériales qui les avaient si longtemps ligotées. 
C'est là un fait qui comptera dans l'histoire. Cela signifie que l'ancienne 
expression « Civilisation Occidentale » ne suffit plus. Les événements mondiaux 
et les besoins communs à tous les hommes réunissent la culture de l'Asie à celle 
de l'Europe et à celles des Amériques, afin de former, pour la première fois, une 
civilisation vraiment mondiale. 



Dans la formule des Quatre Libertés, dans les principes fondamentaux de la 
Charte de l'Atlantique, nous nous sommes proposé des buts élevés, des objectifs 
illimités. 

Ces formules et ces principes ont été conçus en vue de bâtir un monde dans 
lequel les hommes, les femmes et les enfants pourront vivre dans la liberté, dans 
l'équité, et — par-dessus tout —sans avoir à redouter les horreurs de la guerre. 

Car nul de nos soldats, nul de nos marins, ne voudraient aujourd'hui endurer 
les rigueurs du combat, s'ils devaient penser que, d'ici vingt ans, leurs fils 
auraient à livrer une autre guerre dans les déserts ou sur les lointains océans, 
dans les jungles ou dans les deux du bout du monde. 

Nous avons profité de nos erreurs passées. Cette fois-ci, nous saurons 
comment utiliser notre victoire. Cette fois-ci, les résultats obtenus par nos 
combattants ne seront pas jetés aux orties par le cynisme politique, par la 
timidité ou par l'incompétence. 

Il y a encore une poignée d'hommes et de femmes aux États-Unis et ailleurs, 
qui raillent et dénigrent les Quatre Libertés et la Charte de l'Atlantique. Ils ne 
sont pas nombreux, mais quelques-uns d'entre eux disposent d'un pouvoir 
financier qui leur permet de donner à nos ennemis l'impression, d'ailleurs fausse, 
qu'ils trouvent une large audience parmi nos concitoyens. Ils font de la basse 
politique alors qu'il y va d'une crise mondiale. Ils jouent un air de violon, avec 
beaucoup de fausses notes, pendant que brûle notre civilisation. Ces minables 
prophètes déprécient la résolution que nous avons prise de mettre à exécution 
nos idéaux élevés, et nos principes raisonnables. Les paroles de ces petits 
bonshommes de peu de foi sont citées avec approbation joyeuse par la presse et 
la radio ennemies. 

Nous savons pertinemment que nous n'atteindrons pas facilement notre 
objectif. Nous ne pourrons pas faire, du jour au lendemain, que tous nos idéaux 
se réalisent. Nous savons qu'il nous faudra pour cela soutenir un long et dur 
combat, et qu'il nous restera encore un énorme travail à faire, une fois qu'auront 
été abattus les derniers bombardiers allemands, japonais et italiens. 

Mais, en vérité, nous croyons que nous pourrons, avec l'aide de Dieu, réaliser 
dans ce monde si sombre d'aujourd'hui et dans le monde nouveau qui naîtra dans 
l'après-guerre, que nous pourrons, dis-je, réaliser un sérieux progrès vers les buts 
les plus nobles que l'homme ait jamais imaginés. 

Nous autres, membres des Nations Unies, nous possédons les moyens 
techniques, les ressources naturelles et, par-dessus tout, le courage hardi, la 
vision des choses et la volonté nécessaires pour bâtir et soutenir le seul genre 



d'ordre mondial qui puisse justifier les terribles sacrifices que fait aujourd'hui 
notre jeunesse. 

Mais nous devons nous y acharner — sans relâche, sans hésitation, sans peur 
— et nous devons nous y acharner tous ensemble. 

Il faut que nous poussions l'offensive contre toutes les formes du mal. Il faut que 
nous travaillions et combattions pour garantir à nos enfants la maîtrise et la 
paisible jouissance de leurs droits imprescriptibles à la liberté de parole, à la 
liberté de conscience, à la libération de la misère, à la libération de la crainte. 

C'est seulement en ces termes hardis que la guerre totale peut se terminer par 
une victoire totale. 

« AYANT SAISI NOS ARMES POUR DÉFENDRE LA LIBERTÉ, 
NOUS NE LES DÉPOSERONS POINT AVANT QUE LA LIBERTÉ 
NE SOIT DE NOUVEAU A L'ABRI DU DANGER » 

Aucune date de la longue histoire de la liberté n'est plus chère aux individus 
et aux peuples que l'amour de cette liberté anime, que la date du 15 décembre 
1791. Ce jour-là, il y a de cela 150 ans, une nation nouvelle, qui venait d'élire un 
Parlement, adopta une déclaration des droits humains qui a influencé la pensée 
de l'humanité entière, d'un bout à l'autre du monde. 

Il n'est pas une république sur le continent américain qui n'ait adopté dans ses 
lois fondamentales les principes essentiels de la liberté humaine et de la liberté 
spirituelle, tels qu'ils ont été mis en vigueur dans le « Bill of Rights » des Etats- 
Unis d'Amérique. 

Il n'y a pas un pays sur ce continent, grand ou petit, qui n'ait subi directement 
ou indirectement l'influence de ce document. 

En vérité, avant 1933, le monde reconnaissait, du moins en principe, la valeur 
fondamentale de notre « Bill of Rights ». Même aujourd'hui, à l'exception de 
l'Allemagne, de l'Italie et du Japon, les différentes nations du monde — ou en 
tous cas les quatre cinquièmes d'entre elles — en reconnaissent les principes, les 
leçons, et les glorieux résultats. 

Mais, en 1933, une clique politique vint au pouvoir en Allemagne, une clique 
qui n'accepta pas la validité des déclarations du « Bill of Rights » ; une petite 
clique d'ambitieux, de politiciens sans scrupules, dont le programme officiel et 
reconnu était précisément de détmire les droits proclamés par ce document. En 
vérité, tout le programme, tout le dessein de ces tigres politiques et moraux 



consistait uniquement en ceci : abolir sur toute la terre les résultats de la grande 
révolution des libertés humaines dont notre « Bill of Rights » est la charte la plus 
ancienne. Les vérités qui allaient de soi pour Thomas Jefferson et qui sont allées 
de soi pour les six générations d'Américains qui l'ont suivi — ces vérités étaient 
odieuses à ces hommes. Les droits à la vie, à la liberté, à la poursuite du bonheur, 
droits qui semblaient à Jefferson et qui nous semblent, à nous, inaliénables, 
n'étaient, pour Hitler et ses partisans, que des mots vides de sens qu'ils se 
proposaient d'abolir à jamais. 

Pour remplacer les droits inaliénables de Jefferson, les Nazis avançaient les 
propositions que voici : 

Aucun homme, en tant qu'individu, n'a le moindre droit du fait de sa qualité 
d'homme. 

Aucun homme, en tant qu'individu, n'a le moindre droit à posséder une âme 
qui lui soit propre. Il n'a pas même le droit de vivre où il lui plaît et d'épouser la 
femme qu'il aime. 

L'individu n'a qu'un devoir, celui d'obéir, mais non point à son Dieu, non point 
à sa conscience ; obéir, mais à Adolphe Hitler. L'individu n'a de valeur qu'en tant 
qu'il est une composante de l'État hitlérien, il n'a point de valeur en tant 
qu'homme. 

Pour Hitler, l'idéal du peuple tel que nous le concevons, le peuple libre, 
responsable, qui se gouverne soi-même, est un idéal incompréhensible. 

Pour Hitler, le peuple ce sont « les masses », et le plus haut degré de 
l'idéalisme humain, c'est, pour reprendre les propres mots du Führer, de souhaiter 
devenir « un grain de poussière » dans cet ordre de « la force » qui modèlera 
l'univers. 

Pour Hitler, le gouvernement tel que nous le concevons est une conception 
impensable. Pour lui, le gouvernement n'est pas le serviteur, il n'est pas 
l'instrument du peuple, mais il est le maître absolu qui peut imposer à chacun ses 
moindres actes. 

Pour Hitler, l'Église telle que nous la concevons est une monstruosité qu'il faut 
détruire par tous les moyens disponibles. L'Église nazie doit être « l'Église 
Nationale... au service absolu et exclusif d'une seule doctrine, d'une seule race, 
d'une seule nation. » Pour Hitler, la chose la moins concevable, la plus odieuse et 
la plus redoutable, c'est que les hommes soient libres de penser comme ils le 
veulent, de parler comme ils le veulent, d'honorer Dieu comme ils le veulent. 

Tel est l'enjeu de notre époque, l'enjeu de cette guerre où nous sommes 
engagés : il s'agit de savoir si les nations honnêtes et qui se respectent elles- 



mêmes seront contraintes d'accepter les dogmes agressifs de cette nouvelle 
tentative pour ressusciter la barbarie ; si elles seront contraintes de revenir à la 
tyrannie à laquelle on les invite. Il s'agit de savoir si les Nazis réussiront à 
imposer aux peuples de la terre la doctrine de l'obéissance absolue, du 
gouvernement dictatorial, de la suppression de la vérité, de l'oppression des 
consciences, toutes choses que les nations libres de la terre ont depuis longtemps 
répudiées. 

Ce qui nous menace actuellement, c'est, ni plus ni moins, un effort pour jeter 
bas et pour abolir l'essor puissant des libertés humaines, dont notre « Bill of 
Rights » est la charte fondamentale ; pour contraindre les peuples de la terre, et 
notamment les nations américaines, à reconnaître de nouveau l'autorité absolue 
et le gouvernement despotique dont ils ont été délivrés il y a bien, bien des 
années, par le courage, la résolution, les sacrifices de leurs aïeux. Cet effort ne 
pourrait réussir que si ceux qui ont hérité le don de la liberté avaient perdu les 
qualités viriles qui seules permettent de la conserver. Mais nous autres 
Américains, nous savons que la génération présente est aussi ferme et assurée 
dans sa résolution de sauver la liberté, que le fut la génération américaine par qui 
cette liberté fut conquise jadis. 

Aucune menace, aucun péril ne nous fera livrer les garanties que nous donne 
la liberté que nos aïeux ont formulée pour nous dans notre « Bill of Rights ». 
Avec toute la passion dont nos coeurs sont capables, nous tiendrons ces 
promesses qui engagent l'esprit humain. 

Nous prenons la résolution solennelle de faire en sorte qu'aucune puissance, 
aucune combinaison de puissances terrestres ne puisse nous faire lâcher prise. 

Et nous prenons, à la face du monde, l'engagement mutuel que voici : 

Ayant saisi nos armes pour défendre la liberté, nous ne les déposerons point 
avant que la liberté ne soit de nouveau à l'abri du danger dans le monde où nous 
vivons. C'est pour cela que nous prions, c'est pour cela que nous agissons, — 
maintenant et à jamais. 


L'ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE DE WASHINGTON 




sur la terre entière afin que nous-mêmes et 
nos enfants puissions conserver la liberté 
que Washington contribua si puissamment 
à nous donner. Puisque nous célébrons 


l'anniversaire de la naissance de 


Notre pays, que Washington contribua si 
luissamment à créer, combat aujourd'hui 


Washington, rappelons-nous comment il se conduisit au milieu des plus grandes 
adversités. Parce qu'il accomplit beaucoup, nous avons tendance à oublier ses 
jours d'épreuves. 

Pendant toute la révolution, Washington commanda une armée dont 
l'existence même en tant qu'armée n'était jamais assurée d'une semaine à l'autre. 
Certains de ses soldats, et parfois des régiments entiers, ne pouvaient ou ne 
voulaient sortir des frontières de leur état. Parfois, en des moments critiques, ils 
décidaient de revenir chacun chez soi, afin de faire les labours, ou de rentrer les 
récoltes. Une grande partie de la population coloniale, ou bien était opposée à 
l'indépendance ou bien, pour mettre tout au mieux, refusait de faire les grands 
sacrifices personnels nécessaires à cette fin. 

Ils étaient nombreux dans chaque colonie ceux qui voulaient bien collaborer 
avec Washington, mais pourvu qu'ils puissent dicter les termes de cette 
collaboration. 

Durant la guerre de la Révolution, plus d'un Américain n'eut que sarcasmes 
pour les principes mêmes de la Déclaration d'indépendance. Ce n'était pas « 
pratique », disaient-ils ; c'était « idéaliste », de prétendre que « tous les hommes 
sont créés égaux, et sont doués par leur Créateur de certains droits inaliénables ». 

Les sceptiques, les cyniques du temps de Washington, ne croyaient pas que 
des hommes et des femmes ordinaires fussent capables de vivre librement en se 
gouvernant soi-même. Ils prétendaient que la « Liberté » et 1' « Égalité » 
n'étaient que des songes creux et nullement réalisables, tout de même 
qu'aujourd'hui, nombreux sont les Américains qui n'ont que sarcasmes pour notre 
résolution de libérer les hommes de la misère et de la crainte ; on nous dit aussi 
que ce sont là idéaux irréalisables. On dit qu'il est dans l'ordre du monde qu'il y 
ait des pauvres et des guerres. 

Ces gens-là me rappellent ceux qui trouvent à redire aux Dix 
Commandements parce que certaines personnes ont l'habitude d'en violer un ou 
plusieurs. 

Nous autres Américains d'aujourd'hui, nous savons que la Révolution se serait 




soldée par un échec si George Washington n'avait pas eu la foi, une foi qui 
l'emporta sur les zizanies, la confusion, et les doutes entretenus par les 
sceptiques et les cyniques. 

Lorsque des livres d'histoire nous parlent de Benedict Arnold, ils omettent par 
bienveillance des douzaines d'autres Américains, qui, sans le moindre doute, 
étaient eux aussi coupables de trahison. 

Nous savons que ce fut la simple foi de Washington qui lui permit de s'en tenir 
à son principe essentiel : en premier lieu les choses de première importance. 

C'est parce qu'il avait un juste sens des proportions, que lui-même et ses 
partisans purent négliger les difficultés mineures et se concentrer sur les objectifs 
les plus importants. Les objectifs de la Révolution Américaine étaient si vastes 
(en fait ils étaient illimités), qu'ils sont aujourd'hui au nombre des objectifs 
primordiaux du monde civilisé tout entier. 

Ce fut la foi de Washington, et ce furent, outre cette foi, son espérance et sa 
charité qui inspirèrent l'élan montré à Valley Forge, et de la prière faite sur ce 
champ de bataille. 

Les Américains du temps de Washington étaient en guerre. Nous autres 
Américains d'aujourd'hui, nous sommes en guerre. Les Américains du temps de 
Washington furent souvent menacés de la défaite. Nous aussi, nous avons été 
menacés par des revers et par des infortunes — qui nous menacent encore. 

En 1777, après notre victoire de Saratoga sur l'armée du général Burgoyne, 
des milliers d'Américains lancèrent en l'air leurs chapeaux et proclamèrent que la 
guerre était pratiquement gagnée, qu'ils allaient pouvoir retourner à leurs 
occupations du temps de paix, à la « normale ». 

Aujourd'hui, les grandes victoires remportées sur le front russe ont induit des 
milliers d'Américains à lancer en l'air leurs chapeaux, et à proclamer que la 
victoire est là, juste au coin de la rue. 

Il en est d'autres parmi nous qui croient encore aux miracles. Ils oublient qu'il 
n'y a plus de Josué parmi nous. Nous ne pouvons plus espérer que de grands 
murs s'écrouleront en poussière lorsque les trompettes retentiront et, que les 
populations pousseront des cris. 

Il n'est point assez d'avoir la foi et d'avoir l'espérance. Washington lui-même 
montra par son exemple quel était notre autre grand besoin. 

Je voudrais que tous tant que nous sommes, nous puissions vivre, penser et 
contrôler nos langues ainsi que le fit le père de notre pays, qui cherchait, jour 
après jour, à se conformer à ces célèbres versets : 

La charité est patiente, elle est pleine de bonté ; la charité n'est point 



envieuse ; la charité ne se vante point. Elle ne s'enfle point d'orgueil, elle ne fait 
rien de malhonnête, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle 
ne soupçonne point le mal. Elle ne se réjouit point de l'injustice, mais elle se 
réjouit de la vérité. 

La plupart d'entre nous cherchent à vivre conformément à ces préceptes, mais 
il en est parmi nous quelques-uns qui les ont oubliés. Ceux-là sont les 
Américains dont les paroles et les écrits sont trompetés par nos ennemis pour 
persuader les peuples faiblissants d'Allemagne, d'Italie, et leurs captifs, que 
l'Amérique est désunie, que l'Amérique sera coupable d'infidélité dans cette 
guerre, et qu'elle permettra ainsi aux puissances de l'Axe de contrôler cette terre. 

Peut-être convient-il, en ce jour, de vous lire quelques-unes de ces paroles qui 
furent prononcées il y a bien, bien longtemps, paroles qui ont contribué à former 
le caractère et à modeler la carrière de George Washington : 

Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des deux est à eux ! 

Heureux les affligés, car ils seront consolés ! 

Heureux les débonnaires, car ils hériteront de la terre ! 

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés ! Heureux 
les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ! 

Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu ! 

Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! 

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des deux est à 
eux '.Heureux serez-vous, lorsqu'on vous outragera, qu'on vous persécutera et 
qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. 

Traversée de la Delaware 


AUX ANCIENNES LIBERTÉS NOUS DEVONS EN AJOUTER 
DE NOUVELLES 


La crise contemporaine de la démocratie réclame une appréciation neuve de 




vieilles libertés et le réajustement de 
véracité aux conditions du jour. Le 
.R.P.B. (National Resources Planning 
, dans son rapport au Congrès, a 
que les anciennes libertés soient 
pour y inclure de nouveaux points, 
-après, les dix premiers amendements à 
Constitution et les nouveaux points 


I. DÉCLARATION DES DROITS 


ART. I. Le Congrès ne fera pas de loi traitant des établissements religieux, ou 
en interdisant le plein exercice, réduisant la liberté de parole ou de presse, ou le 
droit des gens à se réunir et à adresser au Gouvernement des pétitions en vue 
d'obtenir satisfaction. 

ART. II. Une milice disciplinée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le 
droit d'avoir et de porter des armes sera maintenu. 

ART. III. Aucun soldat, en temps de paix, ne pourra être cantonné chez 
l'habitant, sans le consentement de celui-ci ; il ne pourra l'être en temps de guerre 
que de la façon prévue par la loi. 

ART. IV. Le droit du peuple à des garanties concernant la personne, le 
domicile, les papiers et les biens, contre des fouilles et des saisies abusives ne 
sera pas violé, et il ne sera donné de mandat que pour des motifs plausibles, 
ressortant de serments ou déclarations décrivant en particulier l'endroit à fouiller, 
ainsi que les personnes et les choses dont on doit s'assurer. 

ART. V. Nul n'aura à répondre d'un crime capital ou infamant, à moins de 
présentation ou d'accusation par un grand jury, sauf pour les cas se produisant 
dans les armées de terre et de mer, ou dans la milice en période d'activité, en 
temps de guerre ou de péril public ; nul ne pourra être jugé deux fois pour une 
même faute ; nul ne pourra être mis à mort, emprisonné ou privé de ses biens, 
sans procès régulier ; la propriété privée ne pourra être utilisée pour le bien 
public sans une juste compensation. 

ART. VI. Dans toutes les causes criminelles, l'accusé aura droit à un jugement 
rapide et public, rendu par un jury impartial de l'Etat ou du district du lieu du 
crime, district qui aura été au préalable délimité par la loi. Il aura droit à être 



averti de l'accusation portée contre lui et de ses bases, à utiliser un système de 
contrainte pour faire venir des témoins, à avoir un conseil pour sa défense. 

ART. VIL En matière civile, dans les affaires dont le montant sera de plus de 
20 dollars, le droit de faire appel au jury sera maintenu et aucun fait jugé par le 
jury ne devra être réexaminé dans aucune cour des États-Unis, si ce n'est 
conformément aux règles du droit. 

ART. VIII. On ne demandera pas de caution excessive ; on n'infligera pas 
d'amendes trop lourdes ; il ne sera pas fait usage de peines cruelles ou 
inhabituelles. 

ART. IX. L'énumération de certains droits par la Constitution ne sera pas 
interprétée pour en nier ou en diminuer d'autres détenus par le peuple. 

ART. X. Les pouvoirs qui ne sont pas donnés aux États-Unis par la 
Constitution ou dont l'exercice n'est pas interdit par elle aux États, appartiennent 
respectivement aux États ou au peuple. 

IL NOUVEAUX POINTS PROPOSÉS PAR LE N.R.P.B. 

1. Droit au travail utile et productif durant les années où l'homme est dans sa 
force. 

2. Droit à un juste salaire, susceptible de payer les nécessités et les plaisirs de 
la vie en échange de travail, d'idées, d'économies, ou autres services socialement 
utiles. 

3. Droit à une nourriture appropriée, au vêtement, au logis, aux soins 
médicaux. 

4. Droit à la sécurité, à la libération de la crainte de la vieillesse, du besoin, de 
celle d'être à charge, de la maladie, du chômage, des accidents. 

5. Droit de vivre dans un régime de libre concurrence, sans travail obligatoire, 
sans pouvoirs particuliers irresponsables, sans autorité publique arbitraire, sans 
monopoles non réglementés. 

6. Droit d'aller et venir, de parler et de se taire, sans le contrôle des espions 
d'une police secrète politique. 

7. Droit à l'égalité devant la loi, avec en fait une égale possibilité de recours à 
la justice. 

8. Droit à l'éducation en vue du travail, en vue de la vie publique, en vue de la 
culture personnelle et du bonheur. 

9. Droit au repos, à la distraction, à l'aventure ; possibilité de profiter de la vie 
et d'avoir sa part du progrès de la civilisation. 



CHAPITRE DEUXIEME - Le nouvel ordre économique 


"LES EXPLOITATIONS FINANCIÈRES, SANS FREIN NI CONTROLE, ONT 
ÉTÉ UNE DES CAUSES PRINCIPALES DE LA TRAGIQUE CONDITION 
OÙ NOUS NOUS TROUVONS" 

Les compagnies Holdings ont été la cause de maux très graves qui doivent 
disparaître, si nous voulons avancer dans les différentes branches de l'activité 
commerciale. La forme de la Compagnie Holding est telle qu'elle se prête aux 
combinaisons secrètes, frauduleuses et aux mauvaises gestions. Elle est, en 
principe, une supersociété, artificielle, destinée à donner une consigne commune 
à des affaires plus ou moins apparentées. Certaines remplissent ces conditions, 
honnêtement et avec profit pour tous ceux qui y participent ; malheureusement, 
les tentations sont trop grandes et d'autres abusent de la concentration de 
pouvoirs financiers entre les mains de quelques individus, pour servir des 
intérêts purement égoïstes. 

Ces compagnies avaient été créées par des groupes entreprenants, elles 
donnaient un pouvoir plus étendu d'administration, facilitaient les combinaisons 
de vente ou de financement entre les sociétés, rendaient facile l'écoulement des 
valeurs. Le public fut pris au mirage et confondit grandeur avec honnêteté. 

Dans le passé, les besoins urgents de notre industrie pouvaient justifier la 
création des compagnies holding, mais les irrégularités insolentes et les pertes 
gigantesques qui se sont produites, appellent un contrôle serré. 

Auparavant, les grandes industries étaient dirigées par leurs propriétaires. 
Aujourd'hui, il en est autrement ; les actions des sociétés sont entre les mains du 
public qui ne manifeste pas la moindre curiosité de connaître les usines ou les 
bureaux des affaires dans lesquelles il a investi ses capitaux. Il n'a aucun 
sentiment de la fierté que donne le sens de la propriété ou de l'association dans 
une entreprise dont les produits sont les fruits de son travail et de son 
intelligence. Le contrôle est dans des mains anonymes, et souvent même, assuré 
par une autre société détenant la majorité des actions. 



Quand les affaires se développèrent au point de ne pouvoir être administrées 
par un seul individu, les Conseils d'administration considérèrent les intérêts 
qu'ils géraient comme autant de gages avec lesquels ils pouvaient spéculer ; ils 
devinrent trop souvent le fief de quelques puissants seigneurs, dans lequel le 
petit actionnaire n'avait pas droit au chapitre. On oublia qu'un porteur de dix 
actions possédait le droit de demander une gestion efficace et honnête autant que 
le porteur de mille titres. 

Des ressources plus vastes étant nécessaires, les banquiers en profitèrent ; de 
nombreux financiers sans scrupule ne s'occupèrent que de la vente des titres sans 
s'inquiéter de la marche des sociétés. Plus ils vendaient, plus ils gagnaient ; 
malgré cela, ils inventaient des procédés et des excuses pour des lancements 
toujours nouveaux. 

La tragédie et la désillusion d'aujourd'hui sont la conséquence inévitable de ce 
contrôle conjoint par le monde des affaires et de la finance ; les résultats que 
nous voyons, n'auraient pas eu lieu sans cette collusion qui a annihilé toute 
moralité, en respectant, peut-être, la lettre de la loi. La Commission fédérale de 
l'industrie peut fournir avec une évidence incontestable, des faits, des chiffres, 
des cas précis de vols, de renseignements erronés, de corruption et d'abus de 
ventes de titres. Des directeurs sans conscience, signaient des contrats illégaux 
pour leur profit, beaucoup plus que pour celui de la Société qui, grassement, les 
payait, recevaient des émoluments fantastiques pour des soi-disant services 
rendus à titre d'experts, avaient pour principe de cacher ce qui se passait à 
l'intérieur de leur Société. Comptes truqués, dissimulation d'actifs, confusion 
délibérément créée par d'innombrables accords entre compagnies, enquêtes 
arrêtées au moyen de procédés retors, mais légaux, ne sont qu'une partie des 
abus qu'on peut leur reprocher. 

Quel recours pouvait avoir le petit actionnaire, même s'il avait connaissance 
de ces trafics ? 

Si, au nom de la morale, on demandait à ces gens-là : « Que pense votre 
conscience de ces procédés ? », ils répondraient : « l'essentiel pour nous est de ne 
pas contrevenir à la loi » ou bien « Combien de temps avons-nous encore pour 
continuer ces opérations ? » 



Ainsi, ces compagnies holding, qui affectaient par leurs manoeuvres le bien- 
être et le bonheur de milliers d'hommes et de femmes, étaient le plus souvent 
conduites et inspirées par des considérations les plus viles. Nous devons, en 
conséquence, faire la lumière sur ces agissements pour que, une fois le public au 
courant, de telles irrégularités ne puissent plus se produire. 

Nous devons avoir un système uniforme de comptabilité. 

Les actionnaires, dûment représentés, doivent avoir le droit, à tout moment, 
d'examiner la copie des délibérations du Conseil, les contrats de chaque 
Compagnie avec ses directeurs ou administrateurs ou avec d'autres compagnies. 
Les noms de chaque actionnaire avec le nombre d'actions possédées par lui, doit 
pouvoir être connu. Les irrégularités cesseraient automatiquement si les 
directeurs savaient qu'ils sont surveillés. 

Les exploitations financières, sans frein ni contrôle, ont été une des causes 
principales de la tragique condition ou nous nous trouvons. Les consolidations, 
les fusions inutiles ont jeté des milliers de gens dans la rue. Le public est en droit 
d'avoir confiance dans les méthodes et dans les hommes qui manient les 
capitaux. Nous sommes à même de la lui redonner, en nettoyant la maison et en 
la tenant propre. 

Au risque de me répéter, j'aimerais exprimer ce que j'ai déjà dit : « Si nous 
devons restreindre les opérations du spéculateur, du manipulateur et du financier, 
c'est pour protéger l'individualisme et non pour l'entraver. » 

Ceux qui assurent le contrôle des grandes combinaisons industrielles et 
financières, doivent donner satisfaction aux exigences du public. Ils n'ont pas 
voulu être des hommes d'affaires, mais des « princes de la propriété ». Nous leur 
rappellerons qu'ils doivent assumer avec compétence les responsabilités 
inhérentes à leur position, travailler pour le bien commun et non pour eux- 
mêmes. Ils doivent à l'occasion sacrifier leur propre intérêt pour le bénéfice de 
tous. » 

C'est alors que le Gouvernement entre en jeu. Quand le « requin », le 
concurrent sans moralité, le lanceur d'affaires sans pondération, un Ishmael ou 
un Insull refusent de se plier aux méthodes saines qui assurent le bien-être des 



masses et menacent de conduire l'industrie à l'anarchie, le Gouvernement doit 
prendre immédiatement les mesures propres à faire cesser cet état de choses. 

CONTRE LES TRUSTS 

Les individus — hommes et femmes — doivent-ils être soumis à un 
système gouvernemental ou économique quelconque, ou bien ce système 
doit-il être créé pour servir les individus ? Voici le problème. 

Pendant des générations, cette question n'a cessé de dominer toutes les 
discussions au sujet du gouvernement. On n'a jamais pu s'entendre sur ce point et 
il est probable que pendant bien longtemps encore, d'honnêtes gens continueront 
à ne pas être d'accord. La démocratie — comme l'a appelée Meredith Nicholson 
— est une course vers un but toujours meilleur. Beaucoup de chemins s'offrent à 
nous ; si nous regardons bien leur tracé, nous voyons qu'ils prennent deux 
directions principales : l'un tend vers un gouvernement s'exerçant au profit de 
quelques-uns, l'autre vers un gouvernement agissant pour le bénéfice du peuple. 

En Europe, les gouvernements des divers pays ont accru leurs pouvoirs au 
cours de luttes nationales et ont créé une force centralisée, suffisamment 
puissante pour imposer la paix aux féodaux. La victoire du pouvoir central 
aboutit, dans la plupart des cas, à l'instauration d'une autorité forte dans laquelle 
l'individu trouva une protection. Le peuple préféra obéir à un maître puissant 
mais éloigné de lui, que d'être exploité par des petits seigneurs toujours trop près 
de lui. Les créateurs du pouvoir central furent, comme le voulaient les 
circonstances, des hommes durs ; ils furent souvent cruels dans leurs méthodes, 
bien qu'ils luttassent de toute leur énergie pour satisfaire à une nécessité, à un 
désir ardent de la collectivité. Leur pouvoir centralisé était capable d'assurer la 
paix, d'écarter la guerre civile et de permettre à la population de vivre en 
sécurité. 

Ces hommes avaient leur raison d'être dans l'évolution d'une grande nation, et 
ils étaient indispensables pour affirmer la puissance des gouvernements à la tête 
des nations en formation. La société s'est montrée reconnaissante pour les 
services rendus, mais une fois l'unité de la nation achevée, l'ambition et la 
brutalité dépassèrent les bornes. 

Le sentiment que le pouvoir était exercé indûment au profit de quelques-uns 
et au détriment de tous, prit alors naissance et ne cessa de s'accroître. Le peuple 



rechercha une force équivalente qui pût imposer des limites à l'arbitraire. Ces 
limites ont suscité les Conseils des villes, les corporations, les parlements, les 
chartes donnant au peuple le droit de participer au pouvoir et d'exercer un 
contrôle. 

Les colonies américaines naquirent au cours de cette lutte. La Révolution en 
fut l'évènement capital. Les témoins des troubles qui avaient précédé la guerre de 
l'Indépendance des Etats-Unis, se rallièrent de bonne foi à l'opinion que le 
gouvernement populaire est dans son essence dangereux et irréalisable. Le plus 
brillant, le plus honnête des défenseurs de cette opinion fut Hamilton. Il 
s'insurgeait contre des méthodes de gouvernements lentes, il avait la conviction 
que la sécurité de la République reposait sur la force autocratique de son 
gouvernement. Il était également convaincu qu'un groupe puissant d'institutions 
centralisées, ayant à sa tête un nombre restreint de citoyens capables, pouvait 
diriger mieux les affaires de l'Etat. 

Jefferson, durant l'été de 1776, après avoir rédigé la Déclaration de 
l'Indépendance, s'appliqua au même problème et aboutit à des conclusions 
différentes. Le gouvernement, selon lui, était un moyen et non un but ; il pouvait, 
selon les circonstances, être une protection et une aide, ou au contraire une 
menace et un danger. « Nous n'avons pas de pauvres, disait-il, la grande masse 
de notre population est composée de travailleurs et ceux de nos riches qui 
peuvent vivre sans exercer une profession, sont peu nombreux. La classe 
laborieuse, dans sa majorité, possède des biens, cultive ses propres terres. Les 
autres tirent des possédants et de ceux qui les emploient des ressources, qui leur 
permettent de se nourrir et de se vêtir mieux que ne l'exige la décence, tout en 
travaillant modérément et en élevant leurs familles ». 

Ce peuple, estimait-il, avait deux catégories de droits : les uns se rattachaient 
à leur personnalité, les autres étaient inhérents à l'acquisition et à la possession 
des biens. Jefferson entendait par les droits se rattachant à la personnalité, le 
droit d'exprimer sa pensée librement et de vivre selon ses goûts. 

Pour assurer à tous la possession et l'exercice de cette première catégorie de 
droits, le gouvernement doit prendre toutes dispositions, qui l'empêcheront de 
s'immiscer dans ce qui est du domaine de l'individu. Jefferson comprit que 
l'exercice des droits de propriété était tellement lié à celui des droits individuels 
que le Gouvernement, sans l'intervention duquel ceux-ci seraient inexistants, 
était dans l'obligation d'intervenir, non pour détruire l'individualisme, mais pour 



le protéger. 

Nous connaissons parfaitement le grand duel politique qui suivit, et nous 
savons que Hamilton et ses amis, dans leur lutte en faveur d'un pouvoir central 
tout-puissant, furent finalement battus par le parti de Jefferson aux élection de 
1800. De ce duel sont sortis le parti républicain et le parti démocrate, tels que 
nous les connaissons aujourd'hui. 

Dès lors, commença pour la vie publique américaine une ère nouvelle, ère de 
l'individu qui s'opposait à un système abstrait. « Individualisme», tel fut le mot 
d'ordre de cette époque. Les conditions économiques les plus heureuses lui 
permirent de durer et lui donnèrent sa splendeur. Il est vrai qu'elle connut des 
crises suivies de temps prospères, mais ces vicissitudes ne pouvaient rien 
changer au fait que l'ensemble du peuple pouvait vivre, soit en vendant son 
travail, soit en tirant du sol ses moyens de subsistance, de sorte que la famine et 
la ruine étaient pratiquement impossibles. Au moment le plus critique, on avait 
toujours la ressource de s'embarquer pour l'Ouest, où des prairies incultes 
accueillaient les hommes, auxquels l'Est n'avait pu procurer un gagne-pain. 

Si grandes étaient nos ressources naturelles, que nous pouvions offrir le même 
secours aux détresses du monde entier ; nous appelions chez nous les émigrants 
de l'Europe et les recevions à bras ouverts. A chaque crise, une nouvelle portion 
du territoire s'ouvrait à la culture, si bien que nos malheurs passagers 
contribuaient à notre heureuse destinée. 

Mais, au milieu du XIXe siècle, surgit un nouveau et puissant facteur 
économique, un rêve nouveau naquit et provoqua ce que nous appelons la 
révolution industrielle. Les progrès accomplis dans l'emploi de la vapeur, comme 
ceux que nous valait l'invention de machines nouvelles, les précurseurs de 
l'industrie moderne les exploitèrent. Quant au rêve, il fut celui d'une machine à 
rendement économique capable d'élever le standard de vie, de mettre le luxe à la 
portée des plus pauvres, de supprimer les distances et — plus tard avec 
l'électricité — de délivrer les hommes du labeur fatigant imposé par le 
maniement des outils les plus lourds. 

Ce facteur et ce rêve devaient également influencer les méthodes politiques. 
Jusqu'alors, le gouvernement n'avait pour rôle que de déterminer les conditions 
dans lesquelles le peuple pouvait vivre heureux, travailler en paix et se reposer 
sans crainte. Il fut, cette fois, appelé à contribuer à la réalisation du rêve nouveau 
; ce n'était pas chose facile. 



Les États-Unis acceptèrent avec enthousiasme les bons et les mauvais côtés 
du règne de la machine. Aucun prix ne fut jugé trop élevé pour acquérir un 
outillage industriel parfait. 

L'histoire de ces dernières cinquante années se confond presque avec celle de 
ces titans de la finance, dont les méthodes ne furent pas examinées d'assez près, 
et qui furent récompensés, non d'après la pureté des moyens employés, mais 
d'après les résultats. Ainsi, les financiers qui ont construit les chemins de fer du 
Pacifique, se montrèrent toujours sans pitié, quelquefois prodigues et généreux, 
mais sans moralité ; ils menèrent pourtant à bien la construction de ces chemins 
de fer. On a estimé que les Américains avaient payé trois fois le prix de revient 
de leur système ferroviaire, mais il n'en est pas moins vrai que les États-Unis en 
tirent tous les avantages. 

Pendant la période d'expansion, les occasions économiques furent 
innombrables. Le gouvernement n'eut pas à se mêler des affaires de l'industrie, 
mais à contribuer à son développement. Ses interventions furent provoquées par 
les hommes d'affaires eux-mêmes. On imposa des tarifs douaniers pour « 
encourager notre industrie naissante », expression dont les plus âgés de ceux qui 
me lisent se souviendront, puisqu'elle était alors le mot d'ordre des campagnes 
électorales. 

L'expansion des chemins de fer fut favorisée par des subventions et plus 
souvent par des cessions gratuites de terrains. Certains, parmi les plus riches en 
pétrole, aidèrent au financement des chemins de fer du Sud-Ouest ; les armateurs 
furent encouragés, soit par des avances d'argent, soit par la concession de 
monopoles de transport, si bien que notre marine marchande vogue aujourd'hui 
sur toutes les mers. 

A notre sens, le gouvernement ne doit pas s'occuper des affaires. Mais comme 
il l'a fait, nous devons essayer de comprendre les raisons de ses interventions. 
Elles ne se fondent pas sur la théorie, qui a toujours été opposée à ce genre 
d'interventions, mais elles se justifient par les appels réitérés et pressants des 
entreprises privées. Celles-ci n'ont cessé de demander au gouvernement de 
mettre à leur disposition tous les moyens d'assistance qu'il possède. 

Le même homme qui déclare aujourd'hui ne pas vouloir de l'intervention du 
gouvernement, a été et sera le premier à lui demander d'imposer des droits 
prohibitifs sur les produits similaires à ceux qu'il fabrique. Quand les choses 
vont mal — comme en 1930 — il ira avec la même célérité solliciter un prêt du 



gouvernement. C'est ainsi que naquit la « Reconstruction Finance Corporation ». 

Chaque groupe a, pour la protection de ses intérêts personnels, demandé 
l'appui du gouvernement, sans tenir compte que le rôle de celui-ci ne doit pas 
être de favoriser un groupe, mais de défendre les droits individuels et les droits 
de propriété de tous ses concitoyens. 

En examinant le passé, nous voyons que ces transformations ont coïncidé 
avec le début du siècle. Nous atteignions alors notre dernière frontière, il n'y 
avait plus de terres libres et nos organismes industriels s'étaient transformés en 
grandes unités, sans contrôle ni responsabilité. 

Des hommes clairvoyants pressentirent le danger, comprirent que les chances 
de succès ne demeureraient plus égales pour tous, et que les grandes sociétés 
pourraient devenir une menace pour la liberté économique des individus et les 
mettre dans l'impossibilité de gagner leur vie. Ce fut alors qu'intervinrent nos 
lois contre les trusts. 

Théodore Roosevelt entreprit une campagne qui eut pour devise : « A bas les 
trusts » ; il usa de son franc-parler contre les malfaiteurs, dont la fortune était 
considérable. La politique du gouvernement était de faire machine arrière, de 
supprimer les grandes sociétés et de retourner au temps où chaque homme 
possédait seul une petite entreprise. C'était malheureusement chose impossible. 
Théodore Roosevelt le comprit, abandonna son idée de dissoudre les trusts et 
n'usa de son autorité que pour établir une distinction entre les « bons et les 
mauvais ». La Cour Suprême conçut et imposa l'application de la fameuse « loi 
de bon sens ». Cette loi admettait, en principe, qu'une concentration de forces 
industrielles pouvait être autorisée si les moyens par lesquels elle se formait, et si 
l'usage qu'elle faisait de sa puissance, étaient conformes à l'équité. 

Woodrow Wilson, élu en 1912, jugea plus clairement encore la situation. 
Jefferson avait craint les empiètements du pouvoir sur les individus ; pour 
Wilson, la puissance financière constituait le grand danger. Il comprit que le 
système économique de grandes concentrations était le despote du xxe siècle, 
dont dépendait la sécurité des individus et dont l'irresponsabilité et l'avidité — si 
on n'exerçait sur elles aucun contrôle —pourraient réduire les masses à la misère 
et à la famine. 

En 1912, la concentration de la puissance financière n'était pas encore ce 
qu'elle est devenue de nos jours ; elle était néanmoins suffisamment importante 



pour que Wilson entrevit toutes les complications qu'elle allait entraîner. Le 
programme actuel que l'on qualifie de révolutionnaire (je suis bien placé pour 
savoir ce que je dis) est bénin en comparaison de la campagne du Président 
Wilson. « Personne ne peut nier, déclara-t-il, que les limites de notre activité sont 
devenues de plus en plus étroites. Nul parmi ceux qui sont au courant du 
développement de l'industrie de ce pays, ne peuvent manquer de constater qu'il 
est pratiquement impossible d'obtenir du crédit, sans être contraint de s'unir à 
ceux qui contrôlent l'industrie des États-Unis ; nul encore ne peut manquer de 
remarquer que tout homme qui tente de concurrencer par lui-même un procédé 
de fabrication déjà employé et contrôlé par les grandes coalitions financières, 
sera écrasé, s'il ne consent, soit à vendre son entreprise, soit à se laisser absorber. 
» 


Si la guerre mondiale, qui obligea Wilson à consacrer huit années aux affaires 
extérieures, n'avait pas eu lieu, nous serions peut-être aujourd'hui dans une 
situation différente. Le canon qui, en Europe, tonnait de plus en plus fort, 
contraignit Wilson à abandonner l'étude de ses projets. Le problème qu'il entrevit 
si clairement, il nous l'a légué et aucun de nous, à quelque parti qu'il appartienne, 
ne peut contester qu'il est une des grandes préoccupations du présent 
gouvernement. 

Un simple coup d'oeil sur la situation actuelle suffit à nous convaincre que 
nos chances de prospérité ne sont plus égales à celles que nous avons connues. 
Nos moyens de production industrielle sont parfaits ; tout, autour de nous, le 
prouve. Pour le comprendre mieux, examinons les faits récents et les facteurs 
économiques dont vous et moi, ainsi que la majorité des hommes et des femmes, 
s'entretiennent journellement. 

Dans les années qui ont précédé 1929, ce pays a parcouru et accompli un 
vaste cycle de croissance et d'inflation. En dix ans, nous avions pris une 
extension que l'on voulait expliquer par la nécessité de remplacer ce qui avait été 
gaspillé par la guerre. En réalité, nous nous sommes développés bien au-delà de 
ce qu'imposait cette nécessité et bien au-delà encore de ce que réclamait notre 
évolution naturelle et normale. Les chiffres relatifs à cette époque prouvent que 
les prix payés par le consommateur n'ont subi qu'une diminution minime, et 
même nulle, et que le prix de revient de la production était tombé 
considérablement ; la somme des bénéfices réalisés fut énorme. Peu de ces 
profits fut consacré à la réduction des prix ; le consommateur fut ignoré, les 
salaires demeurèrent stationnaires ; le travailleur fut oublié, la part réservée aux 



dividendes ne fut pas proportionnée au bénéfice et les actionnaires, eux aussi, 
furent laissés de côté. Je rappelle incidemment que le fisc ne préleva qu'une part 
infime, le budget étant en excédent. 

Quel fut le résultat de cet état de choses ? D'énormes ressources furent 
accumulées — les plus prodigieuses que connut l'histoire — elles prirent deux 
directions principales : tout d'abord, elles furent converties en matériel qui, à 
l'heure actuelle, est ou inutile ou inactif ; d'autre part, elles alimentèrent en Call 
Money le marché de Wall-street. 

La crise survint alors. Les excédents investis dans le matériel de production 
furent immobilisés. Des foules de gens perdirent leur situation, la capacité 
d'achat s'épuisa, les banques prirent peur et se mirent à emprunter ; ceux qui 
avaient de l'argent craignirent de s'en séparer, les crédits se resserrèrent, 
l'industrie s'arrêta, le commerce déclina et le chômage s'accrut. 

Il résulte d'une étude serrée, faite récemment sur la concentration des 
entreprises aux Etats-Unis, que notre vie économique est dominée par quelque 
six cents grandes unités contrôlant les deux tiers de l'industrie américaine. Dix 
millions de petites entreprises se partagent le reste. 

Il est en outre prouvé que si la concentration continue à s'organiser à la même 
cadence, l'industrie américaine sera, à la fin de ce siècle, contrôlée par une 
douzaine de sociétés et dirigée par une centaine d'hommes à peine. En somme, 
nous allons droit à une oligarchie économique, si nous n'y sommes déjà arrivés. 

Tout ce qui vient d'être exposé montre que, de toute évidence, une 
réestimation des valeurs est indispensable. Les temps sont révolus où tout était 
accordé au grand pionnier, au titan financier, à la condition qu'ils créent et 
développent la richesse. Nos efforts ne doivent plus tendre à découvrir ou à 
exploiter nos ressources naturelles ou à produire sans cesse davantage. Notre 
tâche est plus modeste : contentons-nous de tirer profit — avec moins d'âpreté 
— de ce qui existe, cherchons à rétablir les marchés étrangers indispensables à 
l'écoulement de nos marchandises, résolvons le grave problème de la sous- 
consommation ou bien réglementons la production, répartissons avec équité les 
richesses et les produits, adaptons enfin le système économique adéquat aux 
besoins du peuple. 

A ses débuts, le pouvoir central a été un moyen de protection ; il est devenu 
par la suite une menace. De même aujourd'hui, dans un système économique 



plus restreint, la grande coalition financière ne constitue plus un progrès pour la 
nation, mais est devenue pour elle un danger. 

Je voudrais pousser plus avant la comparaison avec le passé. Nous ne pensons 
pas que nous abandonnerions le principe d'un gouvernement national parce que 
ce système a été une menace au XVIIIe siècle. Egalement, de nos jours, nous 
n'abandonnerons pas le principe d'un système économique fondé sur de fortes 
unités appelées sociétés, pour la seule raison que leur puissance est susceptible 
d'engendrer finalement des abus. En d'autres temps, nous avons résolu le 
problème du pouvoir central injustement ambitieux en le transformant au fur et à 
mesure en un gouvernement constitutionnel et démocratique. Et ainsi, nous 
sommes en train de modifier et de contrôler nos unités économiques. 

Le rôle du gouvernement dans ses rapports avec les affaires est, selon moi, de 
collaborer à l'élaboration d'une déclaration des droits économiques de créer un 
ordre économique constitutionnel. Telle est la tâche qui incombe, tant aux 
hommes d'Etat qu'aux hommes d'affaires. C'est là le moindre désir d'une 
collectivité qui a besoin d'une réelle sécurité. Fort heureusement, les 
circonstances actuelles prouvent que l'effort pour satisfaire à un tel besoin, 
constitue non seulement une bonne politique de gouvernement, mais encore la 
seule chance de salut pour notre structure économique. 

Nous savons, à présent, que les grandes coalitions économiques ne peuvent 
exister que si la prospérité est « uniforme », c'est-à-dire que si la capacité d'achat 
est bien répartie entre chaque groupe de la nation. C'est la raison pour laquelle la 
plus égoïste des grandes sociétés souhaiterait, dans son propre intérêt, d'une part, 
l'augmentation des salaires et un remède au chômage, d'autre part, le retour des 
fermiers à leur niveau de prospérité habituelle et de voir garantir à l'un et l'autre 
groupe — industriel et agricole — une sécurité permanente. C'est pourquoi déjà, 
quelques entreprises clairvoyantes s'efforcent dans l'intérêt commun, de limiter 
dans l'organisation intérieure de leurs affaires, la liberté d'action de chaque 
homme et de chaque branche de leur exportation. C'est pourquoi, enfin, de toutes 
parts, des hommes d'affaires ne cessent de réclamer un système économique qui 
remette les choses en équilibre, dût la liberté d'action des grandes sociétés en 
sortir diminuée. 


Je présume que chacun de ceux qui sont entrés dans la lutte actuelle (c'est-à- 
dire tous ceux qui ne sont pas nés avec une fortune assurée) sait d'après sa propre 
expérience, que ce que nous avons le mieux à faire, est d'adapter les conceptions 



premières du gouvernement aux circonstances du moment. Gouverner est une 
affaire où les parties en présence tirent chacune leurs avantages, dans la mesure 
où elles respectent leurs obligations réciproques. Telle fut l'idée qui, jadis, se 
forma. Il s'agit donc d'un contrat. En vertu de ce contrat, les dirigeants ont reçu 
le pouvoir ; le peuple le lui a accordé à la condition que certains droits lui 
seraient concédés. L'art de gouverner implique une certaine habileté à définir ces 
droits, chaque fois qu'il est nécessaire, en tenant compte des changements 
apportés à l'ordre social par des faits nouveaux. Ceux-ci imposent des 
obligations nouvelles au gouvernement et à ceux qui sont à sa tête. 

Les clauses fondamentales du contrat sont donc aussi anciennes que la 
République elle-même. Elles sont cependant applicables au nouvel ordre 
économique. Chaque homme a le droit de vivre, c'est-à-dire qu'il a le droit de se 
faire une vie agréable. Il peut, par paresse, ou à l'encontre de tout devoir moral, 
renoncer à exercer ce droit, mais ce droit ne peut lui être refusé. Notre 
gouvernement, sous une forme officielle ou non, par des mesures économiques 
ou politiques, doit ouvrir a chaque individu une voie qui le conduit, s'il travaille, 
vers la possession de ce qui est nécessaire à ses besoins. Chaque homme a, en 
outre, un droit sur ce qu'il possède individuellement, autrement dit un droit qui 
lui garantit, dans la plus large mesure, la sécurité de ses gains. Sans ce droit, il ne 
pourrait traverser les périodes difficiles de sa vie, durant lesquelles, pour des 
raisons naturelles, il lui est impossible de travailler ; l'enfance, la maladie, la 
vieillesse. Dans toute idée de propriété, ces considérations doivent dominer 
toutes les autres. Si, par respect pour ce droit, nous devons imposer des 
restrictions aux opérations du spéculateur, à celles du manieur d'argent et même 
du financier, j'estime que nous devons admettre ces restrictions comme 
indispensables pour protéger l'individualisme et non pour l'entraver. 

La clause finale du fameux contrat traitait de la liberté et de la recherche du 
bonheur. Nous n'ignorons pas que le droit de lire, penser, parler, choisir un mode 
de vie et de vivre, doit être, en tout cas, respecté. Nous savons que la liberté 
d'attenter en quoi que ce soit à ces droits, n'est inscrite dans aucun pacte. 
Gouverner, c'est maintenir les balances de la justice égale pour tous. 

Nous remplirons nos obligations gouvernementales actuelles, tout comme 
nous avons rempli celles qu'en 1776, Jefferson a imaginées dans son « Utopia » 
et auxquelles Théodore Roosevelt et Wilson, eux-mêmes, se sont efforcés de 
donner une réalité. Laute de quoi, nous irons à un échec commun et un flot 
grandissant de misère nous entraînera tous au fond du gouffre. 




CHAPITRE TROISIEME - Contre la Tyrannie et 
les dictateurs 



[ESSAGE DU 14 AVRIL 1939 A 
ITLER ET MUSSOLINI 


Vous savez, j'en suis sûr, qu'à travers le 
onde, des centaines de millions d'êtres 
imains vivent aujourd'hui dans la crainte 
>nstante d'une nouvelle guerre ou même 
une suite de guerres. 

L'existence de cette peur et la possibilité 
d'un tel conflit concernent certainement le peuple des Etats-Unis au nom de qui 
je parle et les autres Nations de l'hémisphère ouest. Tous savent qu'un conflit 
important, même s'il restait circonscrit à d'autres continents pèserait lourdement 
sur eux pendant sa durée, et aussi sur les générations à venir. 


Puisqu'après la tension aiguë dans laquelle le monde a vécu pendant ces 
dernières semaines, il semble qu'il y ait une détente au moins provisoire, 
puisqu'actuellement il n'y a pas de troupes en marche, c'est peut-être le moment 
opportun pour moi de vous envoyer ce message. 


En une précédente occasion, je me suis adressé à vous en faveur du règlement 
des problèmes politiques, économiques et sociaux par des méthodes pacifiques 
et sans recours aux armes. 


Mais la marée des événements semble être revenue à la menace par les armes. 
Si de telles mesures continuent, il semble inévitable qu'une grande partie du 
monde soit entraînée dans une ruine commune. Le monde entier, pays 
vainqueurs, pays vaincus, pays neutres, souffrira. Je me refuse à croire que le 
monde soit nécessairement un tel prisonnier du destin. Au contraire, il est clair 
que les chefs des grandes nations ont en leur pouvoir de libérer leurs peuples du 
désastre qui menace. Il est également clair qu'au fond de leur esprit comme au 
fond de leur cœur, les peuples désirent la fin de leurs craintes. 


Il est cependant malheureusement nécessaire de prendre connaissance des 
faits récents. 

Trois nations en Europe et une en Afrique ont vu se terminer leur vie 
indépendante. Un vaste territoire dans une autre nation indépendante de 
l'Extrême-Orient a été occupé par un état voisin. Des rapports, que nous ne 
croyons pas, insistent sur le fait que de nouvelles agressions sont projetées 
toujours contre d'autres nations indépendantes. Il est évident que le monde va 
vers le moment où cette situation se terminera en catastrophe, à moins qu'une 
manière plus rationnelle de diriger les événements ne soit trouvée. 

Vous nous avez, à plusieurs reprises, assuré que vous et le peuple allemand 
n'avaient aucun désir de guerre. Si cela est vrai, il n'y a pas besoin de conflit. 

Rien ne peut persuader les peuples de la terre qu'un gouvernement a le droit 
ou le besoin d'infliger les conséquences d'une guerre à son propre peuple, ou à 
un autre, sauf le cas de la défense indiscutable de la mère patrie. 

En faisant cette déclaration, nous, Américains, ne parlons pas par égoïsme, 
peur ou faiblesse. Si nous parlons maintenant, c'est avec la voix de la force et par 
amitié pour l'humanité. Je suis toujours certain que les problèmes internationaux 
peuvent être résolus à une table de conférence. 

Ce n'est donc pas une réponse à un appel en faveur d'une discussion pacifique 
que de déclarer, pour une des parties, qu'à moins de recevoir des assurances 
préliminaires d'un verdict en sa faveur, elle ne déposera pas les armes. Dans les 
conférences comme devant les tribunaux, il est nécessaire que les deux parties 
abordent la discussion de bonne foi, admettant qu'une justice réelle en résultera 
pour elles deux, et il est habituel et nécessaire qu'elles déposent leurs armes 
pendant qu'elles confèrent. 

Je suis convaincu que la cause de la paix mondiale ferait un grand pas en 
avant si les pays du monde obtenaient une déclaration franche quant à la 
politique présente et future des gouvernements. 

Puisque les Etats-Unis, en tant que nation de l'hémisphère ouest, ne sont pas 
inclus dans les discussions présentes, qui ont survenu en Europe, je pense que 
vous pouvez désirer me faire cette déclaration à moi, en tant que chef d'une 
nation éloignée de l'Europe, de façon à ce que, agissant avec la responsabilité et 
les obligations d'un intermédiaire amical, je puisse communiquer une telle 
déclaration à d'autres nations, actuellement effrayées de la voie que peut prendre 



la politique de votre gouvernement. 

Voulez-vous donner l'assurance que vos forces armées n'attaqueront ni 
n'envahiront le territoire ou les possessions des nations indépendantes suivantes : 
Finlande, Esthonie, Lettonie, Lithuanie, Suède, Norvège, Danemark, Hollande, 
Belgique, Grande-Bretagne et Irlande, France, Portugal, Espagne, Suisse, 
Liechtenstein, Luxembourg, Pologne, Hongrie, Roumanie, Yougo-Slavie, 

Russie, Bulgarie, Grèce, Turquie, Irak, Arabie, Syrie, Palestine, Egypte et Iran. 

Une telle assurance doit clairement se référer non seulement au présent, mais 
également à un futur suffisamment étendu pour donner toutes les chances de 
travailler à une paix plus stable par des méthodes pacifiques. C'est pourquoi je 
suggère que vous donniez au mot futur, en l'appliquant à une période minimum 
de non agression, une signification de dix ans au moins, d'un quart de siècle, si 
nous osons voir aussi loin. 

Si de telles assurances sont données par votre gouvernement, je les 
transmettrai immédiatement aux gouvernements des nations que j'ai nommées et 
je demanderai en même temps si, comme j'en suis sûr, chacune des nations 
énumérées veut me donner une semblable assurance pour que je vous la 
transmette. 

Des assurances comme celles que j'ai ébauchées apporteront au monde un 
soulagement immédiat. 

Je propose que si elles sont données, deux problèmes essentiels soient 
rapidement discutés dans l'atmosphère de paix qui en résultera et le 
gouvernement des Etats-Unis sera heureux de prendre part à ces discussions. 

Les discussions auxquelles je pense se rapportent à la manière la plus efficace 
et la plus rapide grâce à laquelle les peuples du monde peuvent obtenir un 
soulagement progressif du poids écrasant des armements, ce poids chaque jour, 
les rapproche de la berge du désastre économique. En même temps, le 
gouvernement des Etats-Unis serait disposé à prendre part à des discussions 
recherchant le moyen de créer des courants commerciaux internationaux, afin 
que chaque nation de la terre puisse acheter et vendre sur un pied d'égalité au 
marché international et qu'elle soit de même sûre d'obtenir les matières 
premières et les produits nécessaires à une vie économique pacifique. 

En même temps, les gouvernements, directement intéressés, autres que celui 
des Etats-Unis, pourraient entreprendre toutes les discussions politiques qu'ils 



considéreraient comme nécessaires ou désirables. 

Nous savons reconnaître les problèmes complexes qui concernent toute 
l'humanité, mais nous savons que leur étude et leur discussion doit se tenir dans 
une atmosphère de paix. Une telle atmosphère de paix ne peut exister si sur les 
négociations planent les ombres de la crainte de la force ou de la peur de la 
guerre. 

J'espère que vous ne vous méprendrez pas sur l'esprit de franchise dans lequel 
je vous envoie ce message. Les têtes des grands gouvernements, à cette heure, 
sont littéralement responsables du destin de l'humanité dans les années à venir. 

Ils ne peuvent rester sourds aux prières de leurs peuples, demandant protection 
contre le chaos prévisible de la guerre. L'histoire les tiendra pour responsables de 
la vie et du bonheur de tous, jusqu'au plus humble. 

J'espère que votre réponse permettra à l'humanité d'abandonner la crainte et 
de retrouver la sécurité pour de nombreuses années. 


Ce texte est le discours de F DR dit des "Quatres Libertés ", que je vous 
présente avec l'aide de M. Norman Rockwell. 

Je pense que ce texte contient quelque chose d'universel, qui n'appartient plus 
ni au temps ni au lieu de sa conception, et qu'il peut nous aider à garder le cap 
dans la crise contemporaine économique et stratégique. 

Fais aux autres ce que tu voudrais qu'ils te fassent 

QUAND LES DICTATEURS SERONT PRÊTS A NOUS FAIRE LA GUERRE, 
ILS N'ATTENDRONT PAS UN ACTE DE GUERRE DE NOTRE PART. 

Une nation libre a le droit de s'attendre à la complète coopération de tous ses 
membres. Une nation libre a le droit de se tourner vers le grand patronat, vers les 
dirigeants de la classe ouvrière et ceux de la classe paysanne, et de les voir en 
tête de ceux qui poussent à l'effort, non à celui des autres classes, mais à celui de 
leur propre classe. 

Ce qu'il y a de mieux à faire contre les quelques mous et ceux qui sèment la 
discorde, c'est d'abord de leur faire honte en leur donnant un exemple de 
patriotisme, et si cela ne réussit pas, d'user des droits souverains du 
Gouvernement pour sauver le Gouvernement. 


De même que les hommes ne se nourrissent pas exclusivement de pain, ils ne 
se battent pas seulement avec des armes. Ceux qui sont aux postes de défense et 
ceux qui, derrière eux, construisent nos défenses, doivent avoir la force et le 
courage que seule peut donner une croyance inébranlable en ce qu'ils défendent. 
L'action puissante que nous demandons ne peut être basée sur le mépris de tout 
ce pourquoi nous combattons. 

La nation est très satisfaite et gagne beaucoup en force, grâce à ce qui a été 
fait pour rendre le peuple conscient de ce qui est, individuellement, en jeu, 
derrière la protection de la vie démocratique en Amérique. Cela a durci le coeur 
de notre peuple, rénové sa foi, raffermi sa fidélité aux institutions que nous nous 
préparons à défendre. 

Ce n'est certes pour aucun d'entre nous le moment de cesser de penser aux 
problèmes sociaux et économiques qui sont les causes profonde de la révolution 
sociale qui est aujourd'hui un des facteurs déterminants du monde. 

Car il n'y a rien de mystérieux dans les bases d'une démocratie saine et forte. 
Ce que notre peuple espère comme base de sa vie politique et économique est 
simple. C'est : 

Egalité de chances pour les jeunes et aussi pour les autres. 

Du travail pour ceux qui veulent travailler. La sécurité pour ceux qui en ont 
besoin. La fin des privilèges d'un petit nombre. 

La conservation des libertés civiques de tous. La jouissance du progrès 
scientifique, grâce à un standard de vie plus large, s'élevant constamment. 

Telles sont les bases simples que l'on ne doit jamais perdre de vue dans le 
vacarme et l'incroyable complexité de notre monde moderne. La force intérieure 
et permanente de nos systèmes économiques et politiques dépend de la façon 
dont ils répondent à ces espérances. 

Bien des points de notre économie sociale demandent une amélioration. 
Exemples : Plus de citoyens devraient être touchés par les pensions de vieillesse 
et l'assurance contre le chômage. 

Nous devrions élargir les cas d'assistance médicale appropriée. 

Nous devrions préparer un meilleur système grâce auquel ceux qui méritent 
ou ont besoin d'un emploi bien payé puissent l'obtenir. 

J'ai fait appel au sacrifice personnel. Je suis certain du bon vouloir de tous les 
Américains à répondre à cet appel. 

Une partie du sacrifice se traduit par le paiement d'impôts plus lourds. Dans 
mon discours budgétaire, je recommanderai qu'une plus large part de ce grand 
programme de défense soit couverte par les impôts que nous payons aujourd'hui. 



Nul ne devrait essayer de s'enrichir de ce programme, et y réussir, et le principe 
de la proportionnalité de l'impôt aux possibilités de payement devra être 
constamment devant nos yeux pour guider notre législation. 

Si le congrès adopte ces principes, les votants plaçant le patriotisme avant le 
portefeuille vous donneront leur approbation. 

Pour l'avenir que nous cherchons à faire sûr, nous voulons un monde basé sur 
quatre libertés humaines essentielles : 

La première est la liberté de parole et d'expression, partout dans le monde. 

Freedom of speech 

La deuxième est la liberté 
d'adorer Dieu chacun à sa 
manière, partout dans le monde. 

Freedom ofworship 

La troisième est la libération 
du besoin, ce qui, traduit en 
termes mondiaux, signifie des 
accords économiques qui 
procureront à toutes les nations 
une vie saine et paisible à tous les 
habitants, partout dans le monde. 

Freedom from want 

La quatrième est la libération 
de la peur, ce qui, traduit en 
termes mondiaux, signifie une 
réduction mondiale des 
armements, à tel point et de façon 
si stricte qu'aucune nation ne 
pourra commettre une agression matérielle contre un de ses voisins, nulle part 

dans le monde. Freedom from Fear 

Ceci n'est pas la vision d'un distant millénaire. C'est la base sûre d'un monde 
auquel on peut arriver de notre temps, pendant notre génération. Cette sorte de 
monde est la parfaite antithèse de ce qu'on appelle le nouvel ordre de la tyrannie 
que les dictateurs cherchent à créer avec le fracas des bombes. 

A ce nouvel ordre, nous opposons une conception plus haute, l'ordre moral. 











"^Une société bien bâtie peut 
dfcs* affronter sans peur les 

entreprises de domination du 
monde, aussi bien que les 
évolutions étrangères. 

Depuis le début de l'histoire 
^américaine, la nôtre, nous 
sommes en révolution, une 
erpétuelle et pacifique 
évolution, une révolution qui 
arche doucement, 
ranquillement, s'adaptant aux 
[conditions qui se modifient, sans 
camps de concentration, sans 
Ichaux vive dans une fosse. 
L'ordre mondial que nous 
oulons est la coopération de 
ations libres, travaillant 
[ensemble dans une union 
[amicale et civilisée. 

Cette nation a confié son 
destin aux mains, à l'intelligence et au coeur de ses millions d'hommes et de 
femmes libres, et sa foi en la liberté sous l'égide de Dieu. La liberté, cela veut 
dire la suprématie des droits de l'homme partout. Notre aide va à ceux qui se 
battent pour avoir ces droits et pour les garder. Notre force, c'est la communauté 
de notre but. 

Une telle élévation morale ne peut connaître qu'une fin : la victoire. 


H AGCORDIN 1 
OF HIS OW 


UOCKWKL 


NOUS AIDERONS CEUX QUI ARRÊTENT LES DICTATEURS DANS 
LEUR MARCHE VERS LA DOMINATION DU MONDE. 


Dans le calme relatif de cette semaine, j'ai compris plus clairement que jamais 
que notre époque réclame du courage, et encore du courage, de l'action, et encore 
de l'action. C'est pourquoi il faut aujourd'hui rendre hommage au nom d'Andrew 
Jackson, parce qu'il fut d'abord, et avant tout, un grand Américain, qui mit son 
dévouement au pays au-dessus de ses idées de parti, et fournit un symbole 
éternel de l'âme rude et courageuse de notre peuple. 





Une lourde responsabilité 
pesait sur les épaules d'Andrew 
Jackson. 

A ce moment-là, la menace 
contre l'Union Fédérale venait 
de l'intérieur. C'était celle de la 
sécession. Bien plus, cette 
menace venait des états mêmes 
que représentait Jackson, elle 
enait même, des membres de 
son propre parti. Elle s'inspirait 
du refus de reconnaître l'autorité 
suprême des Etats-Unis. Par ses 
actes, Jackson se plaça bien au- 
dessus à la fois de la sécession et 
de l'esprit de parti. 

Maintenant, ce n'est pas un 
)éril de sécession qui menace 
îotre Union et notre Démocratie, 
il vient d'une grande partie du 
monde qui nous entoure et qui se resserre chaque jour sur nous. 


A nouveau, pour accomplir cette oeuvre, nous autres Américains — presque 
tous — nous sommes élevés au-dessus des considérations de partis politiques. 


Bien avant la présidence de Jackson, le système de gouvernement à deux 
partis s'était enraciné comme principe de base de la vie politique américaine. Il 
avait montré ses avantages comme moyen d'obtenir une discussion libre et 
franche des arguments comme façon de formuler une nouvelle politique pour 
faire face à de nouvelles conditions, et pour fixer les responsabilités dans les 
affaires gouvernementales, partie essentielle de notre conception d'élections 
libres. 


Les dictateurs ne peuvent comprendre qu'ici, en Amérique, notre peuple 
puisse garder deux partis et en même temps rester une nation une et indivisible. 
L'esprit totalitaire est trop étroit pour comprendre la grandeur d'un peuple qui 
peut se diviser par l'adhésion aux partis au moment des élections, mais qui 

demeure, en tout temps, uni dans 






'amour de la patrie et l'idéal 
[démocratique. 

Sous le régime dictatorial, il 
e peut y avoir de division de 
partis. Car tous les hommes 
doivent penser sur ordre, parler 
jsur ordre, écrire sur ordre, vivre 
et mourir sur ordre. Dans ces 
pays la nation n'est pas au-dessus 
du parti, comme chez nous ; le 
parti est au-dessus de la nation, 
le parti est la nation. 

Tout homme et toute femme 
doit suivre le sentier rectiligne et 
étroit des idées du parti, et, à dire 
vrai, même pas celles du parti, 
pais celles du dictateur qui 
possède le parti. 

Dans notre pays, les 
'divergences intérieures sont 
exprimées au bureau de vote ; chez les dictateurs, on les supprime au camp de 
concentration. 


L'année dernière, nous avons eu une élection américaine, dans laquelle le 
peuple (démocrates, républicains, indépendants et autres), grâce au suffrage 
secret, et sans l'aiguillon des baïonnettes des troupes d'assaut, ont élu leurs 
représentants locaux, d'état et nationaux. 

Nous sommes décidés à agir de telle façon que les Américains puissent avoir, 
d'année en année, des élections libres. 

Toutes les grandes libertés qui forment la base de notre démocratie américaine 
sont part et portion de cette idée d'élections libres, avec la libre expression du 
choix entre les candidats des partis politiques. Car, de telles élections 
garantissent l'impossibilité d'étouffer la liberté de parole, la liberté de la presse et 
des ondes, la liberté de conscience. 

Tels sont les principes éternels que menacent, en ce moment, l'alliance des 






dictateurs. 

C'est à nous de défendre ces principes qui nous ont été transmis comme 
héritage national, c'est à nous de les remettre non seulement intacts, mais plus 
forts que jamais, à toutes les générations à venir. 

Nous autres Américains, comprenons maintenant combien serait précaire 
l'existence de notre système de partis, de notre liberté d'élections, de notre liberté 
de vie, si les doctrines dictatoriales devaient prévaloir. Car, si elles prévalaient, 
ce ne serait pas seulement en Europe. 

L'histoire des nations trahies durant l'année dernière, celle des nations 
conquises l'année dernière, devrait nous montrer ainsi qu'au reste du monde, ce 
que cela signifie que de vivre dans un univers organisé et régenté par la Gestapo. 

Demandons-nous franchement et sans peur : combien de temps pourrions- 
nous garder nos anciennes libertés en ces terribles conditions ? En quel bref délai 
devrions-nous accepter la doctrine qui veut que l'on combatte le feu par le feu ? 
Pendant combien de temps serait-il possible de maintenir l'apparence de notre 
système à deux partis dans un inonde dominé par lés nazis ? En quel bref délai 
déciderions-nous d'imiter le nazisme et d'abandonner notre système à deux partis 
pour enrégimenter notre peuple en un seul, qui ne serait certainement ni 
démocratique, ni républicain ? 

Si ces mauvaises heures devaient venir, nous ne tiendrions plus ces 
assemblées amicales, ni au Jour de Jackson, ni au Jour de Lincoln. 

Nous autres Américains, nous avons déjà soupesé ces questions avec soin et 
réflexion. Nous autres Américains, avons annoncé notre décision d'aider de 
toutes nos ressources et de tout notre pouvoir ceux qui arrêtent les dictateurs 
dans leur marche vers la domination du monde. 

La décision à laquelle nous avons abouti n'est pas partisane. Le chef du parti 
républicain — Mr. Wendel Wilkie — lui-même, par ses paroles comme par ses 
actions, montre ce que des Américains patriotes veulent dire par s'élever au- 
dessus de l'esprit partisan et se rallier à la cause commune. Et maintenant que le 
peuple franc de l'Amérique a fait connaître sa décision, les républicains et les 
démocrates, au Congrès, comme en dehors de lui, coopèrent patriotiquement à 
transformer cette décision en réalité positive. 



IL N'Y A PAS DE COMPROMIS AVEC LA BARBARIE. NOUS DEVONS 
ETRE LE GRAND ARSENAL DE LA DÉMOCRATIE 


Le combat de la démocratie contre la conquête du monde est aidé 
considérablement et doit l'être encore davantage par le réarmement des Etats- 
Unis et l'envoi de chaque once, de chaque tonne de munitions et 
d'approvisionnements dont nous pouvons disposer pour secourir ceux qui sont 
sur le front. Il n'est pas plus contraire à la neutralité que nous agissions ainsi, 
qu'il ne l'est pour certains voisins de l'Allemagne de lui envoyer chaque jour de 
la semaine, de l'acier, du minerai, de l'huile et autres matières premières de 
guerre. 

Nous préparons notre propre défense, de toute urgence, et dans son sens large, 
nous devons y inclure les besoins de guerre de la Grande-Bretagne et des autres 
nations libres qui luttent contre l'agression. 

Ce n'est pas une question de sentiment, ou d'opinion personnelle discutable. C'est 
une question de tactique pratique et réaliste, basée sur l'avis d'experts militaires, 
qui sont bien au courant de la guerre actuelle. Ces experts de l'armée de terre et 
de la marine, comme les membres du Congrès et de l'Administration, n'ont qu'un 
seul but : la défense des États-Unis. 

La nation fait un gros effort pour produire tout ce qui est nécessaire en cette 
alerte — et aussi vite que possible. Ce grand effort rend nécessaire de grands 
sacrifices. 

Je ne voudrais demander à personne de défendre une démocratie, qui, à son tour, 
ne défendrait pas chacun de ses membres contre le besoin et les privations. Ce 
pays ne sera pas affaibli par la carence du gouvernement à son devoir de 
protection du bien-être économique du citoyen. 

Si notre capacité de production dépend des machines, on ne doit jamais oublier 
que c'est l'habileté et la force des travailleurs qui font marcher ces machines. 

Puisque le gouvernement est décidé à protéger les droits des travailleurs, le pays 
a le droit de s'attendre à ce que les hommes qui font marcher les machines 
s'occupent exclusivement des besoins urgents de la défense. 

Le travailleur a la même dignité humaine et a droit à la même sécurité sociale 
que l'ingénieur, le directeur ou le propriétaire. Ce sont les travailleurs qui 



fournissent la main-d'oeuvre qui produit les destroyers, les avions et les chars. 

Le pays compte sur nos arsenaux pour travailler sans l'interruption des grèves et 
des lock-outs. Il compte et veut que le patronat et les travailleurs s'entendent à 
l'amiable ou par les voies légales pour continuer à produire les 
approvisionnements qui sont si douloureusement nécessaires. 

Dans le plan économique de notre grand programme de défense, nous faisons, 
comme vous le savez, tout pour maintenir la stabilité des prix et celle du coût de 
la vie. 

Il y a neuf jours, j'ai annoncé la création d'une organisation plus efficace pour 
diriger notre effort gigantesque de production de munitions. L'affectation de 
grandes sommes d'argent et une direction bien coordonnée ne sont pas en elles- 
mêmes suffisantes. Les canons, les avions, les navires, et bien d'autres choses, 
doivent être construits dans les usines et les arsenaux de l'Amérique. Ils doivent 
être produits par les travailleurs, les directeurs et les ingénieurs, avec l'aide des 
machines qui • doivent, elles-mêmes, être construites par des centaines de 
milliers de travailleurs, partout dans le pays. 

Pour cette grande oeuvre, il y a eu une coopération magnifique entre le 
Gouvernement, l'industrie et les travailleurs ; et j'en suis très reconnaissant. 

Il a été fait appel au génie industriel américain, sans rival dans le monde pour la 
solution des problèmes de production ; il a mis ses ressources et ses talents en 
oeuvre. Des fabricants de montres, de machines agricoles, de linotypes, de 
caisses enregistreuses, d'automobiles, de machines à coudre, de tondeuses à 
gazon, de locomotives, font maintenant des fusées, des caisses à bombes, des 
pieds de lunettes télescopiques, des obus, des révolvers et des chars. 

Mais notre effort présent est insuffisant. Nous avons besoin de plus de bateaux, 
de plus de canons, de plus d'avions, — de plus de tout. Cela ne sera possible que 
si nous écartons l'idée « des affaires comme d'habitude ». Cette tâche ne peut se 
faire, ajoutant aux productions actuellement existantes ce dont le pays a besoin 
pour sa défense. 

Notre effort de défense ne doit pas être arrêté par ceux qui ont peur des 
conséquences futures d'un suréquipement. Les conséquences possibles de l'échec 
de notre effort de défense, seraient, dès maintenant, beaucoup plus à craindre. 

A la fin des besoins actuels de notre défense, un remaniement habile des besoins 
de paix du pays réclamera toute la nouvelle capacité de production — sinon plus. 



Il n'est pas de politique pessimiste pour l'avenir de l'Amérique qui puisse retarder 
l'expansion immédiate des industries essentielles à la défense. Nous en avons 
besoin. 

Je veux qu'il soit évident nue le but du pays est de construire maintenant, avec 
toute la rapidité possible, toutes les machines, tous les arsenaux et toutes les 
usines dont nous ayons besoin pour créer notre matériel défensif. Nous avons les 
hommes, le savoir-faire, les ressources, et plus que tout, la volonté. 

Si et là où la production de denrées de consommation ou de luxe dans certaines 
industries nécessitait l'usage de matières premières essentielles à notre but de 
défense, je sais que cette production s'arrêtera et qu'elle s'arrêtera bénévolement 
pour céder la place à notre objectif premier et nécessaire. • 

Je fais appel aux propriétaires d'usines, aux directeurs, aux travailleurs, à nos 
propres fonctionnaires, pour qu'ils n'épargnent pas leurs efforts pour produire ces 
munitions rapidement et sans limites. En même temps que je fais cet appel, je 
vous donne la garantie de ce que, nous tous, qui sommes les officiels de votre 
Gouvernement, nous dévouerons également de tout notre coeur, à la grande 
tâche qui est devant nous. 

Quand les avions, les navires, les canons, les obus, sortiront, alors votre 
Gouvernement pourra choisir, avec l'aide de ses experts défensifs, la meilleure 
manière de les utiliser pour la défense de cet hémisphère. La décision relative à 
la quantité à envoyer à l'étranger et à celle qui doit rester à la mère patrie doit 
être prise en considération de nos besoins militaires supérieurs. 

Nous devons être le grand arsenal de la démocratie. Pour nous, ceci est une 
alerte aussi sérieuse que la guerre. Nous devons nous atteler à notre tâche avec la 
même résolution, la même conscience, le même esprit de patriotisme et de 
sacrifice que nous montrerions si nous étions en guerre. 

Nous avons fournis aux Britanniques une grande aide matérielle, et nous lui en 
fournirons une bien plus grande à l'avenir. 

Il n'y aura pas « d'étranglement » dans notre résolution d'aider la Grande- 
Bretagne. Ni dictateur, ni association de dictateurs n'affaibliront cette décision en 
agitant la menace des méthodes par lesquelles ils vont y parer. 

Les Britanniques ont reçu une aide militaire de valeur inappréciable de la part de 
l'héroïque armée grecque, et des forces de tous les gouvernements en exil. Leur 
force augmente. C'est celle d'hommes et de femmes qui placent la liberté au- 



dessus de la vie. 

Je crois que les puissances de l'Axe ne gagneront pas cette guerre. Je base cette 
opinion sur les meilleurs et les derniers renseignements. Il n'y 

a pas d'excuse au défaitisme. Nous avons toutes les bonnes raisons d'espérer la 
défense de notre civilisation et la construction d'une civilisation meilleure dans 
l'avenir. 

J'ai la conviction profonde que le peuple américain est maintenant décidé à faire 
un effort plus grand que jamais pour augmenter la production des moyens de 
défense et faire face à la menace à notre foi démocratique. 

En tant que Président des Etats-Unis, je demande cet effort national. Je le 
demande au nom de ce pays que nous aimons et honorons et que nous avons la 
chance et la fierté de servir. Je le demande à notre peuple, avec la foi absolue que 
notre cause commune connaîtra un succès éclatant. 



CHAPITRE QUATRIEME - La Guerre 


« LES HOSTILITÉS ONT COMMENCÉ » 

Hier, 7 décembre 1941, date qui restera marquée d'une honte éternelle —les 
Etats-Unis d'Amérique ont été l'objet d'une attaque soudaine et préméditée de la 
part des forces aériennes et navales de l'Empire du Japon. 

Les Etats-Unis étaient en paix avec cette nation et, à la demande du Japon, 
menaient encore avec son gouvernement et son empereur des pourparlers en vue 
du maintien de la paix dans le Pacifique. En fait, une heure après que les 
escadrilles japonaises eurent commencé à bombarder Oahu, l'ambassadeur du 
Japon près les Etats-Unis, et son collègue, transmettaient au Secrétaire d'Etat une 
réponse officielle à un récent message américain. Bien que cette réponse mît en 
évidence l'inutilité de poursuivre les négociations diplomatiques en cours, elle ne 
contenait ni menaces, ni allusions à la guerre ou à une attaque armée. 

On se souviendra que la distance entre Hawaï et le Japon montre clairement 
que cette attaque a été préméditée il y a bien des jours ou même bien des 
semaines. Pendant ce temps, le gouvernement japonais a délibérément cherché à 
tromper les États-Unis en faisant de fausses déclarations et en exprimant l'espoir 
que la paix serait maintenue. 

L'attaque d'hier sur les îles Hawaï a infligé de graves dommages aux forces 
militaires et navales américaines. Un grand nombre d'Américains ont perdu la 
vie. En outre, on annonce que des bateaux américains ont été torpillés en haute 
mer entre San-Francisco et Honolulu. 

Hier, le gouvernement japonais a également déclenché une attaque contre la 
Malaisie. 

La nuit dernière, les forces japonaises ont attaqué Hong-Kong. 

La nuit dernière, les forces japonaises ont attaqué Guam. 

La nuit dernière, les forces japonaises ont attaqué les îles Philippines. 

La nuit dernière, les forces japonaises ont attaqué l'île de Wake. 



Ce matin, les Japonais ont attaqué l'île de Midway. 

Le Japon a donc déclenché par surprise une offensive qui s'étend à toute la 
région du Pacifique. Les faits d'hier parlent par eux-mêmes. Le peuple américain 
s'est déjà fait une opinion et comprend bien la portée du danger qui menace la 
vie même et la sécurité de notre nation. 

En ma qualité de commandant en chef de l'armée et de la marine, j'ai donné 
l'ordre de prendre toutes les mesures nécessaires à notre défense. Nous nous 
souviendrons toujours de la nature de l'agression qui a été commise contre nous. 

Peu importe le temps qu'il nous faudra pour refouler cette invasion 
préméditée ; le peuple américain, fort de son droit, se fraiera un chemin jusqu'à 
la victoire totale. 

Je crois être l'interprète de la volonté du Congrès et du peuple en déclarant 
que non seulement nous nous défendrons jusqu'à l'extrême limite de nos forces, 
mais que nous agirons de façon à être bien sûrs que cette forme de perfidie ne 
nous mettra plus jamais en danger. 

Les hostilités ont commencé. Il n'y a pas à se dissimuler que notre peuple, 
notre territoire et nos intérêts sont en péril. 

Confiants en nos forces armées, nous remporterons l'inévitable triomphe 
grâce à la résolution inébranlable de notre peuple. Et que Dieu nous aide ! 

Je demande au Congrès de déclarer que depuis la lâche attaque non 
provoquée du Japon, du dimanche 7 décembre, l'état de guerre existe entre les 
Etats-Unis et l'Empire du Japon. 


HISTOIRE DES RELATIONS DES ETATS-UNIS AVEC LE JAPON 

Le 8 décembre 1941, j'ai présenté personnellement au Congrès un message où 
je lui demandais de déclarer la guerre en réponse à l'attaque déloyale que le 
Japon avait déclenchée contre les Etats-Unis. 

Afin de porter les faits à la connaissance du Congrès, et de les rendre publics, 
je présente ce résumé historique de la politique passée de notre pays, en ce qui 
concerne la zone du Pacifique, et des événements qui conduisirent à l'agression 



japonaise contre nos forces armées et notre territoire. Ci-joints les divers 
documents et la correspondance qui se rapportent à ce chapitre d'histoire. 

I 

Il y a un peu plus d'un siècle, en 1833, les Etats-Unis concluaient avec le 
Siam leur premier traité en Extrême-Orient. Ce traité tendait à assurer la paix et 
des relations confiantes entre les deux pays. 

Dix ans plus tard, Caleb Cushing était envoyé en Chine pour y négocier notre 
premier traité qui fut conclu en 1844. 

En 1853, le Commodore Perry frappait aux portes du Japon. Au cours des 
quelques années qui suivirent, ces portes s'ouvrirent peu à peu, et le Japon, qui 
s'était toujours tenu à l'écart, commença d'adopter ce que nous nommons la 
civilisation occidentale. En ces jours lointains, les Etats-Unis usèrent de toute 
leur influence pour protéger le Japon durant cette phase de son évolution. 

En ce qui concerne la zone du Pacifique, les Etats-Unis ont constamment 
insisté, ainsi qu'ils l'ont fait à propos de toutes les autres régions du inonde, sur 
l'importance fondamentale qu'avait pour la paix du monde le respect du principe 
de l'égalité de traitement pour toutes les nations. Aussi, chaque fois qu'une 
nation avait tendance à empiéter sur l'indépendance et la souveraineté des pays 
d'Extrême-Orient, les Etats-Unis se sont-ils efforcés de décourager cette tentative 
partout où ils le pouvaient. 

Il y eut une période où cette attitude américaine fut de la plus grande 
importance pour le Japon. De tout temps, elle a été précieuse à la Chine et à 
d'autres pays d'Extrême-Orient. 

A la fin du XIXe siècle, la souveraineté sur les Iles Philippines passa de 
l'Espagne à notre pays. Les Etats-Unis s'étaient engagés à poursuivre à l'égard 
des Philippins une politique tendant à faire d'eux une nation libre et 
indépendante. Cette politique a été pratiquée avec persévérance. 

A cette époque, la Chine était devenue l'objet de ce qu'on a appelé « la course 
aux concessions ». On allait jusqu'à parler d'un partage éventuel de la Chine. 
C'est alors que fut institué en Chine le principe de la « porte ouverte ». En 1900, 
le gouvernement américain déclara que sa politique tendait à « chercher une 
solution susceptible de procurer à la Chine une sécurité permanente et la paix..., 
à protéger tous les droits garantis à des puissances amies par les traités et la loi 



internationale, et à sauvegarder le principe de l'égalité de traitement pour toutes 
les nations du monde en ce qui concerne le commerce dans toutes les parties de 
l'Empire chinois. » 

Depuis ce jour, nous n'avons cessé de défendre le principe de la « porte 
ouverte » dans tout l'Extrême-Orient. 

En 1908, le gouvernement des Etats-Unis et le gouvernement du Japon 
conclurent un accord par un échange de notes. Dans cet accord, les deux 
gouvernements se déclaraient unanimement résolus à soutenir « par tous les 
moyens pacifiques à leur disposition l'indépendance et l'intégrité de la Chine, 
ainsi que le principe de l'égalité de traitement pour toutes les nations en ce qui 
concerne le commerce et l'industrie dans cet Empire ». Ils déclaraient encore que 
« les deux gouvernements étaient désireux d'encourager le développement libre 
et pacifique de leur commerce dans le Pacifique », et que « la politique des deux 
gouvernements tendait au maintien du statu quo dans cette région ». Les Etats- 
Unis ont toujours mis en pratique les principes énoncés dans cet accord. 

En 1921, après la fin de la première guerre mondiale, neuf puissances qui 
avaient des intérêts dans le Pacifique occidental se réunirent à Washington. La 
Chine, le Japon et les Etats-Unis participaient à cette conférence. L'un de ses 
buts principaux était le maintien de la paix dans le Pacifique. Ce but devait être 
atteint par la réduction des armements et par des règlements qui posaient des 
limites à la concurrence dans le Pacifique et dans les régions d'Extrême-Orient. 
Divers traités et accords furent conclus au cours de cette conférence. 

L'un de ceux-ci est le « Traité des Neuf Puissances ». Il garantissait le respect 
de la souveraineté de la Chine et le principe de l'égalité de traitement pour toutes 
les nations en ce qui concerne le commerce et l'industrie dans la Chine entière. 

Les Etats-Unis, l'Empire britannique, la France, l'Italie et le Japon conclurent 
également un traité pour la limitation des armements navals. 

Le cours des événements qui a conduit tout droit à la crise actuelle a 
commencé il y a dix ans. Ce fut à ce moment-là — en 1931 — que le Japon 
inaugura sur une grande échelle sa politique actuelle de conquête en Chine. Il 
débuta par une invasion de la Mandchourie, qui faisait partie de la Chine. Le 
Conseil et l'Assemblée de la Société des Nations essayèrent aussitôt d'amener le 
Japon à renoncer à cette conquête. Durant plusieurs mois, la Société des Nations 
continua ses efforts, appuyée par les Etats-Unis. C'est ainsi que le 7 janvier 1932, 



le gouvernement des Etats-Unis fit savoir au Japon et à la Chine qu'il ne 
reconnaîtrait aucune situation, aucun traité ou accord résultant de la violation des 
traités existants. 

Cette agression barbare du Japon en Mandchourie a donné un exemple, et 
fourni un modèle qui devaient bientôt être imités par l'Italie et l'Allemagne en 
Afrique et en Europe. En 1933, Hitler prenait le pouvoir. Il était évident que 
l'Allemagne, une fois réarmée, s'embarquerait dans une politique de conquête de 
l'Europe. L'Italie — qui alors était encore sous la domination de Mussolini — 
avait résolu, elle aussi, de poursuivre une politique de conquête en Afrique et 
dans la Méditerranée. 

Au cours des années suivantes, l'Allemagne, l'Italie et le Japon convinrent 
d'échelonner leurs actes d'agression dans leur intérêt commun, et ainsi, de 
réduire en esclavage le reste du monde. 

En 1934, le Ministre japonais des Affaires Etrangères envoya une note 
amicale aux Etats-Unis où il se déclarait fermement convaincu qu'il n'existait, 
pour les deux gouvernements, aucune question « qui ne fût susceptible d'être 
résolue à l'amiable ». Il ajoutait que le Japon « n'avait pas la moindre intention 
de créer des complications à une autre puissance, quelle qu'elle fût. Notre 
Secrétaire d'Etat, Cordell Hull, répondit sur le même ton. 

Mais en dépit de ces manifestations amicales, et presque aussitôt après, les 
actes et les déclarations du gouvernement japonais ne tardèrent pas à démentir 
ces assurances — du moins en ce qui concernait les droits et les intérêts des 
autres nations en Chine. 

Sur ces entrefaites, notre gouvernement fit connaître au Japon ses vues et 
celles du peuple américain selon lesquelles aucune nation ne pouvait se 
permettre de fouler aux pieds les droits et les intérêts légitimes d'autres états 
souverains. 

Le Japon commençait à démanteler la structure de la paix qui se fondait sur 
les traités de la Conférence de Washington. En effet, en décembre 1934, le 
gouvernement japonais manifesta son intention de dénoncer le traité du 6 février 
1922, qui avait limité la course aux armements navals. Par la suite, il élargit 
encore son programme de réarmement. 

En 1936, le gouvernement japonais s'associa ouvertement avec l'Allemagne 
en signant le pacte anti-Komintern. Ce pacte, comme nous le savons tous, était 



en apparence dirigé contre l'Union Soviétique ; mais son vrai but était de dresser 
une ligue fasciste contre le monde libre, en particulier contre la Grande- 
Bretagne, la France et les Etats-Unis. 

Après que l'Allemagne, l'Italie et le Japon eurent formé cette association, le 
terrain fut tout préparé pour une entreprise de conquête universelle. 

En juillet 1937, se sentant prêtes, les forces armées japonaises entreprirent des 
opérations militaires de grande envergure contre la Chine. Bientôt les chefs de 
guerre japonais, laissant tomber le masque d'hypocrisie, déclarèrent 
publiquement leur intention de conquérir et d'assurer au Japon une position 
dominante dans toute l'Asie orientale, dans le Pacifique occidental et le Pacifique 
méridional. 

Ils faisaient ainsi leur, la thèse allemande selon laquelle 70 ou 80 millions 
d'Allemands étaient supérieurs — par leur race, par leur éducation, par leurs 
capacités et par leur puissance — à toute autre race en Europe — supérieurs à 
environ 400 millions d'autres êtres humains dans cette zone. Et le Japon, suivant 
cet exemple, annonçait à son tour que 70 ou 80 millions de Japonais étaient 
supérieurs à 7 ou 800 millions d'autres habitants de l'Orient — dont la plupart 
étaient d'origine plus ancienne et possédaient une culture et une civilisation plus 
développées que les leurs. Un orgueil démesuré les incitait à se rendre maîtres 
d'une région qui comprenait presque la moitié de la population totale de la terre, 
ce qui leur permettrait de dominer complètement les grandes routes maritimes et 
les routes commerciales importantes pour le monde entier. 

Les opérations militaires qui se déroulaient en Chine ne tenaient aucun 
compte des droits américains. Des soldats japonais tuèrent des Américains. Ils 
blessèrent ou insultèrent des hommes, des femmes et des enfants américains. Les 
forces armées japonaises coulèrent des navires américains, y compris un 
bâtiment de guerre, le Panay. Elles bombardèrent des hôpitaux américains, des 
églises, des missions, des écoles américaines. Elles détruisirent des biens 
américains. Elles créèrent des difficultés au commerce américain, et dans 
certains cas, elles l'éliminèrent complètement. 

Pendant ce temps, les Japonais infligeaient à la Chine des dommages 
incalculables, et de terribles souffrances au peuple chinois. Ils lésaient 
gravement aussi les intérêts des autres nations —bafouant tous les principes de 
paix et de bonne volonté parmi les hommes. 



II 


Cependant, les méthodes de la conquête brutale sévissaient en Europe et dans 
la Méditerranée. 

Hitler et Mussolini s'étaient lancés dans une entreprise de conquête illimitée. 
Depuis 1935, sans l'ombre d'une excuse, et sans avoir été provoqués, ils 
attaquèrent, conquirent et asservirent économiquement et politiquement quelque 
seize nations indépendantes. La machine de guerre qu'ils avaient montée en vue 
de cette conquête illimitée comprenait, et comprend encore, non seulement 
d'énormes effectifs, mais aussi de puissantes organisations qui avaient pour but 
de tramer des complots et des intrigues, d'établir un système d'intimidation, de 
mener la propagande et de pratiquer le sabotage. Cette machine de guerre, d'une 
puissance sans pareille, a des ramifications dans le monde entier ; les opérations 
et les plans japonais se sont méthodiquement insérés dans ce réseau. 

Tandis que l'Allemagne, l'Italie et le Japon conjuguaient leurs efforts et 
nouaient des rapports toujours plus étroits au cours de ces années, j'acquis la 
conviction que cette coalition finirait par attaquer les Etats-Unis et l'hémisphère 
occidental — si elle triomphait sur d'autres continents. 

L'existence même des Etats-Unis, en tant que grand peuple libre, l'existence 
même de la famille des nations américaines du Nouveau Monde eût constitué en 
soi un défi permanent à l'Axe. Les dictateurs de l'Axe auraient choisi leur heure 
pour montrer, de façon très claire, que leur plan de destruction englobait les 
États-Unis et le Nouveau Monde. 

C'est ce qu'ont fait l'an passé, en 1940, Hitler et Mussolini, lorsqu'ils ont 
conclu avec le Japon un traité d'alliance nettement dirigé contre les Etats-Unis. 

La stratégie du Japon dans la zone du Pacifique était l'exacte contre-partie de 
celle d'Hitler en Europe. Ici et là, grâce à des procédés d'infiltration, 
d'encerclement, d'intimidation, et finalement par la voie des armes, les peuples 
voisins ont été subjugués un à un. Chaque nouvelle acquisition était le point de 
départ d'une nouvelle agression. 

III 

Poursuivant cette politique de conquête, le Japon s'insinua d'abord en 
Mandchourie, et finalement s'en empara. Puis il envahit la Chine. Depuis quatre 
ans et demi, il essaie de la subjuguer. Passant ensuite par la Mer de Chine, tout 



près des Philippines, il envahit l'Indochine et s'en empara également. 
Aujourd'hui, les Japonais ont étendu leur domination à la Thaïlande tout entière, 
et cherchent à occuper la Malaisie et la Birmanie. Les Philippines, Bornéo, 
Sumatra et Java sont déjà marquées sur leur agenda. Il est probable qu'au bas de 
la page sont inscrits les noms de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et de toutes 
les autres îles du Pacifique, y compris les îles Hawaï et le grand archipel des îles 
Aléoutiennes. 

A l'est des Philippines, le Japon viola le mandat qui, après la première guerre 
mondiale, mettait sous sa garde les Iles Carolines, les Marshall et les Mariannes, 
non seulement en les fortifiant, en les fermant à tout commerce, sauf le sien, 
mais en allant jusqu'à en interdire l'accès à tout étranger. 

Les porte-paroles japonais, selon leur coutume, dissimulèrent ces conquêtes 
sous un voile de formules innocentes en apparence. Ils parlaient de « Nouvel 
Ordre » en Asie orientale et aussi de « sphère de co-prospérité dans une grande 
Asie orientale ». En réalité, ce qu'ils avaient en vue, c'était l'asservissement de 
chaque nation qu'ils pourraient soumettre, et l'enrichissement, non pas de toute 
l'Asie, ni même du peuple japonais, mais des chefs de guerre qui avaient 
accaparé le pouvoir de l'état. Là encore, ils imitaient le procédé nazi. 

Par cette suite d'agressions, les Japonais ont obligé divers pays — y compris 
le nôtre — à masser, pour leur défense dans le Pacifique, des forces armées et de 
grandes quantités de matériel qui, autrement, eussent pu être utilisées contre 
Hitler. 

C'était exactement ce qu'Hitler souhaitait. La diversion que créait son allié 
japonais contraignit les nations éprises de paix à établir et à maintenir un vaste 
front de guerre dans le Pacifique. 

IV 

Tandis que les Japonais mettaient en exécution ce programme d'agression, le 
gouvernement des Etats-Unis s'était constamment efforcé de persuader le 
gouvernement japonais que, dans son intérêt même, le Japon devait maintenir et 
cultiver des relations d'amitié avec les Etats-Unis et avec tous les pays qui 
croient à la possibilité d'une évolution pacifique. 

Après le début des hostilités entre le Japon et la Chine, en 1937, le 
gouvernement américain fit savoir au gouvernement japonais et au 
gouvernement chinois qu'il se tenait prêt à leur offrir ses bons offices aussitôt 



qu'ils jugeraient tous deux le moment opportun. Durant les années de guerre qui 
suivirent, notre attitude à cet égard resta constante. 

En octobre 1937, à l'invitation du gouvernement belge, 19 pays qui ont des 
intérêts en Extrême-Orient, y compris les États-Unis, envoyèrent à Bruxelles des 
représentants chargés d'examiner la situation en Extrême-Orient à la lumière du 
Traité des Neuf Puissances. Ces délégués devaient s'efforcer de régler le 
différend entre le Japon et la Chine par des moyens pacifiques. Seuls de toutes 
les puissances, le Japon et l'Allemagne déclinèrent l'invitation. Le Japon était lui- 
même un des signataires originels de ce traité. La Chine, qui avait signé le Traité 
des Neuf Puissances, et l'Union Soviétique, qui ne l'avait pas signé, assistaient 
l'une et l'autre à cette conférence. 

Quand elle s'ouvrit, les pays qui y étaient représentés firent de nouvelles 
tentatives pour persuader le Japon d'y participer. Une fois de plus, le Japon 
refusa. 

Le 24 novembre 1937, la Conférence adopta une résolution demandant que « 
les hostilités fussent suspendues et que l'on eût recours à un règlement pacifique 
». Le Japon ignora la Conférence et ne fit aucun cas de cette recommandation. 

Il devenait évident que si le cours des événements n'était pas changé en 
Extrême-Orient, la zone du Pacifique serait condamnée à subir les mêmes 
dévastations que l'Europe. 

C'est pourquoi, en cette année 1941, les Etats-Unis, tentant un dernier effort 
pour régler le conflit par des voies pacifiques, entamèrent des pourparlers avec le 
Japon. 

Ces pourparlers se poursuivirent durant neuf mois, dans le but de réaliser un 
accord acceptable pour les deux pays. 

Tout au long de ces pourparlers, le gouvernement américain tint compte non 
seulement des intérêts légitimes des Etats-Unis, mais aussi de ceux du Japon et 
d'autres pays. Quand surgissaient des questions qui avaient trait aux droits 
légitimes et aux intérêts d'autres pays, le gouvernement américain se mettait en 
contact, comme il convenait, avec les représentants de ces pays. 

Au cours de ces négociations, les Etats-Unis ont constamment défendu 
certains principes fondamentaux qui doivent régir les relations internationales, 
notamment : 



Le principe de l'inviolabilité de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de 
toutes les nations. 

Le principe de la non-intervention dans les affaires intérieures des autres pays. 

Le principe de l'égalité — y compris l'égalité de traitement en ce qui concerne 
le commerce. 

Le principe du recours à la coopération internationale en vue de prévenir les 
conflits ou de les régler par des voies pacifiques. 

Le gouvernement japonais, il est vrai, fit à plusieurs reprises des déclarations 
autorisées où il manifestait des intentions pacifiques. Mais chaque fois que l'on 
examinait ces propositions de plus près, on s'apercevait que le Japon n'avait 
nullement l'intention de modifier en quoi que ce soit ses visées agressives sur la 
zone tout entière du Pacifique. Bien qu'il prétendît sans cesse ne vouloir assurer 
que la paix et une prospérité plus grande en Asie orientale, il continuait à 
attaquer brutalement les Chinois. 

En outre, le Japon ne manifestait pas le moindre désir de rompre son alliance 
impie avec l'hitlérisme. 

Au mois de juillet de cette année, le gouvernement japonais, de connivence 
avec Hitler, extorqua au gouvernement français de Vichy l'autorisation de masser 
des forces armées dans le sud de l'Indochine. Et il se mit aussitôt à y expédier 
des troupes et du matériel. 

Sur quoi les pourparlers entre le gouvernement américain et le gouvernement 
japonais furent suspendus. 

Mais au cours du mois suivant, sur les instances pressantes du gouvernement 
japonais qui, de nouveau, faisait profession de ses intentions pacifiques, les 
négociations furent reprises. 

Ace moment-là, le gouvernement japonais proposa que les chefs responsables 
des deux gouvernements se rencontrassent pour discuter ensemble les moyens 
d'ajuster les relations entre les deux pays. J'eusse été heureux de faire dans ce but 
des milliers de kilomètres pour voir le Premier Ministre du Japon. Mais je 
sentais que, auparavant, il serait opportun d'obtenir quelque assurance 
concernant la possibilité même d'un accord sur les principes fondamentaux. Le 
gouvernement américain fit tous ses efforts pour obtenir une assurance de cette 
nature — mais en vain. 



Les diverses propositions faites par le gouvernement japonais et l'attitude 
adoptée par notre gouvernement sont exposées dans un document que le 
Ministre des Affaires étrangères a présenté le 2 octobre 1941 à l'ambassadeur du 
Japon. Par la suite, diverses formules d'accord furent proposées et discutées. 

Mais le gouvernement japonais n'en continuait pas moins sa politique de guerre 
et de conquête. 

Finalement, le 20 novembre 1941, le gouvernement japonais présenta une 
nouvelle proposition de caractère restreint. Le Japon demandait aux Etats-Unis 
de lui fournir tout le pétrole dont il avait besoin, de suspendre les mesures de 
bloquage et de cesser d'aider la Chine. Mais cette proposition ne contenait rien 
qui permit de croire que le Japon renoncerait à ses opérations belliqueuses et à 
ses buts de guerre. 

Il est évident qu'une telle proposition n'offrait aucune base pour un règlement 
pacifique ou même pour un arrangement provisoire. Dans le but de clarifier les 
questions en suspens, le gouvernement américain soumit au gouvernement 
japonais, le 26 novembre, un plan précis et simple pour un règlement 
d'ensemble. 

Dans ses grandes lignes ce projet d'accord entre les Etats-Unis et le Japon se 
divisait en deux parties. Dans la première on avait esquissé une déclaration de 
politique conjointe où les deux gouvernements affirmaient que leur politique 
nationale tendrait à l'établissement de la paix dans toute la zone du Pacifique, 
que leurs deux pays ne nourrissaient pas d'ambitions territoriales ou d'intentions 
agressives en ce qui concernait cette région, et qu'ils fourniraient un appui 
efficace à certains principes de paix essentiels sur lesquels se fonderaient leurs 
relations réciproques et leurs relations avec toutes les autres nations. Cette 
première partie prévoyait également que les Etats-Unis et le Japon s'engageraient 
à soutenir et à appliquer des principes économiques libéraux dans leurs rapports 
mutuels ainsi que dans ceux qu'ils entretiennent avec d'autres nations. Ces 
principes, qui étaient énumérés dans la proposition, se fondaient sur la thèse de 
l'égalité de traitement dans le domaine commercial. 

La deuxième partie exposait les mesures qui devaient être prises par les deux 
gouvernements — mesures se rapportant à une situation qui excluait la présence 
d'armées japonaises ou étrangères en Indochine française ou en Chine. 

Dans cette deuxième partie, également, on définissait sur les bases suivantes 
les engagements réciproques qui devaient être pris par les deux gouvernements : 



a) Les Etats-Unis et le Japon devaient s'efforcer d'amener la conclusion d'un 
pacte multilatéral de non-agression entre les gouvernements qui ont des intérêts 
particuliers dans le Pacifique ; 

b) Ils devaient s'efforcer d'amener les principaux intéressés à conclure un 
accord tendant à respecter l'intégrité territoriale de l'Indochine, n'y pas chercher 
et à n'y pas accepter de traitement préférentiel en ce qui concerne l'économie ; 

c) Ils devaient s'engager à ne soutenir en Chine aucun autre gouvernement 
que le gouvernement national de la République Chinoise, dont la capitale 
temporaire est Tchungking ; 

d) Ils devaient abandonner leurs droits extraterritoriaux en Chine et s'efforcer 
d'obtenir que les gouvernements qui exercent actuellement de tels droits y 
renoncent ; 

e) Ils devaient négocier un accord commercial fondé sur l'application 
réciproque de la clause de la nation la plus favorisée ; 

f) Chacun des deux gouvernements devait débloquer les fonds détenus par les 
ressortissants de l'autre ; 

g) Ils devaient se mettre d'accord sur un plan qui permettra de stabiliser le 
taux du change dollar-yen ; 

h) Ils devaient stipuler qu'aucun accord antérieurement conclu par l'un des 
deux gouvernements avec une tierce puissance ne pourrait être interprété par 
celle-ci d'une façon qui contrevienne aux intentions principales du présent 
accord ; 

i) Ils devaient user de leur influence pour amener d'autres gouvernements à 
donner leur adhésion aux principes fondamentaux de politique et d'économie 
prévus dans l'accord ainsi proposé. 

Au beau milieu de ces pourparlers, nous apprîmes que de nouveaux 
contingents japonais et de grandes quantités de fournitures de guerre étaient 
envoyés en Indochine. Vers la fin de novembre, ces mouvements de troupes 
s'accentuèrent. Durant la première semaine de décembre, de nouveaux 
mouvements de troupes japonaises révélèrent que, sous le couvert des 
négociations en cours, il se préparait des attaques sur des objectifs non spécifiés. 
Je demandai aussitôt au gouvernement japonais une déclaration franche au sujet 
de ses concentrations de troupes en Indochine. Je ne reçus qu'une réponse 



évasive et spécieuse. En même temps, les opérations japonaises progressaient à 
un temps de plus en plus rapide. 

Nous ne savions pas alors ce que nous savons maintenant : nous ignorions 
qu'à ce moment même, les Japonais étaient en train de mettre à exécution leur 
plan d'attaque déloyale contre nous. 

J'étais résolu, néanmoins, à épuiser toutes les tentatives concevables en vue de 
la paix. C'est dans cet esprit qu'au soir du 6 décembre dernier, j'adressai un 
message personnel à l'Empereur du Japon. 

A la proposition du 26 novembre que lui avait faite le gouvernement 
américain, le gouvernement japonais ne donna aucune réponse, jusqu'au 7 
décembre. Ce jour-là, l'Ambassadeur japonais et le représentant spécial que le 
gouvernement japonais avait envoyé aux Etats-Unis pour participer à des 
négociations pacifiques remirent un long document à notre Secrétaire d'Etat. Une 
heure auparavant, les Japonais avaient déclenché, dans le Pacifique, leur 
abominable attaque contre le territoire américain et les citoyens américains. 

Voici comment notre Secrétaire d'Etat qualifiait ce document, peu d'instants 
après en avoir pris connaissance : « Je tiens à souligner que, dans mes 
conversations avec vous, au cours de ces neuf derniers mois (il s'agit de 
l'Ambassadeur du Japon), je n'ai jamais prononcé une parole qui ne fût vraie. Les 
archives en témoignent d'une façon irrécusable. Durant mes cinquante années 
d'activité au service de l'Etat, je n'ai jamais vu de document qui déformât 
davantage la vérité et qui fût plus rempli d'infâmes mensonges — mensonges si 
énormes que je n'aurais jamais cru jusqu'à ce jour qu'il pût se trouver sur notre 
planète un gouvernement capable d'en proférer de pareils. » 

Je suis entièrement d'accord avec chaque mot de cette déclaration. 

Pour rétablir les faits dans leur exactitude historique, il est indispensable, en 
lisant cette partie de mon message, de bien se souvenir que l'attaque aérienne et 
sous-marine déclenchée dans les îles Hawaï a commencé le dimanche 7 
décembre à 13 h. 20, heure de Washington (7 h. 50, heure d'Honolulu du même 
jour — lundi 8 décembre, 3 h. 20, heure de Tokyo). 

A mon message du 6 décembre (21 heures, heure de Washington — 7 
décembre, 11 heures, heure de Tokyo) à l'Empereur du Japon où j'invoquais sa 
coopération et l'invitais à entreprendre avec moi de nouveaux efforts pour 
préserver la paix, j'ai finalement reçu une réponse le 10 décembre (6 h. 23, heure 



de Washington — 10 décembre, 20 h. 23, heure de Tokyo). Cette réponse était 
contenue dans le rapport télégraphique de l'Ambassadeur des Etats-Unis à 
Tokyo, daté du 8 décembre, 13 heures (7 décembre, 23 heures, heure de 
Washington). 

Dans son rapport, notre ambassadeur déclarait qu'à 7 heures du matin du 8 
décembre (7 décembre, 17 heures, heure de Washington) le Ministre japonais des 
Affaires Etrangères l'avait mandé à sa résidence officielle et lui avait présenté un 
mémorandum daté du 8 décembre (7 décembre, heure de Washington) dont le 
texte avait été transmis à l'Ambassadeur japonais à Washington. Il s'agissait 
précisément du mémorandum que celui-ci avait présenté au Secrétaire d'Etat, à 
14 h. 20, le dimanche 7 décembre (lundi, 8 décembre,4 h. 20, heure de Tokyo). 
Le Ministre japonais des Affaires Etrangères — ajoutait notre Ambassadeur — 
avait été en contact avec l'Empereur, et l'Empereur souhaitait que ce 
mémorandum fût considéré comme sa réponse à mon message. En outre, 
rapporte notre Ambassadeur, le Ministre des Affaires Etrangères fit une 
déclaration orale qui commençait textuellement par ces mots : « Sa Majesté a 
exprimé sa gratitude et dit combien elle appréciait le message cordial du 
Président ». Le Ministre des Affaires Etrangères ajouta qu'en ce qui concernait 
nos demandes d'éclaircissements au sujet de l'accroissement des forces 
japonaises dans l'Indochine française, Sa Majesté avait ordonné à son 
gouvernement de faire connaître ses vues au gouvernement américain. La 
déclaration se terminait textuellement par les paroles suivantes : 

« Le plus vif désir de Sa Majesté, c'est de voir régner la paix dans le Pacifique 
et, par conséquent, dans le monde. Afin que ce désir puisse se réaliser, Sa 
Majesté a exigé, jusqu'ici, que son gouvernement poursuive sérieusement ses 
efforts. Sa Majesté espère que le Président a pleinement conscience de ce fait ». 

Mais la vraie réponse du Japon, celle qu'avaient donnée ses chefs de guerre et 
qui, de toute évidence, avait été formulée plusieurs jours auparavant, prit la 
forme d'une attaque à l'improviste contre nos territoires, en divers points du 
Pacifique. 

Tels sont les faits que l'histoire enregistrera avec stupeur, douleur, horreur et 
dégoût. Nous voici en guerre. Nous luttons pour nous défendre. Nous luttons 
pour la défense de notre existence nationale, de notre droit de vivre en sécurité, 
de notre droit de jouir des bienfaits de la paix. Nous luttons pour la défense des 
principes de légalité, de justice et d'ordre — contre un ennemi qui entreprend, 



avec une sauvagerie inouïe, d'abolir ces principes mêmes et d'imposer à 
l'humanité un régime de domination impitoyable par l'emploi de la force 
arbitraire et du pouvoir absolu. 

L'AMÉRIQUE EN GUERRE 


Les attaques criminelles que les Japonais ont déclenchées à l'improviste dans 
le Pacifique constituent le degré le plus bas de l'immoralité internationale qui a 
régné durant cette décade. De puissants et d'habiles gangsters se sont concertés 
pour faire la guerre au genre humain tout entier. Aujourd'hui, ils lancent un défi 
aux Etats-Unis. Les Japonais ont traîtreusement violé la longue paix qui s'était 
établie entre nous. Des soldats américains ont été tués à l'ennemi. Des bateaux 
américains ont été coulés, des avions américains ont été détruits. 

Le Congrès et le peuple des Etats-Unis ont relevé ce défi. De concert avec les 
autres peuples libres, nous luttons pour préserver le droit de vivre en liberté, et 
selon des principes conformes à la dignité humaine, parmi nos voisins du monde 
entier, sans avoir à craindre d'agression. 

J'ai dressé le bilan complet de nos relations avec le Japon. Il sera soumis au 
Congrès. Cette histoire commence par la visite du Commodore Perry au Japon, il 
y a 88 ans. Elle se termine par la visite de deux émissaires japonais au Sous- 
Secrétaire d'Etat, dimanche dernier, une heure après que les forces japonaises 
eurent lâché leurs bombes et déchaîné leurs mitrailleuses contre notre drapeau, 
nos soldats et nos civils. 

Je puis vous affirmer avec la plus entière assurance que nul Américain, 
aujourd'hui comme dans mille ans, ne pourra considérer sans une légitime fierté 
les efforts patients que nous avons accomplis au cours de ces années en vue 
d'établir, dans la région du Pacifique, une paix juste et honorable pour toutes les 
nations, petites ou grandes. Aujourd'hui comme dans mille ans, aucun homme 
honnête ne pourra refouler un sentiment d'indignation et d'horreur devant l'acte 
perfide que les chefs de guerre japonais ont perpétré à l'ombre même du drapeau 
de paix que leurs envoyés spéciaux portaient parmi nous. 

La voie qu'a suivie en Asie le Japon, durant ces dix dernières années, est 
parallèle à celle qu'ont suivie Hitler et Mussolini en Europe et en Afrique. 
Aujourd'hui, il ne s'agit plus d'un parallèle, mais d'une collaboration si bien 
calculée que tous les continents du monde et tous les océans ne forment plus 



qu'un seul champ de bataille gigantesque aux yeux des stratèges de l'Axe. 

En 1931, le Japon envahissait le Mandchoukouo — sans avertissement. 

En 1935, l'Italie envahissait l'Ethiopie — sans avertissement. 

En 1938, Hitler occupait l'Autriche — sans avertissement. 

En 1939, Hitler envahissait la Tchécoslovaquie — sans avertissement. 

Un peu plus tard, en 1939, Hitler envahissait la Pologne — sans 
avertissement. 

En 1940, Hitler envahissait la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas, la 
Belgique et le Luxembourg — sans avertissement. 

En 1940, l'Italie attaquait la France, et plus tard la Grèce — sans avertissement. 

En 1941, les puissances de l'Axe attaquaient la Yougoslavie et la Grèce, et 
subjuguaient les Balkans — sans avertissement. 

En 1941, Hitler envahissait la Russie — sans avertissement. 

Et maintenant, le Japon a attaqué la Malaisie et la Thaïlande, puis les Etats- 
Unis — sans avertissement. 

C'est toujours le même procédé. Nous voici dans la guerre. Nous y sommes 
tous, et nous y serons jusqu'au bout. Chaque homme, chaque femme et chaque 
enfant participe à la plus formidable entreprise de l'histoire américaine. Nous 
devons prendre part en commun aux mauvaises nouvelles comme aux bonnes 
nouvelles, aux défaites comme aux victoires — au sort changeant de la guerre. 

Jusqu'ici, les nouvelles ont toutes été mauvaises. 

Nous avons subi de sérieux revers à Hawaï. Dans les Philippines, nos forces 
armées auxquelles s'est joint le courageux peuple philippin, ont traversé une rude 
épreuve mais se défendent avec vigueur. Les nouvelles que nous recevons de 
Guam, de Wake et de Midway sont encore confuses, mais nous devons nous 
attendre à ce qu'on nous annonce la prise de ces trois postes avancés. Nul doute 
que nos pertes, durant ces premiers jours de combat, ne soient élevées. Je partage 
profondément l'angoisse des familles de nos soldats et de celles qui ont des êtres 
chers dans les villes que l'on vient de bombarder. Je ne puis que leur donner 
solennellement l'assurance qu'elles recevront des nouvelles aussi rapidement que 
possible. 



Notre gouvernement met sa confiance dans la fermeté du peuple américain ! 
Nous communiquerons les faits au public aussitôt qu'ils auront reçu une 
confirmation officielle définitive. Mais nous ne divulguerons les nouvelles, au 
moment où elles nous parviennent, que si, de façon directe ou indirecte, elles ne 
fournissent pas à l'ennemi des renseignements précieux. 

Je demande instamment à mes compatriotes de rejeter toutes les rumeurs qui 
contiennent de perfides allusions à quelque désastre total, et qui ont vite fait de 
se répandre en temps de guerre. Il ne faut pas les accepter sans examen. 

Ainsi, par exemple, je puis vous avouer franchement que le résultat des 
premières enquêtes ne me permet pas de déterminer avec précision l'étendue des 
dommages infligés à nos unités navales à Pearl Harbour. On peut craindre qu'ils 
ne soient sérieux. Mais nul ne saurait dire à quel point les dégâts sont graves 
avant de savoir dans quelle mesure ils pourront être réparés, et dans combien de 
temps les réparations nécessaires pourront être effectuées. 

Je citerai encore, à titre d'exemple, la nouvelle, annoncée dimanche soir, selon 
laquelle un porte-avions japonais a été repéré et coulé au large de la zone du 
Canal de Panama. 

Lorsque, dans les circonstances actuelles, vous apprenez des nouvelles 
émanant de source soi-disant digne de foi, soyez certains, désormais, qu'elles ne 
sauraient être attribuées à une personne investie de l'autorité. Un bon nombre de 
ces rumeurs et de ces nouvelles proviennent de source ennemie. Aujourd'hui, par 
exemple, les Japonais prétendent qu'en une seule attaque contre Hawaï, ils ont 
obtenu la suprématie navale dans le Pacifique. 

C'est là un vieux truc de propagande dont les Nazis ont fait mille fois usage. 
Ces estimations fantastiques ont évidemment pour but de répandre parmi nous la 
peur et la confusion, et de nous induire à divulguer des renseignements d'ordre 
militaire que nos ennemis s'efforcent désespérément d'obtenir. 

Notre gouvernement ne se laissera pas prendre à ce piège — le peuple des 
Etats-Unis non plus. 

Il importe que chacun de nous se souvienne qu'en temps de guerre la liberté et 
la rapidité des communications sont nécessairement restreintes. Il est impossible 
de recevoir à bref délai, des zones de combat éloignées, des rapports précis et 
détaillés. Et ceci s'applique tout particulièrement aux opérations navales. A 
l'époque de la radio, les commandants des unités navales doivent souvent 



s'interdire de nous donner des informations par cette voie, pour la simple raison 
qu'elles deviendraient du même coup accessibles à l'ennemi, et lui dévoileraient 
leur position et leurs plans de défense et d'attaque. 

Les confirmations et les démentis officiels concernant les opérations en cours 
auront nécessairement du retard, mais nous ne cacherons pas au pays les faits qui 
nous seront connus, à condition que cette divulgation ne serve pas l'ennemi. 

A tous les journaux et à tous les postes de radio — à tous ceux qui se font lire 
ou se font entendre du public américain — je dis ceci : « Vous assumez la plus 
lourde responsabilité envers la nation, dès maintenant et durant toute la guerre. 

Si vous croyez que votre gouvernement ne vous révèle qu'une part 
insuffisante de la vérité, vous avez le droit de le dire. Mais, en l'absence de tout 
renseignement de source officielle, le patriotisme vous interdit de répandre des 
nouvelles qui n'ont pas été confirmées, en laissant croire que ce sont des vérités 
d'évangile. 

Chaque citoyen, à quelque catégorie sociale qu'il appartienne, partage cette 
même responsabilité. La vie de nos soldats et de nos marins — tout l'avenir de 
notre nation — dépend de la manière dont chacun de nous remplit ses 
obligations envers son pays. 

Et maintenant, un mot au sujet du passé récent et de l'avenir. 

Dix-huit mois se sont écoulés depuis que l'écroulement de la France a fait 
comprendre au monde civilisé tout entier ce qu'est la force mécanisée que les 
nations de l'Axe ont édifiée au cours de nombreuses années. L'Amérique a tiré le 
meilleur parti de ce répit d'un an et demi. Sachant que nous pouvions être 
attaqués à bref délai, nous avons aussitôt commencé à accroître notre puissance 
industrielle et notre capacité de répondre aux exigences de la guerre moderne. 

Nous avons gagné un temps précieux en expédiant de grandes quantités de 
notre matériel de guerre aux nations qui étaient encore en état de résister aux 
agressions de l'Axe. Notre politique reposait sur cette vérité fondamentale que 
toute nation qui résiste à Hitler et au Japon ne défend pas seulement son propre 
pays mais aussi le nôtre. 

Cette politique a trouvé sa justification. Elle nous a donné le loisir — loisir 
inestimable —d'organiser la production américaine. 


Les usines fonctionnent. On se hâte d'en construire d'autres. Un flot continu 



de tanks, d'avions, de canons et de bateaux, d'obus et de pièces d'équipement — 
voilà ce que ces dix-huit mois nous ont donné. 

Mais ce n'est que le commencement de ce qui reste encore à faire. Nous 
devons être prêts à affronter une longue guerre contre des bandits astucieux et 
puissants. L'attaque contre Pearl Harbour pourra se répéter sur n'importe quel 
point des deux océans, ou de nos côtes, ou du reste de notre hémisphère. Ce ne 
sera pas seulement une longue guerre, ce sera une guerre difficile. C'est en nous 
fondant là-dessus que nous établissons tous nos plans. C'est à cette aune que 
nous mesurons nos besoins — qu'il s'agisse d'argent, de matériel ou de la 
production, doublée et quadruplée, qui ne cesse de s'accroître. Cette production 
ne doit pas seulement suffire aux besoins de notre armée, de notre flotte et de 
notre aviation. Elle doit aussi renforcer les autres armées, les autres flottes et les 
autres forces aériennes qui combattent les nazis et les chefs de guerre japonais 
dans les deux Amériques et dans le monde entier. 

Ce matin, j'ai encore étudié le problème de la production. Votre gouvernement 
vient d'adopter deux plans d'action en ce qui la concerne. En premier lieu, nous 
accroîtrons la production — y compris celle des matières premières essentielles 
—en travaillant sept jours par semaine dans toutes les industries de guerre. En 
second lieu, nous accroîtrons notre capacité de production en construisant de 
nouvelles usines, en agrandissant d'anciennes usines, et en utilisant pour les 
besoins de la guerre un grand nombre d'usines plus petites. 

Sur le chemin difficile que nous avons suivi ces derniers mois, nous avons 
rencontré parfois des obstacles et des difficultés, de l'indifférence et de 
l'insensibilité. Il y a eu des querelles et des disputes. Tout cela appartient au 
passé. Tout cela est oublié, j'en suis sûr. 

L'essentiel, c'est que le pays possède à Washington une organisation groupée 
autour d'hommes et de femmes qui sont des experts reconnus dans leurs 
domaines respectifs. Le pays n'ignore pas, je pense, que les personnes qui 
assument des responsabilités dans chacun de ces nombreux domaines, travaillent 
en commun dans un esprit de coopération qui n'a jamais été dépassé. 

Ce qui nous attend, c'est un dur travail épuisant nuit et jour, à toute heure. 
J'allais dire que ce qui nous attend, c'est le sacrifice. Mais il serait faux 
d'employer ce terme. Les Américains ne considèrent pas que ce soit un sacrifice 
que de faire tout ce qu'ils peuvent, de donner tout ce qu'ils ont de meilleur à leur 
nation, quand cette nation lutte pour son existence et son avenir. Que l'on soit 



jeune ou vieux, ce n'est pour personne un sacrifice que de servir dans l'armée ou 
dans la marine des Etats-Unis. C'est plutôt un privilège. 

Ni pour l'industriel, ni pour l'ouvrier, ni pour le cultivateur, ni pour le 
commerçant, ni pour le cheminot, ni pour le médecin, ce n'est un sacrifice que de 
payer plus d'impôts, d'acheter plus de bons d'armement, de travailler plus 
longtemps et plus dur, pour remplir la tâche à laquelle il peut se consacrer le plus 
utilement. C'est plutôt un privilège. 

Ce n'est pas un sacrifice que de nous passer de beaucoup de choses auxquelles 
nous sommes accoutumés si la défense nationale exige que nous nous en 
privions. 

De l'examen auquel je me suis livré ce matin, je conclus que, pour le moment, 
il ne sera pas nécessaire de restreindre la consommation des denrées 
alimentaires. Il y en a assez pour nous tous aujourd'hui, et il en reste assez pour 
en expédier à ceux qui luttent à nos côtés. 

En revanche, les civils auront certainement à souffrir d'une pénurie de métaux 
de diverses espèces, car notre programme de production accrue prévoit 
l'utilisation, en vue de la guerre, de plus de la moitié de la quantité des 
principaux métaux qui ont servi à la fabrication d'articles pour l'usage de la 
population civile. Il nous faudra renoncer définitivement à un grand nombre de 
choses. 

Je suis sûr que, dans la nation tout entière, les individus, en ce qui les 
concerne, sont résolus à gagner cette guerre. Je suis sûr qu'ils seront heureux de 
participer aux frais que cette guerre entraîne, tant qu'elle dure. Je suis certain 
qu'ils renonceront joyeusement aux avantages matériels auxquels on leur 
demande de renoncer. 

Je suis sûr qu'ils préserveront ces grandes forces spirituelles sans lesquelles 
nous ne pouvons parvenir à notre but. 

Je répète que les Etats-Unis ne peuvent accepter rien de moins qu'une victoire 
complète et définitive. Non seulement il importe que toute trace de la perfidie 
japonaise soit effacée, mais que, partout, les sources de la brutalité internationale 
soient taries, complètement et définitivement. 

Hier, dans un message au Congrès, j'ai dit : « Nous agirons de façon à être 
bien sûrs que cette forme de perfidie ne nous mette plus jamais en danger ». Pour 



acquérir cette certitude, nous devons entreprendre la grande tâche qui nous est 
assignée en commençant par renoncer une fois pour toutes à l'illusion de pouvoir 
nous isoler jamais du reste de l'humanité. 

Au cours de ces quelques années — et tout particulièrement au cours de ces 
trois derniers jours — nous avons appris une terrible leçon. 

L'obligation que nous avons contractée envers nos morts — l'obligation 
sacrée que nous avons contractée envers leurs enfants et nos enfants —nous 
interdit d'oublier jamais cette leçon. 

Et voici ce que nous avons appris : pour aucune nation, pour aucun individu, 
il n'existe de sécurité dans un monde dominé par les principes de la violence. Il 
n'existe pas de défense inexpugnable contre un agresseur puissant qui se faufile 
dans les ténèbres et frappe sournoisement. Nous avons appris que notre 
hémisphère, baigné par deux océans, n'est pas à l'abri des attaques — et que, sur 
aucune carte, notre sécurité ne se laisse mesurer en kilomètres. 

Nous pouvons bien reconnaître que nos ennemis ont brillamment accompli 
leur triste exploit, qu'ils ont exécuté cette manoeuvre avec une précision et un art 
impeccables. C'était un acte foncièrement malhonnête, mais nous devons nous 
faire à l'idée que la guerre moderne telle que la conçoivent les nazis, est un 
métier infâme. Nous ne l'aimons point, cette guerre, nous ne voulions pas nous y 
engager — mais nous y sommes entrés, et nous nous battrons jusqu'à la limite de 
nos forces. 

Je ne pense pas qu'il se trouve un Américain qui doute le moins du monde de 
notre capacité d'infliger aux auteurs de ces crimes le châtiment qu'ils méritent. 

Votre gouvernement sait que, durant des semaines, l'Allemagne a répété au 
Japon qu'il ne partagerait pas avec elle les dépouilles, quand la paix serait 
conclue, s'il n'attaquait les Etats-Unis. L'Allemagne a promis au Japon que s'il 
participait au conflit, la zone entière du Pacifique passerait totalement et 
définitivement sous sa domination. Et cette zoné ne comprend pas seulement 
l'Extrême-Orient, pas seulement les îles du Pacifique, mais aussi la côte 
occidentale de l'Amérique du Nord, de l'Amérique centrale et de l'Amérique du 
Sud. 

Nous savons aussi que l'Allemagne et le Japon conduisent leurs opérations 
militaires et navales selon un plan établi en commun. D'après ce plan, tous les 
peuples et toutes les nations qui n'aident pas les puissances de l'Axe sont 



considérés par chacune de celles-ci comme des ennemis communs. 

Telle est leur grande stratégie, elle est simple et évidente. C'est pourquoi le 
peuple américain doit se rendre compte qu'à cette stratégie on ne peut en opposer 
qu'une autre, de même nature. Il faut que nous comprenions, par exemple, que 
les succès japonais dans le Pacifique sont utiles aux Allemands pour leurs 
opérations en Libye ; que tout succès allemand dans le Caucase doit 
inévitablement faciliter aux Japonais les opérations contre les Indes 
néerlandaises ; qu'une attaque allemande contre Alger ou le Maroc fraie la voie à 
une attaque allemande contre l'Amérique du Sud et le Canal de Panama. 

Mais, en revanche, il importe aussi que nous sachions que la résistance des 
francs-tireurs en Serbie ou en Norvège, nous sert ; qu'une offensive russe qui a 
du succès nous sert ; et qu'une victoire britannique, sur terre, ou sur mer, dans 
n'importe quelle partie du monde, nous rend plus forts. 

Souvenez-vous toujours que l'Allemagne et l'Italie, sans se soucier d'une 
déclaration de guerre officielle, se considèrent, en ce moment, comme étant en 
guerre avec les Etats-Unis, tout comme elles sont en guerre avec la Grande- 
Bretagne et la Russie. 

Et l'Allemagne met dans la même catégorie toutes les autres républiques des 
deux Amériques. Nos républiques soeurs de cet hémisphère ne peuvent qu'en 
tirer honneur. 

Le but véritable que nous poursuivons est bien au-dessus et bien au-delà du 
triste champ debataille. Lorsque nous avons recours à la force, comme nous 
devons le faire en ce moment, nous n'en sommes pas moins résolus à orienter 
cette force vers le bien suprême, alors même que nous l'employons pour 
combattre le mal. 

Nous autres Américains, nous ne sommes pas des destructeurs, nous sommes 
des constructeurs. 

Nous voici en plein dans la guerre, maintenant, non pas pour faire des 
conquêtes, non pas pour exercer une vengeance, mais pour préparer à nos 
enfants un inonde où cette nation — et tout ce que cette nation représente — sera 
à l'abri des menaces. 

Nous sommes décidés à éliminer le danger que le Japon fait peser sur nous. 
Mais à quoi nous servirait cette victoire, si le reste du monde était dominé par 



Hitler et Mussolini ? 


Nous allons gagner la guerre, et nous allons gagner la paix qui la suivra. 

En ces heures difficiles, et durant les sombres jours qui peut-être nous 
attendent, nous saurons que l'immense majorité des hommes est avec nous. Un 
grand nombre d'entre eux luttent à nos côtés. Tous prient pour nous. 

Car, en défendant notre cause, nous défendons aussi la leur — notre espoir et 
leur espoir de liberté sous le règne de Dieu. 


LES SEULS TERMES SUR LESQUELS NOUS TRAITERONS AVEC UN 
GOUVERNEMENT DE L'AXE SONT LES SUIVANTS : 

" REDDITION SANS CONDITIONS " » 


Voici près de deux ans, j'assistais au dernier dîner de l'Association des 
Journalistes accrédités auprès de la Maison Blanche. Il est passé, depuis, 
beaucoup d'eau sous les ponts... et plusieurs personnes ont franchi l'océan en 
avion. 

Il y a deux ans — bien des mois avant notre entrée en guerre — je vous 
parlais du sujet qui nous préoccupait alors plus que tout : de notre résolution de 
transformer l'Amérique en arsenal de la démocratie. A ce moment, presque tous 
les Américains étaient résolus à participer pleinement au salut de la civilisation 
menacée par les barbares. Nous étions même alors engagés dans cet effort de 
production qui marquera dans l'histoire. Nous avons poursuivi notre tâche avec 
courage, avec adresse, et surtout avec succès. 

Mais ce soir, c'est un autre sujet qui nous préoccupe plus que tout : notre 
résolution de nous battre jusqu'au bout, de lutter jusqu'au jour où les forces des 
Nations Unies défileront en triomphe dans les rues de Berlin, de Rome, et de 
Tokyo. 

En septembre dernier, j'ai fait dans le pays une tournée d'inspection. J'ai vu le 
travail de nos usines de guerre. J'ai vu nos camps d'entraînement — ceux de 
l'armée, de la marine, de l'aviation. J'ai vu ces Américains, hommes et femmes, 



patrons et employés, travailler d'arrache-pied pour améliorer le programme de 
production. J'ai vu nos soldats, nos marins, nos pilotes américains à l'instruction ; 
ils se préparaient pour les combats à venir. 

Me voici aujourd'hui de retour d'un de nos fronts d'outre-mer. J'y ai vu mises 
en oeuvre contre l'ennemi notre production de guerre et l'activité de nos camps 
d'entraînement. J'ai vu nos troupes sur le front. J'ai inspecté leur excellent 
matériel. J'ai parlé à nos soldats ; j'ai ri et mangé avec eux. J'ai vu nos hommes 
— les soldats de la Nation — dans l'île de la Trinité, à Belém et à Natal, au 
Brésil, au Libéria, en Gambie. Sur tous ces territoires, on ne se bat pas, mais on 
fait un travail pénible, dangereux, essentiel ; l'endurance et le moral de nos 
soldats y sont mis à une terrible épreuve. Cette épreuve, ils la supportent 
magnifiquement. 

J'ai vu aussi nos hommes — et quelques-unes de nos femmes — en Afrique 
du Nord. Là-bas, c'est la guerre. Ces Américains savent qu'avant la fin de cette 
guerre, beaucoup d'entre eux auront donné leur vie. Mais ils savent aussi qu'ils se 
battent pour détruire la puissance des ennemis de leur patrie — qu'ils se battent 
pour fonder une paix qui sera réelle et durable et pour que le monde connaisse 
un avenir meilleur. 

Nos soldats en campagne sont dignes de la foi profonde et des grands espoirs 
que nous avons placés en eux. Les hommes de notre marine n'en sont pas moins 
dignes, eux sans qui nul corps expéditionnaire américain ne pourrait débarquer 
en sécurité sur des rives étrangères. Les hommes de notre marine marchande en 
sont dignes au même titre, eux qui transportent le matériel de guerre et le 
ravitaillement indispensables, eux sans qui ni les Etats-Unis ni leurs Alliés ne 
pourraient poursuivre la lutte. 

Il n'est pas un Américain qui puisse regarder ces hommes — ces soldats et ces 
marins — sans émotion et sans fierté. Il n'est pas un d'entre nous qui n'ait 
profondément conscience de ses responsabilités à leur égard. 

Le secret qui entourait nécessairement mon voyage a fait qu'à chacune de mes 
visites, dans les endroits où je me suis arrêté, l'étonnement de nos combattants 
était total. L'expression de leurs visages témoignait de cette surprise. 

Je souhaiterais de pouvoir rendre visite, dans les mêmes conditions 
imprévues, à nos hommes qui se battent sur les autres théâtres d'opérations —à 
ceux de nos bases navales des îles du Pacifique, de l'Australie, de l'Alaska et des 



îles avoisinantes ; à nos soldats des îles de l'Atlantique, des deux Guyanes, du 
Canal de Panama, de l'Islande, de Grande-Bretagne, de l'Afrique Centrale, du 
Proche Orient, des Indes, de la Birmanie, de la Chine. Je voudrais pouvoir leur 
dire face à face la fierté qu'ils inspirent à leur gouvernement et à leur patrie, en 
accomplissant magnifiquement leur tâche, en contribuant à resserrer l'étau qui, 
lentement, mais sûrement, étouffe nos ennemis. 

Dans chacun des bataillons de notre armée, à bord de chacun de nos navires 
de guerre, vous trouverez des citoyens américains de toutes les professions, de 
toutes les régions, de toutes les origines, de toutes les religions et de toutes les 
opinions politiques. 

Demandez à ces hommes pourquoi ils se battent. Chacun vous répondra : « Je 
me bats pour mon pays ». Demandez-leur ensuite ce qu'ils veulent dire par là, et 
vous aurez des réponses qui seront, en apparence, extrêmement variées. L'un 
vous dira qu'il se bat pour avoir le droit de dire ce qui lui plaît, de lire et 
d'entendre ce qu'il veut. Un autre dira qu'il se bat parce qu'il ne veut à aucun prix 
voir la croix gammée flotter sur l'église de son village. Un autre soldat vous 
répondra qu'il se bat pour avoir le droit de travailler et pour que sa famille puisse 
prendre trois bons repas par jour. Un quatrième soldat vous dira qu'il se bat dans 
cette guerre mondiale pour que ses enfants et ses petits-enfants ne soient pas 
forcés de retourner en Europe, ou en Afrique, ou en Asie, pour « remettre ça ». 
Mais en réalité, toutes ces réponses n'en font qu'une. Chaque Américain combat 
pour la liberté. La liberté individuelle de chaque Américain, celle de sa famille, 
dépend aujourd'hui et dépendra plus encore à l'avenir de la liberté de leurs 
voisins de tous les pays. Car le monde aujourd'hui n'est qu'un immense 
voisinage. C'est pour cette raison que la guerre, qui commença en des régions 
qui semblent si éloignées, s'est étendue à tous les continents et à la plupart des 
îles de l'océan, engageant ainsi l'avenir et la liberté de tout le genre humain. Si la 
paix qui suivra ne reconnaît pas l'unité du monde contemporain et le fait que 
nous sommes tous des voisins, si elle ne rend pas justice au genre humain tout 
entier, les hommes devront vivre sous la menace constante d'une nouvelle guerre 
mondiale. 

Je me suis entretenu avec de nombreux membres de nos forces armées, depuis 
la côte et les îles des Amériques jusqu'à l'Afrique Occidentale. Beaucoup de nos 
soldats et de nos marins se préoccupaient de la situation à l'arrière, dans le pays 
même. Toutes sortes de bruits et de rumeurs pleines d'exagération leur 
parviennent. Ils apprennent qu'on se plaint trop chez nous, qu'on ne s'incline pas 



assez souvent devant la réalité de la guerre. Ou encore, que des chefs syndicaux 
égoïstes menacent de proclamer des grèves qui diminueraient fortement notre 
production de guerre ; ou que tels groupements agricoles cherchent à exploiter la 
situation en augmentant les prix et en négligeant la production des denrées 
alimentaires. On leur dit aussi que nombreux sont les gens qui se plaignent 
amèrement des privations que leur imposent les mesures de rationnement et de 
répartition. Enfin et surtout, on leur dit que de sérieuses querelles de parti nous 
divisent ici, à Washington, sur les questions les plus minimes. Je leur ai dit que 
la plupart de ces bruits ne sont que de grossières exagérations ; que peuple des 
Etats-Unis, dans son ensemble, met tout son coeur, toutes ses forces, et toute son 
âme à gagner la guerre ; que notre population fait avec joie l'abandon d'un peu de 
son confort, use moins de chaussures et consomme moins de sucre, boit moins 
de café, se déplace moins souvent en automobile, renonce à certains privilèges et 
profits, et cela pour la cause commune. 

Mais je n'ai pas pu dissimuler à nos troupes que quelques malhonnêtes gens, 
quelques politiciens et quelques publicistes, heureusement fort peu nombreux, 
ont placé leur ambition ou leur cupidité au-dessus des intérêts de la nation. 

Nos troupes savent que les nazis, les fascistes, et les Japonais se donnent 
beaucoup de mal pour empoisonner certains Américains, grâce aux contre¬ 
vérités de leur propagande. Mais nos troupes savent aussi une chose : vous aurez 
beau entasser l'une sur l'autre les taupinières de la fourberie, vous n'en ferez pas 
une montagne qui puisse duper beaucoup de gens, ou bloquer le chemin de la 
victoire et de la paix véritable. 

Ce qui est indispensable pour parvenir à une paix véritable, c'est que les 
hommes qui se battent pour nous aient l'assurance de trouver, à leur retour dans 
leurs foyers, un pays dont l'économie soit assez solide et assez saine pour 
garantir du travail à ceux qui en veulent. 

Je suis convaincu que l'initiative privée pourra fournir l'immense majorité de 
ces emplois — et que, dans les cas où cela ne sera pas possible, le Congrès des 
Etats-Unis votera les lois nécessaires pour qu'il soit possible de garantir à tous un 
gagne-pain. 

Il y a encore quelques personnes qui affirment que nous ne pourrons pas 
arriver à ce résultat, ni aux autres objectifs que nous nous sommes fixés pour la 
période d'après-guerre, si nobles, si raisonnables que puissent être ces buts. En 
vous parlant de ces sceptiques professionnels, de ces hommes de peu de foi, je 



ne trouve pas de meilleur mot que « chicaneur ». 

Il ne s'agit pas simplement de chicane au sens étymologique. « Chicaneurs », 
cela évoque pour nous l'idée d'hommes petits, bas, spécieux et mesquins. En un 
mot : de tout petits esprits. C'est le genre d'hommes qui cherchent toujours à 
cacher la vérité sous un écran de fumée ou de brouillard. 

Les chicaneurs d'aujourd'hui tentent de dissimuler les vérités essentielles de 
cette guerre. Ils cherchent à brouiller le présent et l'avenir, à obscurcir nos buts si 
clairs, et les principes élevés dont les peuples libres, dès à présent, peuvent 
annoncer l'éclatante victoire. 

C'est à l'époque de la Révolution Américaine et de la Révolution Française 
que furent établis les principes fondamentaux qui régissent nos démocraties. La 
base de tout notre édifice démocratique est le principe qui place la source de 
l'autorité gouvernementale dans le peuple, et dans le peuple seul. 

Un de nos buts de guerre, exprimé dans la Charte de l'Atlantique, est de 
rendre à nouveau maîtresses de leurs destinées les populations aujourd'hui 
vaincues. Il ne doit subsister aucun doute — nulle part — quant à l'inébranlable 
décision prise par les Nations Unies, de rendre aux peuples vaincus l'exercice de 
leurs droits sacrés. 

La souveraineté française réside dans le peuple de France. L'expression de 
cette souveraineté a été provisoirement suspendue par l'occupation allemande. 
Une fois que les armées triomphantes des Nations Unies auront chassé l'ennemi 
commun, les Français seront représentés par un gouvernement dont ils auront 
fait eux-mêmes le choix. 

Ce choix sera fait librement, dans tous les sens du terme. Il n'est pas une 
nation au monde qui, laissée libre de choisir, soit disposée à se donner un 
gouvernement fasciste, ou nazi, ou féodal et belliqueux, comme le gouvernement 
japonais. Ces formes de gouvernement résultent d'une prise de pouvoir, suivie 
d'une mutilation de la liberté. C'est pourquoi les Nations Unies sont en droit 
d'opposer à ces formes de gouvernement deux simples mots : « Jamais plus ! » 

Le droit des peuples de disposer d'eux-mêmes, tel qu'il est inscrit dans la 
Charte de l'Atlantique, n'entraîne pas le droit pour un gouvernement, quel qu'il 
soit, de commettre des meurtres massifs, ni le droit de réduire à l'esclavage son 
propre peuple ou d'autres peuples. 



Le monde entier peut être assuré que cette guerre totale — et ce sacrifice de 
vies humaines dans le monde entier — ne sont pas effectués dans le dessein ni 
même avec l'arrière-pensée la plus lointaine de maintenir au pouvoir, où que ce 
soit, les Quisling ou les Laval. 

Notre réponse à ces tentatives affolées, grâce auxquelles l'ennemi essaie 
d'échapper aux conséquences de ses crimes, est toute trouvée. Nous répondrons, 
toutes les Nations Unies répondent, que les seuls termes sur lesquels nous 
accepterons de traiter avec un gouvernement ennemi quelconque, ou avec 
n'importe quelle faction de l'Axe, ce sont les conditions proclamées à Casablanca 
c'est la REDDITION SANS CONDITIONS. 

Cette politique qui exclut tout compromis n'est pas dirigée contre les 
populations des pays de l'Axe, auxquelles nous ne voulons pas de mal. Mais 
nous entendons bel et bien punir et châtier sans rémission leurs chefs coupables 
et barbares. 

Il faut vraiment que les Nazis soient à bout de nerfs pour croire qu'ils 
trouveront des procédés de propagande qui réussiraient à dresser les 
gouvernements et les peuples des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, et de la 
Chine contre la Russie — ou encore la Russie contre les autres. 

Le courage et l'endurance incomparables dont a fait preuve le peuple russe en 
résistant à l'envahisseur, puis en le repoussant, et la manière géniale dont les 
grandes armées russes ont été dirigées et conduites par M. Staline et les chefs 
militaires se passent de tout commentaire. 

A la lumière tragique de la guerre, les gouvernements et les peuples de toutes 
les Nations Unies ont vu clair. Je puis vous affirmer en pleine connaissance de 
cause que ces gouvernements et ces peuples sont convaincus de la nécessité 
absolue où nous sommes de rester unis après la guerre pour établir une paix 
fondée sur des principes durables. 

Soyez sûrs que si le Japon devait être le premier des partenaires de l'Axe à 
être battu, toutes les Nations Unies concentreraient tous leurs efforts et toutes 
leurs ressources pour écraser l'Allemagne. 

Et, inversement, pour qu'il ne subsiste aucun doute dans l'esprit des nazis ou 
des Japonais, pour qu'ils soient bien persuadés que nous sommes unis dans la 
poursuite de la guerre jusqu'à la victoire totale dans le monde entier, le Premier 
Ministre britannique a voulu se lier par un traité formel. Ce traité aurait stipulé 



que, si l'Allemagne était vaincue avant le Japon, toutes les ressources de 
l'Empire Britannique en matériel et en hommes se joindraient à celles de la 
Chine et des Etats-Unis pour l'assaut décisif et final contre le Japon. J'ai dit à M. 
Churchill qu'aucune déclaration ni aucun accord formel à ce sujet n'étaient le 
moins du monde nécessaires ; que la parole d'un gentleman anglais suffisait au 
peuple américain ; et qu'il était absolument évident que nous étions tous 
complètement d'accord dans notre détermination de détruire les forces de la 
barbarie en Asie, en Europe et en Afrique. En d'autres termes, notre politique à 
l'égard de nos ennemis japonais est exactement la même que notre politique à 
l'égard de nos ennemis nazis : c'est une politique de durs combats sur tous les 
fronts, une politique visant à terminer la guerre aussi vite que nous le pouvons, 
mais sans compromis et par une reddition sans conditions. 



CHAPITRE CINQUIEME - L'Organisation internationale et la Paix 


WILSON ET L'ENTENTE ENTRE LES PEUPLES 

La compréhension doit être le terrain sur lequel croîtront les fruits de l'amitié. 
» Ces paroles prononcées par le président Wilson dans son discours à Mobile en 
1913 peuvent parfaitement servir de base à la politique du Gouvernement des 
Etats-Unis. Cette politique s'applique également à la compréhension de nos 
problèmes intérieurs et de nos relations internationales. 

Woodrow Wilson était professeur et quand il employait le mot « 
compréhension » il l'entendait non pas dans l'esprit des hommes d'état et des 
chefs politiques, des chefs d'entreprise et des rois de finance ; il l'appliquait 
plutôt aux peuples de l'univers qui vont constamment apprendre à l'école des 
vérités premières, de telle sorte qu'eux et leurs voisins puissent mener une vie 
plus sûre, plus heureuse et plus complète. 

Sur tous les continents, dans tous les pays, Woodrow Wilson a facilité la 
compréhension entre les peuples. On peut admettre, je pense, que les événements 
de ces derniers mois, plus que dans aucune autre période analogue de notre 
histoire, ont amené les personnes à s'intéresser au gouvernement ; aux problèmes 
du gouvernement ; pourtant cet intérêt et cette compréhension récents, le peuple 
américain n'aurait pu les manifester si Woodrow Wilson ne lui avait donné l'élan 
et ne l'avait mis sur la voie de la compréhension dans son discours d'il y a vingt 
ans. 

Dans ce discours prononcé à Mobile, le président Wilson le premier, a fait 
cette déclaration nette que les « Etats-Unis ne chercheront jamais plus à 
conquérir un seul mètre carré de territoire », et les Etats-Unis ont adopté cette 
déclaration. Le président Wilson est allé plus loin en ajoutant — s'adressant 
particulièrement à nos voisins d'Amérique latine — que les intérêts matériels ne 
primeraient jamais la liberté humaine. 

Néanmoins, par suite des bouleversements qu'apporta la grande guerre, on n'a 
pu appliquer entièrement cette politique de désintéressement. Nous tous nous 
avons là notre part de responsabilité. 



Je n'hésite pas à dire que si j'avais participé à la campagne politique dans 
quelque autre pays, j'aurais été fortement tenté de miser sur les craintes de mes 
compatriotes et d'accuser les Etats-Unis de tendances impérialistes en vue d'un 
agrandissement égoïste. 

En tant que citoyen de quelque autre république, j'aurais pu difficilement 
croire à l'altruisme de la plus riche république américaine. 

Il m'apparaît donc clairement, en tant que Président de la République des 
États-Unis, que le moment est venu d'ajouter à la déclaration du président 
Wilson cette nouvelle déclaration : la politique des Etats-Unis s'opposera 
dorénavant à toute intervention armée. 

Le maintien d'un gouvernement constitutionnel dans les autres pays 
d'Amérique ne crée pas une obligation sacrée pour les seuls Etats-Unis. Le 
maintien de la loi et la bonne marche d'un gouvernement dans cet hémisphère 
intéresse avant tout chaque nation, prise, en particulier, à l'intérieur de ses 
propres frontières. Ce n'est que, si et lorsque le désordre sévit dans les autres 
pays du continent, que cette situation intéresse ces derniers. J'insiste sur ce point 
que, dans ce cas, cette situation intéresse le continent tout entier, où nous 
sommes tous voisins. 

C'est la compréhension de cette doctrine — non pas seulement par les 
dirigeants, mais encore par les peuples de toutes les républiques — qui a permis 
à la conférence de Montevideo d'aboutir au résultat qu'elle a obtenu. L'état 
d'esprit qui existe actuellement entre les nations de l'Amérique tout entière est le 
meilleur que l'on ait pu constater, à n'importe quelle époque que l'on remonte. 

Dans le reste du monde, la succession des événements n'a pas permis, ces 
derniers temps, aux projets du Président Wilson d'aboutir. 

Un observateur superficiel dirait que cet échec provient de la recrudescence 
du nationalisme dans le monde. Mais un tel observateur veut parler d'un 
nationalisme pris au sens étroit et restrictif, et de cette sorte de nationalisme que, 
dans chaque pays, l'immense majorité du peuple appuierait. 

Je m'oppose à cette représentation de la population actuelle de l'univers. 

Ce n'est pas aux populations que l'on peut reprocher de menacer la paix, mais 
à leurs dirigeants politiques. 

Le courageux appel lancé par le Président Wilson au monde pour bannir toute 



guerre future, frappa l'imagination des masses. Mais, pour le plus grand nombre 
des soi-disant hommes d'Etat réunis à Paris pour établir un traité de paix ou 
prétendu tel en 1919, cet appel resta lettre morte. Je vis ce spectacle de mes 
propres yeux, j'entendis leurs paroles de mes propres oreilles. Avantages 
politiques, prestige personnel, agrandissement national, tels furent les soucis au 
milieu desquels la Société des Nations vit le jour ; dès son enfance, elle en 
supporta le lourd handicap. 

Malgré tout, grâce à la Société des Nations, directement ou indirectement à 
ses principes, tous les Etats du monde ont tâtonné à la recherche d'un moyen 
meilleur que ceux qu'ils avaient utilisés jusque là pour régler leurs différents. 

La Société des Nations a fourni l'occasion de nombreuses rencontres 
diplomatiques : elle a servi à organiser des débats internationaux, et en maintes 
occasions, elle a aidé à la réglementation de l'hygiène, du travail, du commerce 
et de l'éducation ; enfin, elle a permis le règlement de nombreuses disputes, 
grandes et petites, entre nations grandes et petites. 

Aujourd'hui, plus que jamais, les Etats-Unis coopèrent ouvertement avec 
l'organisation de Genève. 

Je crois traduire la pensée de mes compatriotes si j'affirme que les anciennes 
politiques, les anciennes alliances, les combinaisons et balances de pouvoirs, se 
sont avérées inefficaces pour le maintien de la paix mondiale. La Société des 
Nations, en encourageant, comme elle le fait l'extension des pactes de non- 
agression, les accords sur la réduction des armements, est le pilier sur lequel 
s'échafaude la paix mondiale. 

Nous ne sommes pas membres de la Société des Nations et nous 
n'envisageons pas de le devenir. Mais nous lui apportons toute notre coopération 
dans tout domaine qui, en dehors de la politique représente un effort sincère pour 
protéger la vie et le bien-être des dirigeants politiques et à tout mouvement de 
tendance impérialiste. 

Si vous évaluez la population du globe à un milliard et demi d'habitants, vous 
ne risquerez pas de vous tromper en déclarant que quatre-vingt-dix pour cent au 
moins de ces êtres se contentent de nos jours des limites territoriales de leurs 
pays respectifs et qu'en outre ils consentiraient à réduire leurs armements si 
toutes les autres nations promettaient de faire de même. Derrière ce qui menace 
la paix mondiale, il y a la crainte et peut-être même la possibilité que les dix 



autres pour cent ne suivent un gouvernement qui recherche l'expansion 
territoriale au détriment des voisins et qui, sous divers prétextes, refuse de 
réduire ou d'arrêter les armements, même si tous les autres gouvernements 
adhèrent à un pacte de non-agression et de réduction des armements. 

De tout temps, jusqu'à la guerre mondiale de 1914-1918, les guerres ont été 
faites par les gouvernements. Woodrow Wilson a mis en doute la nécessité de 
ces guerres : ce qui a donné à penser aux peuples qui créent et qui changent leurs 
gouvernements. Ils se sont demandés avec Woodrow Wilson s'ils ne pourraient 
pas, un jour, empêcher eux-mêmes les gouvernements de faire la guerre. 

Proposons à la nouvelle génération, en reprenant simplement le mot de 
Wilson, que dorénavant, au lieu de guerres faites par les gouvernements, on 
jouisse d'une paix faite par les peuples. 


L'UNION PANAMERICAINE 

L'amitié entre nations comme entre individus, exige que l'on sonne le 
rassemblement de toutes les forces de l'humanité de manière à créer une 
atmosphère de compréhension et de collaboration étroites. Elle implique des 
obligations et des responsabilités réciproques, car ce n'est que par le respect 
sincère des droits d'autrui et par une exécution scrupuleuse des obligations 
qui y correspondent, qu'une vraie fraternité peut régner parmi tous les 
membres de la communauté. 

Les qualités essentielles d'un vrai panaméricanisme sont exactement celles qui 
sont incluses dans l'expression du bon voisinage, c'est-à-dire, la compréhension 
mutuelle et, grâce à cette compréhension, une appréciation sympathique des 
points de vue d'autrui. C'est seulement en agissant en conformité avec ces 
principes que nous pouvons espérer construire un édifice dont la confiance, 
l'amitié et la bonne volonté seront les pierres angulaires. 

C'est dans cet esprit que toutes les républiques américaines montrent une 
profonde compréhension de la doctrine de Monroe dont on a tant parlé depuis 
plus d'un siècle. Elles comprennent que cette doctrine avait, et a encore, pour 
but, de maintenir l'indépendance des peuples du continent américain, en 
empêchant les puissances des autres continents de mettre la main sur une portion 
quelconque du territoire actuellement indépendant dans cette région du globe. 



Les républiques américaines, avec les années, comprennent plus clairement 
que cette doctrine panaméricaine de défense implique que chaque Etat américain 
doit reconnaître l'indépendance des autres Etats américains. Chacun de nous doit 
grandir par le progrès de la civilisation et du bien-être social et non par 
l'acquisition de territoires au détriment du voisin. 

Dans cet esprit de compréhension et de collaboration mutuelles sur le 
continent, il est impossible que vous et moi ne soyons pas émus par toute 
querelle à main armée entre nos voisins. Je n'hésite donc pas à vous dire, à vous, 
membres honorables du Comité directeur de l'union panaméricaine, que je 
considère les conflits actuels entre quatre de nos républiques soeurs comme des 
pas en arrière. 

Votre américanisme et le mien doivent être un édifice bâti sur la confiance, 
cimenté par une sympathie qui n'admet que l'égalité et la fraternité. Il trouve sa 
source et son essence dans le coeur des hommes ; il siège dans le temple de 
l'intelligence. 

Nous tous, nous avons des problèmes particuliers et, à parler franchement, 
l'intérêt de nos propres citoyens doit, chaque fois, primer. Mais il est également 
vrai qu'il est d'une importance vitale pour chaque nation de ce continent que tous 
les gouvernements américains entreprennent immédiatement tout ce qu'il sera 
possible de faire pour abolir les barrières douanières, restrictions inutiles et 
artificielles qui arrêtent actuellement entre les peuples des républiques 
américaines les courants profitables du commerce. 

Je suis heureux de vous transmettre ce message à vous, messieurs qui 
appartenez au Comité directeur de l'union panaméricaine, car je considère 
l'union comme l'expression ultime de l'unité spirituelle des deux Amériques. 

C'est à cette unité ferme et agissante que l'humanité doit tendre ; elle est un 
des éléments indispensables à la prospérité des affaires mondiales. 


LES COLONIES. « L'HISTOIRE DES ILES PHILIPPINES PEUT 
SERVIR DE MODÈLE AUX AUTRES PETITES NATIONS DU MONDE 


» 



Bien qu'un drapeau étrange, celui d'un agresseur perfide, flotte provisoirement 
sur le territoire philippin, c'est avec la plus grande confiance dans la victoire 
finale que les Nations Unies commémorent aujourd'hui l'anniversaire de la 
naissance de leur membre le plus jeune. 

Voilà sept ans que fut instauré le Commonwealth philippin. A cette époque, 
les Etats-Unis exerçaient la souveraineté sur les îles Philippines depuis une 
quarantaine d'années. Mais comme je le disais en 1935, lors de l'inauguration du 
Commonwealth : « En acceptant d'exercer notre souveraineté nous n'avons fait 
qu'assumer une obligation, celle de servir le peuple philippin jusqu'au jour où il 
pourrait devenir indépendant et prendre sa place parmi les nations du monde. » 

Permettez-moi de remonter à l'époque où, après la victoire remportée par 
l'amiral Dewey dans la baie de Manille, l'Amérique étendit sa souveraineté aux 
îles Philippines. Une très grande partie du peuple américain pensait que les 
Etats-Unis montraient peu de sagesse et beaucoup d'impertinence en maintenant 
au rang de colonie 'un peuple de plusieurs millions d'êtres humains qui avaient 
déjà manifesté leur, désir d'indépendance. 

Cependant les Etats-Unis et les chefs du peuple philippin commencèrent 
bientôt à exécuter un plan à longue portée, grâce auquel, le jour où le peuple 
philippin serait capable de voler de ses propres ailes, les îles Philippines seraient 
pourvues d'établissements d'instruction publique, d'un service de santé, 
d'organismes commerciaux et de moyens de communication. En même temps 
nous accordâmes aux Philippines une autonomie locale de plus en plus étendue. 

En 1934, au cours de conférence cordiales, les autorités philippines et 
américaines décidèrent que l'on pouvait fixer avec précision le moment où les 
îles Philippines deviendraient tout à fait indépendantes. Cet événement devait se 
produire à l'expiration d'une période de dix ans pendant laquelle les Philippines 
jouiraient d'une complète autonomie locale et seraient gouvernées d'après leur 
propre constitution avec le statut de dominion. 

Mis en vigueur en 1935 sous la présidence de mon vieil ami, Manuel Quezon, 
ce statut fonctionna si bien que le 7 décembre 1941 nous étions ensemble à 
l'oeuvre et nous nous étions mis d'accord pour fixer à 1946 l'indépendance 
complète des Philippines. Pendant tout ce laps de temps nos deux nations et nos 
deux peuples avaient tenu leurs engagements mutuels. Ils avaient une confiance 
inébranlable dans leur bonne foi respective — leurs relations amicales furent 



cimentées d'une manière indissoluble par l'épreuve tragique qu'ils subirent 
pendant les mois douloureux qui suivirent l'agression traîtresse du Japon. 

Les courageux Philippins — soldats et civils —se battirent aux côtés des 
Américains dans des conditions extrêmement défavorables. Ils étaient résolus à 
verser leur sang pour défendre leur liberté. Combien largement ils la méritent, 
cette liberté ! 

J'aime à croire que l'histoire des Philippines telle qu'elle évolua au cours des 
quarante-quatre dernières années, peut vraiment servir de modèle aux autres 
petites nations du monde. C'est un modèle de ce que les hommes de bonne 
volonté espèrent réaliser dans l'avenir — un modèle de civilisation globale qui 
n'admet aucune restriction due à la religion, aux opinions ou à la race. 

Mais nous ne devons pas perdre de vue qu'une civilisation de ce type requiert 
l'existence préalable de deux facteurs importants. Il faut d'abord une période de 
préparation au cours de laquelle on propage l'instruction en même temps qu'on 
reconnaît et qu'on satisfait les besoins physiologiques, sociaux et économiques 
du pays. Il faut ensuite entraîner le pays à exercer la souveraineté complète ; à 
cet effet il faut lui accorder une autonomie de plus en plus grande, commençant 
par le gouvernement local et se développant par étapes successives, jusqu'à 
l'indépendance politique totale. 

Les Etats-Unis eux-mêmes ne sont parvenus à leur indépendance nationale 
pleine et entière qu'après une série d'étapes préliminaires. Les assemblées 
communales des colonies de la Nouvelle-Angleterre, les organismes locaux 
analogues qui existaient dans les autres colonies, nous conduisirent 
progressivement au gouvernement par comtés et, plus tard, au gouvernement par 
états. Tout ce processus de formation et de développement politique précéda 
l'institution du gouvernement fédéral permanent de 1789. 

En aucun heu du monde l'indépendance politique ne peut être durable si elle 
n'a été précédée d'une période d'entraînement analogue. Certains peuples doivent 
recevoir une formation plus poussée et plus prolongée ; d'autres n'ont pas besoin 
d'une formation préliminaire aussi développée et aussi longue. 

Dans le passé récent, l'histoire des Philippines se résume en une période de 
collaboration, de développement et de mise au point sur le plan national. A 
supposer même que nous en ayons douté, nous sommes sûrs, maintenant, que 
notre gouvernement a adopté la meilleure ligne de conduite. 



Le plan suivi en l'occurrence est intimement lié à la philosophie et aux idéaux 
des Nations Unies. La doctrine qui inspire les ambitions et qui meut la cruauté 
de nos ennemis — à savoir, qu'il existe une race de maîtres appelée à gouverner 
tous les autres peuples — cette doctrine est en bonne voie d'anéantissement, et 
pour toujours. 

Les Etats-Unis et les Philippines sont déjà en train d'étudier les problèmes 
économiques qui se poseront dans l'avenir — lorsque le Président Quezon et son 
gouvernement se trouveront à nouveau réinstallés dans la capitale de Manille. 

Au cours d'une conférence que nous avons tenue la semaine passée, le Président 
Quezon et moi-même nous avons convenu de former une Commission mixte 
comprenant des représentants de nos deux pays ; elle aura pour tâche d'étudier la 
situation économique qui sera celle de la future nation philippine et de 
rechercher les moyens d'en assurer la stabilité et la sécurité. 

Ce fait témoigne de l'extrême bonne foi qui existe désormais entre nos deux 
gouvernements. 

Mais c'est plus encore : ce fait symbolise, d'une manière réaliste, notre 
résolution farouche et notre certitude absolue de chasser des Philippines jusqu'au 
dernier Japonais. 

Président Quezon, je vous salue en cet anniversaire qui se présente sous 
d'heureux auspices, et je salue en vous le peuple des îles Philippines. Je salue son 
courage. Je salue son indépendance. 

LE VÉRITABLE FONDEMENT DE LA PAIX : LA VOLONTÉ DES 
PEUPLES 

La durée et la solidité d'une paix vivante doivent être, à la longue, l'oeuvre des 
peuples eux-mêmes. 

Quant à nous, comme tous les peuples qui ont avancé par les chemins 
difficiles de la libération et de la réadaptation, nous connaissons par notre propre 
expérience combien les difficultés peuvent être grandes et nous savons qu'elles 
ne sont pas particulières à un continent ou à une nation. Notre propre révolution 
laissa derrière elle, dit un historien américain, « un remous de violence et le 
mépris de la vie humaine ». 

La paix peut être obtenue et conservée uniquement par la détermination des 
peuples épris de liberté et de paix prêts à travailler ensemble, prêts à s'aider les 



uns les autres, prêts à se respecter et à se tolérer, et qui essaient de comprendre 
les opinions et les sentiments des uns et des autres. Plus nous approchons de la 
Victoire, plus nous deviendrons inévitablement conscients des divergences de 
vues qui existent parmi les vainqueurs. Il ne faut pas que ces divergences nous 
divisent et nous empêchent de voir, en gagnant la guerre et en bâtissant la paix, 
nos intérêts communs les plus importants et nos intérêts permanents. 

La coopération internationale sur laquelle une paix durable doit être basée 
n'est pas une voie à sens unique. Les nations, comme les individus, n'ont pas 
toujours la même manière de voir ou la même façon de penser ; la coopération 
internationale et le progrès ne sont guère encouragés par une nation qui proclame 
qu'elle détient le monopole de la sagesse et de toutes les vertus. Dans le monde 
futur, l'abus de pouvoir (pris dans le sens de « politique de puissance ») ne doit 
pas constituer un facteur déterminant dans les relations internationales. C'est 
l'essence même des principes auxquels nous avons souscrit. Nous ne pouvons 
nier que la puissance soit un facteur de la politique mondiale pas plus que nous 
ne pouvons nier son existence comme facteur de politique nationale. Mais dans 
un monde démocratique, comme dans une nation démocratique, la puissance doit 
être liée à la responsabilité, et mise dans l'obligation de se défendre et de se 
justifier elle-même dans le cadre du bien général. 

Le perfectionnisme, non moins que l'isolationnisme ou l'impérialisme, ou la 
politique de puissance, peut obstruer les voies qui conduisent à la paix 
internationale. N'oublions .pas que le recul vers l'isolationnisme, d'il y a un quart 
de siècle, fut occasionné par une attaque directe non contre la coopération 
internationale, mais contre les prétendues imperfections de la paix. 

Dans notre désillusion, après la dernière guerre, nous avons préféré l'anarchie 
internationale à la coopération internationale avec les nations qui ne voyaient pas 
et ne pensaient pas exactement comme nous. Nous avons renoncé à l'espoir de 
parachever peu à peu une paix meilleure parce que nous n'avions pas le courage 
de remplir nos responsabilités dans un monde admis comme imparfait. 

Nous ne devons pas permettre que cela arrive de nouveau, car nous 
prendrions de nouveau la Même route tragique, la route qui mène vers une 
troisième guerre mondiale. Nous pouvons remplir nos responsabilités pour le 
maintien de la sécurité de notre pays, uniquement en exerçant notre pouvoir et 
notre influence pour réaliser les principes auxquels nous croyons et pour lesquels 
nous avons combattu. 



De nombreux problèmes de la paix se présentent à nous dès à présent, alors 
même que la fin de la guerre est encore devant nous. L'atmosphère d'amitié, de 
compréhension mutuelle, la résolution de trouver un point de vue commun qui 
dominaient les conversations à Dumbarton Oaks, nous donnent des raisons 
d'espérer que les discussions à venir réussiront à développer le système de 
sécurité mondiale, mutuelle, démocratique, vers lequel ces conversations 
préparatoires étaient orientées. 

Nous mêmes et les autres Nations Unies avançons avec vigueur et résolution 
dans nos efforts pour créer un tel système en le dotant d'institutions à la fois 
souples et efficaces aptes à engendrer une action collective et coopérative. 

La conscience de l'humanité en éveil ne permettra pas la faillite de cette 
suprême tentative. 

Nous croyons que les progrès extraordinaires dans les moyens de 
communication entre les peuples, réalisés depuis la dernière génération, offrent 
un moyen pratique de faire avancer la compréhension mutuelle sur laquelle la 
paix et les institutions de paix doivent s'appuyer, et c'est notre politique et notre 
but de faire servir ces réalisations au bien commun du monde. 

Nous favorisons la plus grande liberté possible du négoce et du commerce. 

Nous, Américains, avons toujours cru à la liberté et à l'égalité des chances 
pour chacun de nos concitoyens, et cette égalité reste un des principaux buts de 
notre vie nationale. Ce que nous croyons pour les individus, nous le croyons 
également pour les nations. Nous sommes opposés aux restrictions, soit par la loi 
publique, soit par arrangement privé, qui nuisent au commerce, au transit et aux 
affaires. 

De ce point de vue, nous avons beaucoup à faire chez nous. Mais c'est notre 
espoir, non seulement dans l'intérêt de notre propre prospérité, mais dans l'intérêt 
de la prospérité du monde, que le négoce, le commerce et l'accès aux matières 
premières et aux marchés pourront être plus libres après cette guerre que jamais 
ils ne le furent auparavant. 

LA CHARTE DE L'ATLANTIQUE 

Le Président des Etats-Unis d'Amérique et M. Churchill, Premier Ministre du 
Royaume-Uni, représentant le gouvernement de Sa Majesté, s'étant réunis, 
jugent bon de faire connaître certains principes sur lesquels ils fondent leurs 



espoirs en un avenir meilleur pour le monde, et qui sont communs à la politique 
nationale de leurs pays respectifs : 

1° Leurs pays ne cherchent aucun agrandissement territorial ou autre ; 

2° Ils ne désirent voir aucune modification territoriale qui ne soit en accord avec 
les voeux librement exprimés des peuples intéressés ; 

3° Ils respectent le droit qu'a chaque peuple de choisir la forme de gouvernement 
sous laquelle il doit vivre ; ils désirent que soient rendus les droits souverains et 
le libre exercice du gouvernement à ceux qui en ont été privés par la force ; 

4° Ils s'efforceront, tout en tenant compte des obligations qu'ils ont déjà 
assumées, d'ouvrir également à tous les états, grands ou petits, vainqueurs ou 
vaincus, l'accès aux matières premières du monde et aux transactions 
commerciales qui sont nécessaires à leur prospérité économique ; 

5° Ils désirent réaliser entre toutes les nations la collaboration la plus complète 
dans le domaine de l'économie, afin de garantir à toutes l'amélioration de la 
condition ouvrière, le progrès économique, et la sécurité sociale. 

6° Après la destruction finale de la tyrannie nazie, ils espèrent voir s'établir une 
paix qui permettra à toutes les nations de demeurer en sécurité à l'intérieur de 
leurs propres frontières, et garantira à tous les hommes de tous les pays la 
possibilité d'une existence affranchie de la peur et du besoin ; 

7° Une telle paix permettra à tous les hommes de naviguer sans crainte sur les 
mers ; 

8° Ils ont la conviction que toutes les nations du monde, tant pour des raisons 
d'ordre pratique que d'ordre spirituel, devront renoncer finalement à l'usage de la 
force. Et du moment qu'il est impossible de sauvegarder la paix future tant que 
certaines nations qui la menacent — ou pourraient la menacer — possèdent des 
armes sur mer, sur terre et dans les airs, ils considèrent que, en attendant de 
pouvoir établir un système étendu et permanent de sécurité générale, le 
désarmement de ces nations s'impose. De même, ils aideront et encourageront 
toutes autres mesures pratiques susceptibles d'alléger le fardeau écrasant des 
armements qui accable les peuples pacifiques. 


Franklin D. Roosevelt - Winston S. Churchill 

P.S. : Bien entendu, l'empire britannique mentait, il suffit de regarder la 


sauvagerie avec laquelle il a remis les colonies au pas après la mort de FDR. 
Churchill avait manifestement pour mission de signer n'importe quoi, pourvu 
qu'il obtienne l'engagement des USA sur le front d'Europe de l'ouest, et en 
particulier pour empêcher l'effondrement du Royaume-uni. 

L'article révolutionnaire de ce traité est l'article 4, dont l'une des conséquences 
aurait été de faire disparaitre l'hégémonie de certaines nations sur les ressources. 
Il reste encore aujourd'hui à le mettre en application en terme de droit 
international et de régulation économique globale.